[Parenthèse] La puissance des idées, l’exemple des républiques dans le monde

Les rois nous saoulaient de fumée
Paix entre nous, guerre aux tyrans!

Je repensais à certains sites internet « alternatifs » (du type soralien) qui, critiquant, le régime républicain français, décevant de toute évidence, encensent le passé monarchiste et regrettent cette absence de « sacré » dans la constitution. Il est vrai que l’Hexagone aurait pu devenir une monarchie constitutionnelle, à l’instar de plusieurs de ses voisins. Je me souviens de mes cours de droit constitutionnel, une restauration aurait pu être envisagée dans la décennie 1870, après la chute du Second Empire – reste à savoir si la France serait devenue une démocratie à l’anglaise, cela aurait dépendu sans doute du résultat d’une victoire orléaniste ou légitimiste.

Pour ma part une telle nostalgie montre surtout que le ridicule ne tue pas et que même si on peut légitimement être déçu du régime politique actuel, on peut tout à fait descendre encore plus bas!

A vrai dire, c’est en repensant à cela que je me suis rendu compte que je n’avais même pas réalisé à quel point l’idéal républicain français n’avait pas imprégné seulement l’Europe, mais le monde entier. Est-ce un hasard si, par défaut, après une transition démocratique ou encore après une indépendance arrachée d’une mainmise étrangère, le régime républicain s’installe comme une évidence, même pour des peuples censés être conservateurs?

J’étais tombé sur cet article de Wikipédia listant les monarchies dans le monde. L’importance du gris sur la carte montre bien l’influence énorme qu’a eu la Révolution française (mais aussi américaine pour ce qui est de l’émancipation des nations) sur le monde. Naturellement cela a été progressif, les bouleversements du XXème siècle sont passés par là. Le cas du monde musulman est parlant : Turquie 1923, Egypte 1952, Irak 1958, Iran 1979… C’est la puissance des idées qui entre en jeu (thème qui me rappelle ce qu’écrivait Malek Bennabi dans « Le problème des idées dans le monde musulman »).

On peut prendre d’autres exemples : pourquoi après la chute du communisme en Europe de l’est en 1989, aucune restauration monarchique n’a eu lieu? Les cas de ce type sont très nombreux. En Autriche, après 1945, les Habsbourg ne sont pas revenus sur le trône, malgré leur activisme anti-nazi (cf la biographie de l’impératrice Zita). La Finlande, malgré la victoire sur les « rouges » après la guerre civile de 1918, est devenue quand même une république etc.

Sans doute que le système monarchique s’est, dans l’ensemble, définitivement discrédité par son cynisme. En France notre Louis XX national, descendant des Bourbons, est un apologiste de son arrière-grand-père, le général Franco, c’est dire…

Bref, si la France n’est sûrement pas née en 1789, cette date a de quoi légitimement rester un motif de fierté!

Les prétendants au trône dans le monde pour finir :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9tendant_au_tr%C3%B4ne

Publié dans Actualités et politique, Histoire de France | Laisser un commentaire

Une chanson d’actualité…

Tirée de leur album « Who’s Next » de 1971…

We’ll be fighting in the streets
With our children at our feet
And the morals that they worship will be gone
And the men who spurred us on
Sit in judgement of all wrong
They decide and the shotgun sings the song

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again

The change, it had to come
We knew it all along
We were liberated from the fold, that’s all
And the world looks just the same
And history ain’t changed
‘Cause the banners, they are flown in the next war

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again, no, no

I’ll move myself and my family aside
If we happen to be left half alive
I’ll get all my papers and smile at the sky
Though I know that the hypnotized never lie
Do ya?

There’s nothing in the streets
Looks any different to me
And the slogans are replaced, by-the-bye
And the parting on the left
Is now parting on the right
And the beards have all grown longer overnight

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again
Don’t get fooled again, no no

Meet the new boss
Same as the old boss

Publié dans Actualités et politique | Laisser un commentaire

La Tragédie des Brigades internationales (documentaire, 2016)

Je viens de terminer la vision de cette réalisation de Patrick Rotman sur la guerre civile espagnole, diffusée sur Arte le 25 octobre dernier, et je dois avouer que je n’en attendais pas grand chose. J’ai été très agréablement surpris : le contenu est dynamique, précis, assez complet et pas trop manichéen (la terreur rouge est abordée ainsi que la répression interne au camp républicain). Le titre peut induire en erreur, car l’ensemble de la guerre d’Espagne est traité et pas uniquement les volontaires étrangers.

Nous avons droit à des images d’époque (même si comme souvent dans les documentaires on regrette qu’elles ne soient que rarement datées et situées) dont certaines étaient déjà présentes dans Mourir à Madrid, à une carte animée pour voir l’évolution du front, aux coupures de presse qui nous mettent dans l’ambiance d’époque et à des témoignages d’écrivains comme Saint-Exupéry, Hemingway, Malraux, Orwell, Dos Passos ou de photographes comme le célèbre Robert Capa.

Tout n’est pas parfait, on peut regretter quelques absences et inexactitudes, mais en 1h40 nous avons déjà un outil très pédagogique pour mieux comprendre le conflit. A voir au moins une fois pour sa culture!

Publié dans Documentaires et autres, Histoire de l'Espagne, Seconde guerre mondiale | Laisser un commentaire

Der Fuehrer’s Face (film,1943), ou Donald Duck dans l’Allemagne nazie

Court-métrage d’animation des studios Disney qui servait de propagande à destination des citoyens américains durant la Deuxième guerre mondiale –  « propagande » n’ayant pas de connotation péjorative précisons. Je l’ai trouvé très drôle et bien réalisé, il pourrait être conseillé aux étudiants en Histoire. On peut voir le rationnement de la nourriture, conséquence des pénuries (économie de guerre) ; l’embrigadement et le culte de la personnalité propres aux régimes totalitaires ou encore le travail à la chaîne abrutissant qui n’est pas sans rappeler celui de Charlie Chaplin dans Les Temps modernes


Ce film de huit minutes n’a pas été édité en vidéo avant 2004, et on le comprend : il est dérangeant avec le recul, et pas seulement parce que Donald Duck est en uniforme nazi :

-Pour ce qui est du travail en usine, on sait que le taylorisme et le fordisme sont des inventions américaines!

-Il y a ensuite le portrait de Hirohito à côté de ceux de Hitler et Mussolini, or l’Empereur a été maintenu à la tête de son pays après la reddition du Japon jusqu’à sa mort en 1989.

-Il y a ce concept de surhomme fasciste traduit par « superman »… Cela peut encore se retourner pour critiquer l’Oncle Sam, en politique étrangère les présidents US se prennent effectivement pour des super-héros, avec tous les désastres qu’ils apportent dans leurs sillages.

-Il y a enfin la formule « nouvel ordre mondial » (dans la chanson : « World new order ») qui n’est pas sans rappeler un célèbre discours de George H.W. Bush en 1990…

Bref, il est amusant de constater que la propagande tenue hier dans un pays puisse se retourner à ce point contre ses propres gouvernements!

Publié dans Actualités et politique, Films, Histoire des Etats-Unis, Seconde guerre mondiale | Laisser un commentaire

Carlos Giménez – Les professionnels


Cette compilation toujours autobiographique prend la suite de Barrio. L’auteur est devenu adulte, a déménagé à Barcelone pour travailler dans un studio de bandes dessinées. Il est beaucoup moins sombre que les précédents, la plupart des histoires sont loufoques et absurdes, mais inspirées du réel vécu du dessinateur. L’humour est par moment assez gras, autant prévenir le lecteur (ça ne m’a pas dérangé à titre personnel).

L’ombre du franquisme est aussi beaucoup moins présente, son seul rappel est ce passage où le héros attendant un rendez-vous galant se retrouve pris dans une manifestation contre la dictature (et sa répression), avec le panneau de propagande « 25 ans de paix » en décor…

Autre aspect révélateur et très intéressant de ce tome : on se rend compte que ce qui a finalement profondément bouleversé et transformé l’Espagne ne sont pas les thèses révolutionnaires (anarchistes ou marxistes) très présentes dans les années 30, mais l’influence de l’American way of life dans la culture populaire, le capitalisme de consommation étant finalement indépassable!

Un auteur que j’ai pris beaucoup de plaisir à découvrir et que je conseille fortement.

Publié dans Histoire de l'Espagne, Lectures | Laisser un commentaire

Michèle Gazier, Bernard Ciccolini – La Pasionaria

La vie de Dolores Ibárruri, célèbre membre du Parti Communiste d’Espagne, connue pour son slogan « ¡No pasarán!« . La BD se parcourt vite et agréablement. Venant d’une famille basque de mineurs, marquée par le catholicisme, huitième sur onze enfants, elle fut une brillante élève, mais ne pourra réaliser son souhait de devenir institutrice du fait de son origine sociale. On découvre les débuts du militantisme ouvrier organisé, la répression, ainsi que l’ascension politique et la vie privée de la « Pasionaria ». La guerre civile est en revanche assez rapidement expédiée (une dizaine de pages), même si bien sûr le format permettait difficilement de développer plus.

Après la défaite de la République elle connaitra l’exil en URSS, perdra son fils Rubén, engagé dans l’Armée rouge, mort à Stalingrad en 1942. Elle devra attendre la transition démocratique pour pouvoir retourner dans son pays natal, en 1977.

Ce n’est pas une hagiographie, son stalinisme pur et dur (dont elle finira toutefois par s’éloigner) n’est pas caché, ni même les divisions dans le camp républicain. Sur ce point c’est donc une bonne surprise. Sans être indispensable, nous avons ici une lecture utile pour la culture politique.

Publié dans Histoire de l'Espagne, Histoire de la Russie, Lectures, Seconde guerre mondiale | Laisser un commentaire

Antonio Altarriba, Kim – L’aile brisée

Voici le complément de « L’art de voler », vu que cette fois il s’agit de la mère du scénariste dont la vie est narrée. Les conditions d’existence étaient alors très dures, et la place de la femme décrite dans cette société très machiste n’est pas sans rappeler ce qui existe dans certains pays musulmans…

L’histoire explore également un aspect peu connu de l’autoritarisme franquiste : la répression interne au camp « national », celui des vainqueurs de la guerre civile – ici les partisans d’un retour de la monarchie avec Don Juan de Bourbon, ce dernier se posant en alternative à la dictature de Franco et en réconciliateur des Espagnols -, répression donnant lieu à une série d’assassinats politiques.

Ce travail est comme son prédécesseur une grande réussite, permettant de comprendre la dévotion catholique de la mère, ce que peut signifier réellement une expression comme « l’opium du peuple »…

A lire et écouter :

https://www.franceinter.fr/livre/l-aile-brisee-le-tout-sur-ma-mere-d-antonio-altarriba

Publié dans Histoire de l'Espagne, Lectures | Laisser un commentaire