« Dunkerque » ou l’éternel impérialisme culturel anglo-saxon?

J’ai pu voir la dernière production de Christopher Nolan le jour de sa sortie, traitant de la fameuse évacuation miraculeuse du corps expéditionnaires britannique en mai-juin 1940 (presque rien sur la bataille en revanche). Prenant et immersif, ce n’est pas sa qualité cinématographique dont il est question. Le véritable problème est toujours le même en fait : l’absence de soldats autres qu’anglo-saxons dans les blockbusters, même quand ces derniers ont combattu héroïquement. C’est le cas de l’Armée française durant la bataille de France, contrairement à ce que beaucoup imaginent (cf Dominique Lormier). Effet de l’impérialisme culturel, encore une fois, même si dans le film ces combats acharnés dans la ville sont évoqués dans les dialogues… mais jamais montrés!

Précisons qu’on ne voit jamais non plus, ou presque, de soldats allemands, mais ce point peut se comprendre, Nolan a sans doute voulu rajouter un aspect réaliste : dans la véritable guerre, on ne voit que très rarement l’ennemi.

Pour le reste, c’est ce type de scénario qui réveille le nationaliste qui dort en moi!

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Qu’a réellement dit Jean-Marie Le Pen le 28 janvier 1958 sur l’islam et les Algériens à l’Assemblée nationale?

Il s’agit d’un extrait de ce discours de ce célèbre homme politique que j’avais moi-même repris dans un ancien article : « Ce qu’il faut dire aux Algériens… » où Jean-Marie Le Pen appelait les Algériens à s’installer en France, avec un discours dégoulinant d’antiracisme et d’islamophilie. Et tout cela au nom de l’Algérie française! Cela peut paraitre incroyable, mais ce n’est pas si contradictoire que ça. C’est un paradoxe récurrent de l’impérialisme à travers l’Histoire : les puissances dominantes ont du intégrer les peuples soumis. Mais oui ou non, l’a-t-il réellement prononcé? Est-ce que ce n’est pas sorti de son contexte?

Il faut commencer par rappeler qui était Jean-Marie Le Pen le 28 janvier 1958. Il avait alors 29 ans et avait été élu député lors des législatives du 2 janvier 1956 sous la liste poujadiste « Union et Fraternité Française ». Il a déjà été brièvement en Indochine en 1954, puis après son élection est retourné dans l’armée : il a sauté sur Port-Saïd en Egypte (expédition de Suez, novembre 1956) puis a participé à la mal nommée « bataille d’Alger » en 1957, épisode où une polémique viendra avec l’accusation de torture.

Le contexte politique d’alors : les débats parlementaires portaient sur la nouvelle loi-cadre (voir ce lien) sensée réformer les institution de l’Algérie française, à laquelle s’oppose aussi bien les anticolonialistes que les partisans du maintien de la France. Le discours de Le Pen arrive juste après celui du député communiste Robert Ballanger, ce dernier critiquant de façon acerbe la pacification, la poursuite de la guerre, appelant à la négociation avec le FLN, accusant les colonialistes de mener une politique « antinationale » contraire aux intérêts des deux peuples (soit dit en passant, il s’agit d’un vocabulaire qu’aucun militant d’extrême-gauche n’emploierait aujourd’hui…).

Jean-Marie Le Pen défendait donc, comme on le sait, l’Algérie française. Il fait la distinction entre la rébellion et la population algérienne, dans une pure logique de guerre subversive et psychologique, contre le FLN. Il souhaitait donc intégrer dans la nation la « masse musulmane » (nom alors donné aux Algériens, mais ce n’est pas le seul peuple à être désigné selon sa religion supposée, cf l’Irlande du nord avec les « Catholiques » et les « Protestants », ou les « Musulmans » de Yougoslavie). On peut donc trouver dans sa plaidoirie :

II est incontestable que la seconde moitié du XXe siècle
a été marquée par l’explosion des nationalismes; les peuples
anciennement colonisés éprouvent un besoin profond, plus
puissant peut-être que le désir de se procurer du pain et de
l’eau, celui d’avoir une nation […].

Je prétends qu’il y a dans la masse musulmane une profonde aspiration à faire partie d’une entité nationale et à participer en tant que citoyens égaux à une nation. Cette nation, je l’affirme, peut être la France. La solution adoptée alors aurait le double mérite de satisfaire les aspirations nationales des Musulmans et de concorder avec l’intérêt de la France.

Arrive enfin le passage qui nous intéresse, j’ai mis en gras les extraits qui sont souvent repris :

Ce qu’il faut dire aux Algériens, si nous voulons en faire des Français, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux, c’est qu’ils ne sont pas un fardeau ou que, s’ils le sont pour l’instant, ils seront, au contraire, la partie dynamique et le sang jeune d’une nation française dans laquelle nous les aurons intégrés.
On s’est attaché trop souvent aux aspects secondaires de la
situation, à des questions importantes, certes, mais qui ne sont pas fondamentales : le paupérisme de la population, la démographie galopante, alors que l’obstacle majeur à la création d’une communauté unitaire résulte de l’aspect sociologique du problème.
Les institutions musulmanes ou d’origine musulmane, les us et coutumes, le mode de vie, aboutissent à créer dans la population musulmane une psychologie sociale particulière. Mais les causes de cette situation sont-elles irréversibles ?
En analysant les facteurs sociologiques d’une situation qui
crée le particularisme algérien, on tente souvent d’expliquer le phénomène par la religion ou la race et, considérant ces deux facteurs comme immuables, on en tire argument pour douter de la possibilité d’assimilation ou pour la nier.
J’affirme que, dans la religion musulmane, rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire. Sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale.
D’autre part, je ne crois pas qu’il existe plus de race algérienne qu’il n’existe de race française. Il y a, en effet, une collectivité que les us et coutumes ancestraux séparent à la fois du monde moderne et de la collectivité d’origine métropolitaine.

La suite du discours s’étend sur les rapports entre la République laïque, la religion et la tradition. M. Le Pen faisait globalement un discours colonialiste, civilisationnel mais aussi égalitaire et progressiste, pour l’abolition de certaines coutumes archaïques. Comme le montre le passage sur la démographie, il s’oppose à la vision que pouvait avoir un Raymond Aron (« La Tragédie algérienne »). Il s’élève contre l’assistanat comme solution à la pauvreté et aux inégalités, concluant enfin :

La masse de la population musulmane — je ne parle pas de la rébellion — aspire à la dignité. Elle ne cherche pas à se séparer; elle aspire, au contraire, à se fondre dans un ensemble où il ne s’agirait pas seulement pour elle de recevoir mais de donner. La notion d’assistance a marqué toute la politique française depuis des années. Nous avons assisté le peuple algérien comme les bourgeois donnent 10.000 francs aux pauvres en espérant régler la question sociale.
Sans doute faut-il donner du travail aux Musulmans. Dans ce domaine que je qualifie de secondaire, votre action, monsieur le ministre, a été réelle. Pour la solution du problème économique, du problème des petits échelons politiques, notamment, le Gouvernement auquel vous appartenez a des réalisations indéniables à son actif. Mais celles-ci sont vouées à l’échec si l’on ne s’attaque pas à l’essentiel, c’est-à-dire à la destruction des barrages, afin de créer cette communauté humaine qui est fonction des institutions juridiques et des coutumes qui régissent une collectivité.
Je conclus. Encore une fois tout est une question d’optique. Offrons aux Musulmans d’Algérie — comme ces mots me gênent, car ils ne font que cacher, bien mal, la réalité ! — l’entrée et l’intégration dans une France dynamique, dans une France conquérante. Au lieu de leur dire, comme nous le faisons maintenant: « Vous nous coûtez très cher; vous êtes un fardeau », disons-leur: « Nous avons besoin de vous. Vous êtes la jeunesse de la Nation. »
Et c’est vrai : certains évaluent les problèmes moraux et humains en termes mathématiques : est-ce qu’une mère évalue la vie de son fils en argent ? Qui peut évaluer en milliards de dollars ou de roubles ce que vaut pour une Nation le fait d’avoir dix millions de citoyens de plus ? Comment un pays qui a déploré longtemps de n’avoir pas assez de jeunes pourrait-il évaluer le fait d’en avoir cinq ou six millions ?
Je m’étonne de la répugnance qu’éprouvent de très nombreux Français de métropole à l’idée qu’il y a en Algérie six millions d’hommes jeunes ; car ces jeunes hommes seront peut-être,si nous le voulons, le fer de lance de la France africaine.
Si nous sommes capables d’atteindre cet objectif, alors le jeune Algérien ne sera pas celui à qui l’on vient donner l’aumône, il deviendra celui à qui l’on demande. Et c’est vrai : la France a besoin de l’Algérie, peut-être plus que l’Algérie n’a besoin de la France.

Donc voilà, Jean-Marie Le Pen était bien favorable à l’intégration de millions de musulmans à la France. Certes, ce n’était nullement des « immigrés », l’Algérie faisait partie, juridiquement, du territoire français. Et déjà il y avait une volonté de bâtir un islam républicain! Mais l’ironie est mordante quand on connaît la suite. Le Front National ne sera fondé qu’en 1972.

Autre député poujadiste, Alexis Pelat intervient à la suite et ne tient pas des propos différents :

Les départements de l’Algérie sont français. Mesdames, messieurs ; ouvrez donc largement et fraternellement les portes de la France à tous les Algériens qui voudront opter pour notre pays pour en faire leur patrie.

On relèvera qu’il y avait dix millions d’Algériens à l’indépendance en 1962, qu’ils sont quatre fois plus nombreux aujourd’hui!


Le document au format pdf des débats parlementaires peut être téléchargé ici, p.29-30 pour le discours de Jean-Marie Le Pen : http://4e.republique.jo-an.fr/numero/1958_i7.pdf

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[Parenthèse] Ce que je n’apprécie pas dans l’extrême-droite identitaire…

J’ai lu récemment « La France identitaire » d’Eric Dupin, recensant à travers les chapitres plusieurs figures de cette mouvance très présente sur internet, regrettant la modification du caractère traditionnel et ethno-religieux des nations occidentales. Le journaliste souligne parallèlement, dans certains passages, le fait que Jean-Marie Le Pen était prêt à intégrer des millions de musulmans à la France quand il défendait l’Algérie française (cf l’extrait de son discours  du 28 janvier 1958 « Ce qu’il faut dire aux Algériens », je reviendrai dessus).

Quand on parle « d’extrême-droite », il faut toujours avoir à l’esprit qu’il s’agit de tout un corpus idéologique, qui a son lot de contradictions et de paradoxes. Et moi-même, pourtant hostile à l’immigration car le phénomène ligue les peuples les uns contre les autres, j’ai un profond mépris pour tout ce courant de pensée identitaire, ethnique, racialiste, haineux, dont les animateurs font souvent preuve d’une immense hypocrisie (et aussi, très souvent, d’un niveau intellectuel extrêmement bas…).

Puisque nous sommes le 18 juillet, voici un exemple pour l’illustrer, que j’avais déjà utilisé sur ce blog. Voici quelques extraits du documentaire sur la guerre d’Espagne Mourir à Madrid de Frédéric Rossif, lorsque le narrateur donne le point de vue franquiste :

Vous tous, qui ressentez le saint amour de l’Espagne. Vous tous, qui avez juré de la défendre contre ses ennemis jusqu’à perdre la vie. Vous tous, la nation vous appelle à sa défense. L’Armée a décidé de rétablir l’ordre en Espagne.

Pour ceux qui veillent sur l’Espagne éternelle. Pour ceux qui veillent sur l’Empire de Charles Quint et du Christ-Roi. Pour les descendants des conquistadors. Pour les mystiques de Thérèse d’Avila. Pour l’Espagne de la croix et de l’épée. Pour ceux qui ont toujours besoin de croisades. Il faut la guerre!

Nous sommes catholiques. En Espagne on est catholique ou on est rien.

Croisés d’Espagne! Il faut vaincre, vaincre comme ont toujours vaincu les Espagnols, l’épée à la main, l’héroïsme dans le coeur et la prière sur les lèvres.

Le soulèvement [c’est à dire le coup d’Etat] n’a pas été seulement juste. Il a été un devoir. La guerre nationale espagnole est une guerre sainte, la plus sainte que l’histoire ait connu.

Parallèlement les troupes d’élites de Franco étaient recrutées au Maroc : les Regulares.

Un regular typique.

On admirera la tête du « croisé », pas très espagnol ni très catholique. Je n’ose pas imaginer la schizophrénie des « identitaires » de l’époque, glorifiant la tradition historique espagnole et la ridiculisant simultanément. J’ai fouillé sur tous les sites internet islamophobes/anti-maghrébins, j’ai constaté un silence assourdissant sur ces musulmans qui ont combattu pour une dictature fasciste européenne!

Comprenne qui pourra!

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Howard Zinn, Mike Konopacki, Paul Buhle – Une histoire populaire de l’empire américain

Dans ce roman graphique c’est plus le militant Howard Zinn que l’historien qui s’exprime. Mais ça ne l’empêche pas d’être agréable et enrichissant. L’ouvrage commence avec le massacre de Wounded Knee de 1890 qui clôturait les guerres indiennes et se termine par le déroulement de l’opération AJAX, bien détaillée, manipulation très pernicieuse pour destituer Mossadegh en Iran après un chaos soigneusement entretenu par la CIA.

On découvre derrière la façade démocratique états-unienne l’impérialisme brutal à l’extérieur mais aussi un système répressif très dur à l’intérieur. Alors qu’à Cuba et surtout aux Philippines où la guérilla après 1898 durera plus d’une décennie, le colonialisme espagnol est remplacé par une nouvelle forme de domination, le pays est parallèlement secoué par un mouvement ouvrier animé par la figure de Eugène Debs. Des aspects méconnus sont abordés comme les diverses résistances (syndicalistes, religieuses) à la conscription mise en place en 1917 lors de la Première guerre mondiale, les objecteurs de conscience remplissant les prisons…

L’auteur apporte aussi des éléments autobiographiques, expliquant son engagement dans l’aviation américaine durant la Seconde guerre mondiale par conviction antifasciste. Il découvre l’existence du napalm lors de son utilisation à Royan en France, en avril 1945. Toujours dans le cadre du bombardement stratégique il explique le bombardement de Hiroshima comme un message envoyé à l’URSS de rester en dehors du Japon.

Le racisme à l’encontre des minorités (noirs et amérindiens surtout) revient à plusieurs reprises, mais l’historien précise que la domination n’est pas tant celle de l’homme blanc que de certains hommes blancs : ceux qui dirigent les grands groupes industriels.

La guerre du Vietnam est naturellement abordée avec par exemple l’emprisonnement des dissidents dans la prison de Long Binh comportant 90 % d’Afro-américains et la publication des documents de Pentagone par Daniel Ellsberg (là encore cela devient autobiographique vu que le professeur y a joué un rôle).

Autre pays qui a droit à un descriptif : le Nicaragua, avec notamment la figure de Augusto Sandino (1895-1934) dont la vie est narrée. L’auteur s’attarde ensuite sur la révolution sandiniste et la sale guerre des Contras (contre-révolutionnaires) financés par les Etats-Unis, ce qui avait créé un scandale vu leurs exactions.

L’ouvrage dans son ensemble est fort sympathique malgré quelques tendances à la caricature. On regrettera peut-être que le format ait obligé par moments à abréger le contenu ou encore l’absence de certains sujets d’importance comme la guerre de Corée.

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Une conférence de Howard Zinn sur les trois guerres sacrées de l’Oncle Sam

Howard Zinn (1922-2010) était un historien américain surtout connu pour son best-seller Histoire populaire des Etats-Unis. N’ayant pas le courage de commencer ce pavé je me suis rabattu honteusement sur son adaptation en bande dessinée Histoire populaire de l’empire américain*. Son militantisme et ses positions ne sont pas sans rappeler celles d’un Noam Chomsky par exemple.

Dans cette conférence de 2009 il déboulonne les mythes de l’Oncle Sam en remettant en cause cette tradition belliciste, s’attaquant à trois guerres sacrées ou plutôt « saintes », servant de justification à toute politique étrangère agressive des différents présidents : la guerre d’indépendance (1775-1783), la guerre de sécession (1861-1865) et la Seconde guerre mondiale, en rappelant à chaque fois leurs terribles coûts humains, les faits qui ont été soigneusement camouflés de l’histoire officielle et leurs véritables buts, beaucoup moins nobles et héroïques que ceux avancés.

Par rapport à ce qu’il affirme sur la guerre de sécession, il est un peu dommage qu’il n’ait pas parlé des énormes territoires pris au Mexique en 1848, cause essentielle de la guerre civile qui suivra – un « détail » dont on ne parle pratiquement jamais. Mais je suis d’accord sur le reste : la Confédération avait voté démocratiquement son indépendance (et rappelons que la sécession n’avait rien d’absurde si on la compare avec l’évolution géopolitique de l’Amérique latine) d’une part, d’autre part l’esclavage aurait pu être aboli par d’autres méthodes, une abolition pacifique ayant eu lieu dans les autres pays.

Son scepticisme par rapport au discours dominant lui est venu en partie d’un bombardement auquel il avait participé lorsqu’il était membre de l’équipage d’un B-17, sur une ville de France, Royan, en avril 1945, contre une poche allemande qui subsistait alors que la guerre était sur le point de se terminer. Le « feu gluant » alors utilisé entraînant la mort de civils français n’était rien d’autre que du napalm!

Il rappelle plus généralement les massacres que sont les « bombardements stratégiques », les 600 000 civils allemands tués, la dévastation de Tokyo (lire cet article de Libération) ou encore la véritable raison de Hiroshima « première étape de la guerre froide ».

Si bien sûr certains passages sont discutables, ce discours appelle à la réflexion sur l’agressivité états-unienne.


*Citons cet extrait de l’introduction ô combien d’actualité, tiré de ce qu’il avait écrit après le 11 septembre 2001 :

Puis nos leaders politiques sont apparus à la télévision, et je me suis senti à nouveau horrifié et malade. Ils ont parlé de représailles, de vengeance, de punition. « Nous sommes en guerre » dirent-ils. Et je pensai…

… ils n’ont rien appris, vraiment rien, de l’histoire du vingtième siècle, d’une centaine d’années de représailles, vengeances, guerres, d’une centaine d’années de terrorisme et de contre-terrorisme, de violence répondant à la violence en un cycle sans fin de stupidité.

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Yuval Noah Harari – Sapiens : une brève histoire de l’humanité

Voici un ouvrage qui a battu des records de vente, on peut facilement le trouver sur les devantures des librairies. Emprunté et réservé dans toutes les médiathèques de Montpellier, j’ai eu du mal à me le procurer!

Il n’est clairement pas un livre d’histoire comme les autres, sur bien des points il est même très différent de ceux dont j’ai l’habitude, bien que l’auteur soit un universitaire. Le langage est clair, la lecture fluide, aisée, rapide, c’est un plaisir de le dévorer malgré sa taille (500 pages). C’est plus que de la vulgarisation, « histoire de l’humanité » dans le titre parait même abusif, c’est plutôt une réflexion sur l’évolution de l’être humain par rapport à son environnement, depuis l’élévation de Homo Sapiens au sommet de la chaîne alimentaire, de sa domination sur les autres type de Homo (neanderthalensis et erectus notamment) aux multiples transformations de la société humaine jusqu’à nos jours.

On peut constater que l’homme a été de tout temps une catastrophe écologique, menant à l’extinction de nombreuses espèces lorsqu’il chassait, malgré l’image du bon sauvage en symbiose avec la nature qu’on aimerait avoir!

Il cite les multiples paradoxes de l’humanité, sur la question de l’identification par rapport au passé. Par exemple souvent on s’identifie aux opprimés tout en baignant dans la culture de l’oppresseur. Les Espagnols sont culturellement de purs descendants de Romains, mais s’identifient aux Celtes qui leur ont résisté à Numance (équivalent de notre Vercingétorix).

De nombreuses remarques sont justes, notamment celles qui ont trait au bonheur. Un banquier parisien vivant dans un appartement luxueux est-il vraiment plus heureux que son ancêtre du Moyen-Âge, paysan français vivant dans la crasse?

Il explique la domination européenne sur le monde à partir de la Renaissance par la révolution de l’ignorance, qui a rendu possible la révolution scientifique. On a commencé à admettre que l’on ne savait pas tout, qu’il fallait donc chercher. Les Grandes découvertes, au dépens de peuples autochtones comme les Amérindiens, ont alimenté les découvertes scientifiques et vice versa.

On regrettera quelques passages très « politiquement corrects », un peu irritants, ainsi que le fait que le style de l’auteur ne soit pas toujours scientifique, les sources citées en bas de page étant rares (et il n’y a d’ailleurs pas de bibliographie).

Enfin j’ai constaté que l’historien croyait au désastre écologique mais non à la raréfaction des ressources (chapitre 17), estimant qu’elles étaient abondantes sur la planète. C’est un point qui me laisse sceptique : il suffit de se rappeler de l’impact énorme du choc pétrolier de 1973-1974 sur les économies occidentales pour constater que non, décidément, l’énergie n’est pas illimitée…

Ces quelques défauts n’enlèvent heureusement pas grand chose au plaisir de la lecture. Nous avons là un livre qui fait beaucoup réfléchir sur notre vie quotidienne!

A lire pour finir, l’entretien du professeur à Télérama : http://www.telerama.fr/idees/sapiens-l-homme-qui-se-racontait-des-histoires,131186.php

Ou encore en vidéo :

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Le dernier épisode de « Il était une fois l’homme »

Ayant récemment terminé la lecture du phénomène de librairie Sapiens de Yuval Noah Harari, l’ouvrage m’a rappelé cette série animée que je regardais étant enfant. Le dernier épisode se démarque des autres : ce n’est plus de la vulgarisation historique mais une projection sur l’avenir, critiquant les dérives de la société moderne. Les thèmes abordés notamment sont  :

-La pollution et plus particulièrement la surproduction de déchets – grâce à laquelle aujourd’hui nous avons un « Septième continent » dans le Pacifique…

-L’impossibilité d’une croissance infinie dans un monde fini, à partir des prévisions du Club de Rome de 1972.

-La surpopulation due à l’explosion démographique, et chose intéressante une critique est adressée aux dirigeants du tiers-monde qui ont refusé toute mesure de restriction démographique à la conférence de Bucarest de 1974 (14ème minute).

-La raréfaction des ressources (à laquelle ne semble pas croire l’historien Harari, mais j’y reviendrai dans un prochain article).

-La politique de l’autruche : « il n’y a aucun problème, ce n’est pas notre faute, le coupable c’est forcément l’autre… »

Le scénario imaginé ici rappelle par certains aspects le terrifiant Soleil vert, dans une version adoucie naturellement.

Un épisode à la fois courageux et très intéressant en tout cas!


On relèvera concernant l’actualité française que l’écologie a été totalement absente du débat télévisé pour le deuxième tour des présidentielles. Si ni M. Macron ni Mme Le Pen n’en ont parlé, faut-il en conclure que les problèmes cités plus hauts ont été résolus?

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