La Ferme des animaux (film, 1954)

la-ferme-des-animauxVoici un petit chef d’oeuvre qui n’est pas vraiment un dessin animé pour enfants, même si nombre de ses aspects pourraient y faire penser (j’apprends sur sa page Wikipédia qu’il fut même interdit aux moins de 18 ans à sa sortie!). L’adaptation du roman George Orwell, fable caricaturant la révolution russe et plus généralement n’importe quelle révolution où le peuple a été trahi, s’adresse naturellement à un public averti, connaissant un minimum les sujets abordés, ici la période 1917-1945 de l’histoire de la Russie.

Fidèle à l’oeuvre originale dans ses grandes lignes, on regrettera toutefois quelques modifications comme l’absence des paroles de l’hymne des animaux « Bêtes d’Angleterre » (remplacée par les cris des animaux) qui parodiait l’Internationale, ou quelques modifications dans les noms des protagonistes, le cochon dictateur dans le livre ne s’appelant pas César mais… Napoléon! Malgré cela ce film d’animation est un grand moment de bonheur.

George Orwell à son époque, comme de nombreux intellectuels de gauche à l’époque notons le (même Albert Camus n’y déroge pas…), fut assez naïf sur le rôle joué par Lénine et Trotsky dans la construction du totalitarisme, qui peuvent être difficilement séparés si on cherche à être honnête du « méchant » Staline. Mais sa lucidité sur tout le reste est étonnante. La Ferme des animaux a bien quelque chose d’universel et peut tout à fait s’appliquer à nos démocraties libérales aujourd’hui. Les cochons pourraient représenter aussi bien la gauche caviar que la classe des intellectuels dans son ensemble, ou encore la caste journalistique…

Orwell avait au final un idéal beaucoup plus proche de l’anarchisme que du communisme tel qu’on l’entend aujourd’hui (on pense notamment à l’autogestion quand on voit les animaux décider ensemble) – relevons que c’est également le cas du célèbre poème écrit par le Français Eugène Pottier juste après la répression de la Commune de Paris 1871, mis en musique par le Belge Pierre Degeyter en 1888.

Bref, une perle à voir au moins une fois dans sa vie!

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Libertador (film, 2013)

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S’agit-il d’un biopic hagiographique de Simon Bolivar, libérateur de l’Amérique du Sud, imitant les productions hollywoodiennes? Et en plus vu qu’il est vénézuélien, on devine un film dans la lignée de l’idéologie chaviste (il est d’ailleurs sorti la même année que la mort de Chávez). Mon pressentiment avant sa vision était le bon, on n’évite pas les gros stéréotypes donnant le sentiment d’avoir vu et revu les mêmes scènes ailleurs…

Passé cela le film se laisse regarder, on sent des gros moyens budgétaires inhabituels alloués pour un long métrage sud-américain. S’il est très (trop) romancé par rapport à ce que fut la réalité sociale des indépendances (notamment les divisions très fortes entre communautés, on est ici dans la falsification pure et simple), il a le mérite de montrer les intérêts financiers britanniques par l’intermédiaire d’un banquier accordant des prêts, ou encore les difficultés pour ne pas dire l’impossibilité de maintenir l’Union des pays libérés du joug espagnol. On notera la présence de volontaires étrangers aidant les « patriotes » parmi lesquels l’acteur de Ramsay Bolton (pour les fans de « Games of Throne »), qui cette fois joue le rôle d’un gentil!

Son principal intérêt vient du fait qu’il aborde un sujet peu traité au cinéma, sur une figure historique majeure. On ne peut que regretter ses défauts (dialogues peu travaillés, niaiseries sur sa vie personnelle, des passages importants qui sont survolés même si le film dure deux heures…), alors même qu’il y avait de quoi pondre un chef d’oeuvre!

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Compte-rendu d’une conférence de Pierre Daum sur les harkis restés en Algérie

Valence, mardi 29 novembre 2016. La petite salle de la médiathèque réservée pour cette conférence organisée par le MRAP est visiblement loin d’être suffisante pour accueillir le public nombreux, essentiellement composé de cheveux gris. Le journaliste Pierre Daum auteur du récent « Le dernier tabou » sur les supplétifs de l’armée française restés dans leurs pays d’origine explique comment il en est venu à enquêter sur ce sujet qui n’avait jamais été abordé après une discussion avec Fatima Besnaci-Lancou, sa façon de procéder en Algérie en allant dans une soixantaine de villages reculés à travers tout le territoire, recueillant des témoignages dans des endroits où parfois on n’avait plus vu de Français depuis 1962 et ses difficultés, l’entrée en contact et l’établissement d’un rapport de confiance étant indispensables.

Il affirme avoir fait un énorme travail sur les statistiques, constatant le nombre très important d’Algériens (à l’époque sous l’appellation « Musulmans ») ayant plus ou moins combattu sous l’uniforme français, en faisant une distinction entre les différentes catégories (civils/militaires) et sous-catégories, le comparant avec celui des supplétifs ayant été rapatriés au moment de l’indépendance. Il a pu constater à son grand étonnement la proportion très élevée de survivants, beaucoup de villages n’ayant pas eu un seul harki tué en 1962.

Il relève un fait crucial : depuis 2010 et la modification de la loi française, il est possible pour les anciens combattants de réclamer une pension sans être domicilié en France, la nouvelle s’est alors répandue comme une traînée de poudre. Depuis chaque dimanche à Alger des queues de vieux monsieur se forment devant les bâtiments administratifs de l’ONAC (Office National des Anciens Combattants) pour réclamer une retraite équivalente à trois mois de salaire…

Et pour finir il cite ses conclusions : après l’indépendance la très grande majorité des harkis est restée en Algérie sans être tuée.

S’ensuivent les questions posées par le public qui apporte des témoignages très enrichissants. Pour l’auteur, ce tabou est la conjonction de deux discours diamétralement opposés : celui du gouvernement algérien qui légitime ses privilèges au nom du peuple unanimement dressé contre le colonialisme, celui des associations de rapatriés en France qui justifient leur militantisme passé par la barbarie du FLN…


 

Mon avis sur la question. Ce journaliste m’avait énervé il y a quelques années pour son manichéisme grossier. Prétendre comme il le faisait que les pieds-noirs exilés en 1962 n’étaient pas obligés de partir serait comme affirmer (puisque je suis en train d’étudier la guerre d’Espagne) que les républicains espagnols n’étaient pas obligés de partir en 1939 au moment de la retirada, Franco ayant été comme chacun sait généreux et indulgent. Et on pourrait citer n’importe quel exode de population à l’issue de n’importe quel conflit du XXème siècle pour ridiculiser les absurdités qu’il avait écrites.

Plus généralement, la guerre d’Algérie est un sujet historique sur lequel on dit souvent tout et n’importe quoi : soit d’un point de vue « revanchard », soit pour faire un discours horriblement culpabilisant (la France est vraiment le pire pays du monde…). Pierre Daum appartient naturellement à la seconde catégorie, celle des « repentants » comme disait très justement l’historien Daniel Lefeuvre.

Avec le recul aujourd’hui je serais plus mesuré. D’une part parce que le « révisionnisme » est une chose nécessaire à la progression de la recherche historique. Mais je me suis surtout rendu compte que le phénomène qu’il décrit est loin d’être impossible. A chaque fin de guerre civile il y a, très souvent, énormément de survivants dans le camp des vaincus. Et j’irai même plus loin : il y a le phénomène des désertions, des transfuges.

Je m’étais posé la question : est-il probable que de nombreux harkis aient rejoint le FLN-ALN au dernier moment, dans les derniers instants avant les accords d’Evian? Pour l’auteur qui citait Charles-Robert Ageron ce comportement est resté marginal. Pourtant il ne serait pas si surprenant au regard d’autres guerres de décolonisation. Au Maroc il y eut le célèbre Mohamed Oufkir.

Faut-il aller jusqu’à croire Philippe de Gaulle (le fils du général) qui écrivait dans un entretien avec Michel Tauriac (De Gaulle , mon père, tome 2) :

En outre – ce que personne n’a jamais dit – cent mille anciens harkis ont rejoint la nouvelle armée algérienne du FLN. Ceux-là, bien sûr, n’ont pas eu à subir de sévices. Mon père remarqua à ce propos « Il n’y a rien de nouveau sous le soleil si l’on se remémore les vieux régiments royaux de Kellermann à la bataille de Valmy en 1792 qui rejoignirent ensuite la Terreur et ses convulsions internes avec les massacres de Vendée et d’ailleurs. »

Je ne sais pas où est-il allé chercher le nombre de cent mille, mais on peut se demander s’il n’y a pas là une part de vérité extrêmement dérangeante.

Pour avoir étudié l’histoire de l’Algérie après l’indépendance, j’avoue avoir énormément de doutes par rapport aux discours officiels. Qui faut-il croire, quand on voit les biographies hallucinantes des généraux algériens dressées par Hichem Aboud dans « La mafia des généraux » ?

Je ne pense pas avoir le courage de lire un jour le livre de Pierre Daum (j’en ai trop en attente) ; en tout cas il y a une chose dont je suis sûr – pour en revenir au discours de François Hollande du 25 septembre 2016 sur la responsabilité de la France mais aussi ce que j’ai pu lire de ceux qui le critiquaient : l’expression « les harkis » ne veut rien dire, vu qu’ils n’existent absolument pas en tant que groupe homogène.

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J.R.R. Tolkien, écrivain franquiste?

Après avoir lu et écouté deux entretiens de l’historien Sylvain Roussillon consacrés aux volontaires étrangers ayant combattu durant la guerre d’Espagne pour le dictateur, j’ai appris que l’auteur du Seigneur des anneaux était lui-même à son époque sympathisant de Franco, même si cette opinion est restée cantonnée à la sphère privée. Il était alors un catholique révolté par les violences anticléricales en zone républicaine, mais la position m’a un peu surpris, par exemple dans l’hexagone des intellectuels comme François Mauriac et Georges Bernanos avaient eu des positions similaires avant de changer de camp devant l’ampleur des massacres franquistes. Tolkien de son côté aurait pris pour modèle le Sud-Africain Roy Campbell pour créer le personnage d’Aragorn, qui fut engagé dans le camp nationaliste, bien après la guerre civile précisons le.

Je ne suis étonné qu’à moitié, mais je dois dire que j’aurais plutôt pensé l’inverse, vu une scène épique présente dans le premier tome :

 

… que j’aurais bien vu inspirée d’un célèbre slogan des républicains espagnols :

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Affiche de 1936

 

…eux-même inspirés… du général Nivelle durant la bataille de Verdun (lire aussi l’article sur le Wikipédia anglais »They shall not pass« ) !

on_ne_passe_pas_1914-1918_-neumont_maurice_btv1b90136314Affiche de 1918…

 

L’écrivain britannique ayant vécu la Grande guerre et plus précisément la Bataille de la Somme, une telle source d’inspiration n’aurait pas été impossible, même s’il a puisé essentiellement dans la mythologie nordique pour créer son richissime univers.

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South Park et les immigrés du futur…

Est-il besoin de présenter South Park, cette série d’animation à l’humour vulgaire, scatologique et (très) provocateur? Et pourtant qui, souvent, délivre des messages qui sont loin d’être bêtes…

Je repensais à un vieil épisode sorti en 2004, « Les gluants », rejoignant à merveille l’actualité avec l’immigration et l’élection de Donald Trump. Des gens parlant une autre langue fuient massivement le monde futuriste qui est surpeuplé à travers un portail temporel à sens unique, pour trouver du travail dans le présent afin de subvenir aux besoins de leurs familles. Dans un premier temps les Américains sont contents de découvrir une autre culture et beaucoup sont heureux d’avoir une main d’oeuvre très docile payée pour presque rien… Jusqu’à ce que les « migrants du futur » soient suffisamment nombreux pour provoquer un véritable dumping social, mettant au chômage d’innombrables habitants.

Les personnages stéréotypés sont d’un incroyable délice. Le « gros beauf conservateur raciste » (un syndicaliste, ça montre déjà la différence de culture avec l’Europe) veut tuer tous les immigrés passant le portail et ne trouve rien de mieux comme solution que d’empêcher que le futur ne se produise, alors que le « vieux hippie libéral un peu gland » (« libéral » dans le sens anglo-saxon du terme, ici la caricature du gros gauchiste) est prêt à tolérer tout et n’importe quoi, y compris à ce qu’on enseigne à l’école les leçons à la fois dans la langue nationale et en « langue du futur » pour les nouveaux élèves…

Naturellement l’arrivée massive de cette population provoque ghettoïsation et difficulté d’intégration, les immigrés ne parlant même pas, ou très mal, la langue de leur pays d’accueil. Pendant ce temps beaucoup d’Américains conjuguent un discours dégoulinant d’humanisme et d’antiracisme avec une mentalité d’esclavagistes, se donnant bonne conscience sous prétexte que plus personne ne veut prendre les emplois occupés… jusqu’à ce qu’ils perdent leur travail à leur tour! Tant qu’on n’est pas concerné par la concurrence sur le marché de l’emploi on peut se permettre d’être tolérant.

La solution viendra finalement avec le petit Stan Marsh et sa magnifique morale de fin. Cette parodie de l’immigration mexicaine, et de l’immigration plus généralement, est une véritable pépite! Il fallait du courage pour aborder un tel sujet.

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A-t-on déjà oublié la crise financière mondiale de 2007-2008?

Une question me taraude : et si une grande crise financière mondiale similaire à celle de 2007 (les « subprimes ») puis de 2008 avec la chute de Lehman Brothers revenait avec toutes les conséquences désastreuses dans son sillage? Est-ce qu’un homme politique prônant le thatchérisme (et je me souviens très bien de ce que disaient de nombreux articles : cette pensée était responsable en partie de la situation) serait bien placé pour diriger le pays? On pourrait aussi faire le parallèle avec la politique étrangère : est-ce que ceux qui ont été respectivement Premier ministre et ministre des affaires étrangères en 2011 lors de la désastreuse guerre de Libye sont en mesure de donner des leçons? Leur gestion de la sacro-sainte économie (érigée en religion d’Etat) risque d’être aussi efficace que leur diplomatie.

Sans doute ai-je un vieux fond complotiste qui me pousse à me demander : et si au final, Daesh, les attentats, la crise migratoire, la guerre au Moyen-Orient ou encore les dettes publiques auraient tous des objectifs non avoués? Tout cela permettrait de faire taire toute critique à une remise en cause sérieuse d’un système économique qui nous a mené au désastre actuel. Ce dernier étant basé sur le court-terme, la spéculation et des montagnes de dettes privées (un économiste classé à droite comme Maurice Allais avait prédit où cela mènerait), une profonde réforme aurait du être proposée! Mais non, on préfère au contraire culpabiliser le peuple avec une magnifique inversion accusatoire, ce dernier vivrait « au-dessus de ses moyens ». La violence terroriste, sociale, économique, qui touche les peuples européens entre tout à fait le cadre de la « stratégie du choc » théorisée par Naomi Klein.

Si finalement un tel éclatement financier arriverait, tous ceux qui auraient agité le chiffon rouge en prédisant la guerre civile et nous promettant l’apocalypse auraient entièrement rempli leur rôle : divertir l’opinion alors que le principal danger venait d’ailleurs.

De toute évidence de nombreuses personnalités mériteraient d’être bannies à jamais du paysage politique et audiovisuel pour leurs mensonges et leurs responsabilités dans la situation actuelle.

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Mourir à Madrid (documentaire, 1963)

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Célèbre film réalisé par Frédéric Rossif, je l’avais vu il y a quelques années, puis avec le recul, après m’être beaucoup renseigné sur cette guerre civile je me suis demandé s’il n’était pas trop manichéen ou s’il n’avait pas mal vieilli.

Ce n’est heureusement pas le cas. L’essentiel est dit en 1h20, même si on comprend bien qu’avec ce format tout ne peut être expliqué. Le narrateur ne cache pas la violence révolutionnaire de 1936 avec le massacre de milliers de prêtres, de gardes civils ou de grands propriétaires. En revanche le contexte extrêmement tendu des années 30 est assez vite expédié, des absences sont à relever comme l’absence de la révolution « communiste libertaire » en zone républicaine (cf le « Hommage à la Catalogne » de George Orwell ou Land and Freedom de Ken Loach)  et les conflits fratricides comme en mai 1937 en Barcelone, des stéréotypes souvent répétés comme le bombardement de Guernica (voir ce que je disais sur ce symbole dans un précédent article : beaucoup d’autres villes et villages d’Espagne ont été bombardées de manière la plus barbare et n’ont pas eu droit au même retentissement).

Le bilan de un million de morts cité à la fin est par ailleurs exagéré. Cela dit dans son ensemble il est excellent pour son côté pédagogique.

Servi par la très belle musique composée par Maurice Jarre ou encore l’hymne ¡Ay, Carmela!, l’ambiance de l’époque est assez bien retranscrite, avec des images d’archive montrant les assauts, les combats et les bombardements. Le prélude à la Seconde guerre mondiale est clairement annoncé!

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