Quelques autres paradoxes migratoires, identitaires et colonialistes

Dans la continuité de ce que j’ai pu écrire sur Jean-Marie Le Pen prêt il y a un demi-siècle à intégrer des millions d’Algériens à la France, ou encore l’Espagne franquiste recrutant massivement des musulmans pour faire sa Reconquista, sa croisade contre son peuple, on trouve de très nombreux autres paradoxes de ce genre au XXème siècle :

-En France, une célèbre affiche de 1942 glorifiait un pays multiracial et multiculturel : « Trois couleurs, un drapeau, un empire ». Ce n’est pas SOS racisme, c’est Vichy… Du « grand remplacement » avant l’heure, car il manque à vrai dire une couleur, celle du Français gaulois!

-Restons en France, deux décennies plus tard, durant la Vème république. Qui a entendu parler du Bumidom, cette politique migratoire (interne au territoire français, concernant la Guadeloupe, la Martinique et la Réunion) qui a fait venir en métropole à partir des années 60 des dizaines de milliers de Français d’outre-mer? Un véritable déracinement pour les concernés doublé d’une désillusion vu les emplois ingrats et précaires qu’ils ont occupés. Mais inutile de préciser que c’est la droite qui était au pouvoir à l’époque, le bureau ayant été fondé par Michel Debré – et la gauche mitterrandienne qui l’a aboli!

-Le Portugal de Salazar fut confronté durant les années 60 à des mouvements indépendantistes comparables à ceux des guerres d’Indochine et d’Algérie, la principale colonie portugaise étant l’Angola. Pour riposter, on apprend que la métropole a offert la citoyenneté portugaise à tous les Angolais (source Wikipédia : Histoire de l’Angola). Une dictature européenne d’extrême-droite, fascisante, donnant généreusement sa citoyenneté à des millions d’Africains, qui l’eût cru?

-L’Italie de Mussolini était un empire colonial : qui dit empire, dit forcément armée cosmopolite. Des Arabo-musulmans (Libyens) ont ainsi combattu pour le régime fasciste, ainsi que des Africains subsahariens (Somaliens et Erythréens en tant qu’Ascaris). Dans le très beau film Le Lion du Désert, le général Rodolfo Graziani est condamné pour affronter le djihad d’Omar Mokhtar (animant la résistance libyenne à l’impérialisme italien) à faire un discours islamophile! Ce cosmopolitisme du régime de Mussolini ne l’a pas empêché de prendre un tournant ouvertement raciste (au sens véritable du mot) à partir de 1938.

C’est à se demander qui est le mieux placé pour défendre une Europe blanche et chrétienne!

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Le commerce triangulaire dans « Il était une fois les Amériques »!

J’ai vu cet épisode de « Il était une fois… les Amériques » par curiosité. Je suis tombé des nues… Que l’on puisse montrer un sujet aussi grave que le commerce triangulaire avec autant d’honnêteté! Cette série animée date de 1991-1992, elle prenait la suite de « Il était une fois… l’homme ». Je doute sérieusement que l’on soit capable de rediffuser quelque chose de tel aujourd’hui, tellement cela risquerait de heurter certaines sensibilités communautaires.

Ce dessin animé montre que de nombreux Africains (subsahariens, entendons bien) se sont enrichis en vendant leurs esclaves aux négriers européens mais également aux esclavagistes arabes comme on peut le voir brièvement (allusion à la traite transsaharienne). Le plus connu de ces royaumes négriers est sans doute celui du Dahomey. La situation décrite ici est à l’image de 98 % de la traite atlantique…

Notons que l’action prend place en 1808 (ce qui explique la présence du drapeau tricolore), alors que ce sinistre commerce séculaire en était à ses dernières années (il sera interdit à l’issue du Congrès de Vienne par la déclaration du 8 février 1815).

En tout cas, preuve en est que le grand public n’a pas attendu des historiens comme Olivier Pétré-Grenouilleau (son livre de référence date de 2004) pour connaître la vérité!

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Rony Brauman – Diplomatie de l’ingérence

Au même titre que Jean Bricmont (« Impérialisme humanitaire »), Michel Collon (dénonçant les médiamensonges), Serge Halimi et Dominique Vidal (« L’opinion, ça se travaille »), Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières, est connu pour sa critique des interventions « humanitaires » au nom du « devoir d’ingérence » ; c’est le thème de ce bref mais très instructif texte.

Il aborde ici l’émergence progressive d’un certains discours « anti-totalitaire » qui a permis de donner bonne conscience au néo-impérialisme occidental, retrace le climat intellectuel qui a rendu possible le droit/devoir d’ingérence (Jean-François Revel) et prend quelques exemples célèbres pour leurs mensonges : l’Irak, la Somalie, le Kosovo, la Libye, qui ont toutes eu des conséquences désastreuses que l’on sait par la suite : Etats mafieux, balkanisés ou inexistants, chaos et guerres civiles… En Libye par exemple, le seul grand massacre dont Kadhafi était réellement responsable fut celui de la prison d’Abou Salim en 1996, ce dont nos dirigeants s’étaient bien gardés de dénoncer à l’époque!

Un seul regret : s’il a correctement traité l’épisode du Kosovo, il aurait pu remonter plus loin dans le temps avec la Bosnie (1992-1995), archétype de la culpabilisation de l’opinion publique pour justifier les interventions (combien de fois ne nous a-t-on pas matraqué les morts de Srebrenica?) alors que la Bosnie en tant qu’Etat indépendant est une aberration juridique (à ce titre la responsabilité de l’Europe qui s’est précipitée pour le reconnaître en 1992 est écrasante…). Les guerres de Yougoslavie commencées en 1991 avaient déjà été dénoncées par Jacques Merlino (« Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire ») avec beaucoup de pertinence.

Une petite lecture vivifiante en tout cas, je la conseille.

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Soy Cuba (film, 1964)

Dans le précédent article j’ai parlé de propagande qui tâche, naturellement cette dernière peut aller dans l’autre sens, ici en l’occurrence il s’agit d’un film soviétique en hommage à la révolution cubaine. Mais il serait injuste de le réduire à ce seul aspect, car au point de vue de la réalisation nous avons une véritable perle.

Plusieurs histoires se croisent pour raconter le vécu du peuple avant le renversement de Batista. D’abord la prostitution pour les riches clients américains, on admirera le contraste entre les luxueux quartiers touristiques et les misérables taudis où logeaient les Cubains les plus miséreux, ou plus précisément les Afro-Cubains… On verra ensuite un planteur de cannes à sucre dépossédé par la puissante compagnie United Fruit – entreprise symbole de la mainmise néocoloniale de l’Oncle Sam sur l’Amérique latine – puis les étudiants révolutionnaires en lutte etc.

Il y a donc plusieurs films en un, de qualité inégale, mais au moins deux (les premiers) sont des chefs d’oeuvre. On regrettera certains passages tournant au culte de la personnalité, comme si Fidel Castro avait été le seul révolutionnaire… On notera aussi le « Yo Soy Fidel » des guérilleros capturés, allusion au « Je suis Spartacus! » du classique de Stanley Kubrick.

A voir malgré ce reproche, l’ambiance et la mentalité de l’époque sont très bien retranscrites.

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Les Bérets Verts (film, 1968)

Amateur de la grosse propagande qui tâche, ce film était fait pour moi. Plus sérieusement, il s’agit de la première production grand public réalisée sur la guerre du Vietnam, sorti alors même que le conflit touchait à son paroxysme (Offensive du Tết). Le message politique est fort simple : les Etats-Unis incarnent le bien, la liberté et la justice ; la barbarie ce ne sont pas les B-52 qui font des carnages, mais le Viêt Cong. Les journalistes pacifistes et antimilitaristes questionnant l’Armée américaine sur la justesse de cette guerre sont remis à leur place dès les premières minutes. Si le Sud-Vietnam était un régime autoritaire et corrompu, qu’à cela ne tienne : il allait finir par prendre la voie de la démocratie…

Passé cet aspect, le film n’est pas mauvais du tout. Nous avons un divertissement agréable qui permet de se rendre compte de l’état d’esprit qui pouvait régner chez de nombreux dirigeants politiques et militaires états-uniens à cette époque, de voir les énormes moyens déployés pour affronter cette guérilla féroce et massive. Je me suis aperçu d’un détail qui a son importance : il met en scène de nombreux soldats sud-vietnamiens (dont certains animés par un ardent anticommunisme), complètement absents des productions US qui suivront bien plus tard… Sans doute la preuve de leur optimisme de l’époque sur l’issue de la guerre!

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Les communards contre les feignasses (ou le socialisme contre l’assistanat)

0:00 Marseillaise de la Commune (Marseillaise of the Commune)
3:15 L’Internationale (The Internationale)
6:35 Le Drapeau Rouge (The Red Flag)
9:39 L’Armistice (The Armistice)
11:35 Le Sire de Fisch-Ton-Kan (The Sire of Fisch-Ton-Kan)
15:20 Quand Viendra-t-Elle? (When Will It Come?)
19:19 Paris Pour un Beefsteak (Paris For a Beefsteak)
22:45 La Canaille (The Mob)
25:45 Mourir Pour la Patrie (Die For the Fatherland)
27:35 L’Insurgé (The Insurgent)
30:55 La Communarde (The Communard)
35:25 La Semaine Sanglante (The Bloody Week)
39:45 Le Capitaine «Au mur» (The Captain on the Wall)
43:10 Le Temps des Cerises (The Cherry Season)
47:55 Le Tombeau des Fusillés (The Tomb of the Shot)
51:15 Jean Misère (Jean Misery)
55:30 Elle N’est Pas Morte (She is Not Dead)
58:25 Vive la Commune! (Long Live the Commune!)


Le journal La Décroissance s’est clairement positionné, à de multiples reprises, contre le revenu de base également appelé « allocation universelle », assistanat institutionnalisé proposé par des personnalités de tout l’échiquier politique (Benoît Hamon par exemple cette année). Leur argument est que le mouvement socialiste originel avait pour but précisément d’émanciper les travailleurs du capital et sûrement pas de généraliser la rente. Toute l’idée du socialisme à la base était que le travail était dépossédé, volé par les capitalistes. C’est tout l’inverse de l’assistanat! Dans leur « manifeste du parti communiste » Marx et Engels proposaient le travail obligatoire (huitième proposition présente au chapitre II : travail obligatoire pour tous), c’est dire à quel point il était inconcevable que l’on puisse être payé ne rien faire!

Si le mensuel m’a paru par moments critiquable (encore qu’il est sans doute le journal dont je suis le plus proche en terme d’idées), il vise juste sur ce point. En écoutant les chansons en hommage aux communards (dont j’ai mis le lien sur une compilation), il est frappant de constater l’évolution des mentalités sur ce point :

L’Internationale (quatrième et sixième couplet) : « Les rois de la mine et du rail/Ont-ils jamais fait autre chose/Que dévaliser le travail? […] Ouvriers, paysans nous sommes/Le grand parti des travailleurs/La Terre n’appartient qu’aux hommes/L’oisif ira loger ailleurs. »

-Le Drapeau rouge : « Osez, osez le défier/Notre superbe drapeau rouge/Rouge du sang de l’ouvrier. »

-La Canaille : « Ce n’est pas le pilier de bagne/C’est l’honnête homme dont la main/Par la plume ou le marteau gagne/En suant son morceau de pain/C’est le père enfin qui travaille/Les jours et quelquefois les nuits. »

-L’Insurgé : « Tant qu’un seul pourra sur la sphère/Devenir riche sans rien faire […] A la bourgeoisie écoeurante/Il ne veut plus payer de rente/Combien de  milliards tous les ans? »

-La Semaine sanglante  : « A quand enfin la République/De la justice et du travail? »

-Jean Misère : « Maigre salaire et nul repos. »

-Vive la commune! : « L’étendard du travailleur/Sera toujours le meilleur. »


Notons encore le très fort patriotisme (pour ne pas dire le nationalisme) que les révolutionnaires parisiens portaient en eux!

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[Parenthèse] Jacques Tardi et l’anachronisme du poing levé!

J’ai récemment terminé la lecture du « Cri du peuple », en constatant que Jacques Tardi avait dessiné les communards faisant le poing levé…

…signe de ralliement antifasciste apparu dans les années 20, généralisé dans les années 30 avec l’exemple célèbre des Républicains espagnols. La Commune de Paris a eu lieu en 1871. Mine de rien, cela nous fait un anachronisme d’un demi-siècle!

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