Un commentaire sur le livre de Sylvain Roussillon « Les brigades internationales de Franco »

sylvain-roussillon-les-brigades-internationales-de-franco

Beaucoup de critiques très élogieuses sur ce livre sur les volontaires engagés dans le camp « national ». Il remettrait aussi les pendules à l’heure sur le manichéisme pro-républicain trop souvent entendu. Et avec objectivité! L’auteur ayant été membre de l’Action française et militant royaliste de longue date, je me permets d’en douter – Charles Maurras ayant pris ouvertement parti pour les franquistes lors de la guerre civile. Roussillon aurait été marxiste-léniniste que j’aurais fait exactement la même remarque.

Je ne l’ai que partiellement lu (manque de temps). Mais déjà je peux le dire : c’est un vrai livre d’historien, très bien renseigné et documenté, confrontant de nombreuses sources, comblant en plus les lacunes de l’historiographie sur ce domaine, dans la langue de Molière du moins. Ce n’est pas tant une critique de fond (excellent) que de forme que je ferais.

Dans les deux premiers chapitres la présentation des origines de la guerre civile me parait très critiquable. Il cite ainsi abondamment le livre de Bartolomé Bennassar « La guerre d’Espagne et ses lendemains« , que j’avais moi-même lu il y a quelques années, très intéressant sur nombre des aspects, critiquables sur d’autres : avec le recul il y a trop d’absences et de points non développés pour en faire une référence. Pour faire simple, l’Espagne des années 30 est une cocotte-minute qui ne demande qu’à exploser, alimentée par une crise économique mondiale et une conjoncture internationale très tendue. Et si les anarchistes étaient aussi nombreux, c’est que les Espagnols avaient de très bonnes raisons d’être attirés par cette idéologie. Raisonner en terme de « légalité » dans ce contexte me parait hors de propos.

La naissance de la Seconde République en 1931 est qualifiée d’illégitime. Comment ne pas mentionner le caciquisme, ce verrouillage de la vie politique pendant les décennies qui avaient précédé les années 30. On peut comprendre la méfiance qu’une grande partie de la population pouvait avoir vis-à-vis des élections! Et que dire de l’analphabétisme massif? Oui, les Républicains espagnols n’étaient pas forcément de gentils démocrates respectueux de la légalité. Mais il ne faut pas confondre légalité et légitimité, deux notions bien différentes.

J’ai été également un peu interpellé par le chapitre sur l’engagement massif des Marocains en faveur des putschistes. Ce dernier était conscient, ce qui faisait que les regulares et autres volontaires marocains ne peuvent pas être qualifiés de « mercenaires » comme on l’a trop souvent fait. Franco était respecté en tant que vainqueur de la guerre du Rif (1921-1926), et il a su jouer la carte anticolonialiste en direction monde arabe (ce qui pour le moins est paradoxal pour un ancien officier colonial dont les troupes s’étaient livrées à des atrocités) mais aussi la carte religieuse, l’athéisme militant des anarchistes et des marxistes choquait le monde musulman. Et l’historien d’ironiser sur le racisme décomplexé d’une certaine propagande républicaine (qui je pense était parfaitement justifié!).

En revanche, que les franquistes cultivant la croisade et la Reconquista combattent avec des musulmans comme troupes de choc, voilà qui ne mérite pas d’ironie! Cela pourrait permettre de tourner en ridicule une partie de l’extrême-droite identitaire au discours anti-islam : avec cet exemple on pourrait conclure que ce bord là est probablement le premier à trahir ses propres valeurs. Je rajouterai que dans les chansons républicaines, la référence aux Maures de Franco est explicite : « Si me quieres escribir » et « Ay, Carmela! ».

Sur ce point notons encore que François Mauriac, pourtant d’abord favorable au camp national, avait été écoeuré par leurs exactions, pour cela a changé d’opinion en 1937 dans un article resté célèbre : « A propos des massacres d’Espagne » (Le Figaro, 30/06/1938 – cité dans le documentaire « Mourir à Madrid »).

J’ai été aussi étonné par l’insistance de l’auteur à qualifier ces troupes d’Arabes : si les hommes recrutés viennent bien du Rif, ce sont des Berbères, ou des Arabo-berbères à la limite…

Enfin on constatera que la simple addition des volontaires italiens et marocains en faveur de Franco dépassaient largement les effectifs des brigades internationales mobilisées pour la République. C’est à se demander qui étaient les véritables « nationaux », comme cela était tourné en dérision par une célèbre affiche de propagande républicaine :

4 T

Enfin une dernière remarque sur ce qui est écrit en conclusion : la République est-elle morte de ses excès, effrayant les classes moyennes à cause de la révolution sociale? Si on en croit George Orwell et son célèbre « Hommage à la Catalogne » (mais aussi d’autres observateurs), ce serait en fait l’inverse : la République devenait progressivement un Etat policier précisément pour se réconcilier avec la petite et moyenne bourgeoisie, tombant dans une impitoyable contre-révolution en réprimant les anarchistes…

Ces critiques n’enlèvent rien à la qualité de l’ouvrage, qui je le répète, est excellent sur bien des points. Je pense toutefois que la réalité peut très bien être à la fois complexe et manichéenne…

Publié dans Lectures, Histoire du Maroc, Histoire de l'Espagne, Actualités et politique, Histoire de France | Laisser un commentaire

Farce électorale et parodie de démocratie…

Si Emmanuel Macron l’emporte, je serais curieux de savoir avec quelle majorité législative il gouvernera. Et c’est dans ce type de situation que toutes les aberrations de notre Vème république apparait, un régime issu d’un coup de force, pour ne pas dire d’un coup d’Etat, en pleine… guerre d’Algérie, précisément! Elle a une illégitimité originelle assez forte quand on y repense. C’est un régime dont on ne sait trop s’il est de type présidentiel ou parlementaire.

Lorsque je suivais mes cours de droit constitutionnel, j’avais appris qu’il était « parlementaire à prépondérance présidentielle » – parlementaire malgré tout, le gouvernement étant responsable politiquement devant l’Assemblée nationale, ce qui explique les trois situations de cohabitation en 1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002, où le président de la République et le gouvernement étaient de bords opposés. Présidentiel toutefois, surtout depuis le passage en 1962 à l’élection du président au suffrage universel direct, lui conférant une légitimité forte – chose qui était mal vue par le reste de la classe politique, rappelant trop comment Louis-Napoléon Bonaparte avait court-circuité ainsi la IIème République. Et depuis le passage du mandat présidentiel à cinq ans, la cohabitation est devenue impossible, les élections législatives suivant automatiquement les présidentielles et dont le résultat ne laisse alors plus de doute.

Or c’est une atteinte aux principes démocratiques assez forte : le scrutin pour les présidentielles ne peut être que majoritaire, autrement dit discriminatoire contre les courants minoritaires. On ne choisit pas, on élimine. Et concernant les législatives, les partis politiques de petite et moyenne taille sont sous-représentés. Un parti qui ferait 49 % dans toutes les circonscriptions n’aurait aucun représentant! Le passage à la représentation proportionnelle (uniquement testée en 1986) permettrait une meilleure justice électorale.

A cela il faut rajouter d’autres problèmes habituels posés par notre système politique et économique :

-Le défaut général du système représentatif, comme le disait si bien Jean-Jacques Rousseau :

Le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort ; il ne l’est que durant l‘élection des membres du parlement : sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien.

On peut se demander si une véritable démocratie garantissant la souveraineté populaire ne peut être que directe (avec révocation des élus) ou au moins semi-directe, avec une consultation par référendum sur les grandes questions. Des référendums qui ne seraient pas des farces comme les Européens en ont connu (attention à ne pas « mal voter », comme en 2005!), c’est le rôle primordial de l’information qui entre en jeu.

-La construction européenne et plus généralement la mondialisation sous toutes ses formes au dépens de la souveraineté nationale : la démocratie ne peut s’exercer que dans le cadre national, il n’y a qu’à voir le désintérêt général pour les élections européennes pour s’en convaincre.

-La dette publique, futur protectorat par nos créanciers, comme la Tunisie l’avait subi en 1881. Une véritable prise d’otage contre les peuples, contraints à être pressés comme des citrons!

-Enfin rappelons ce que pouvait écrire la philosophe Simone Weil sur les partis politiques, un constat toujours d’actualité!

simone-weil-note-sur-la-suppression-generale-des-partis-politiques

Publié dans Actualités et politique, Histoire de France, Lectures | Laisser un commentaire

J’ai enfin vu le documentaire « La déchirure » de Gabriel Le Bomin et Benjamin Stora

La récente polémique « Macron » m’a finalement poussé à visionner ce documentaire sorti en 2012, épreuve que je reportais systématiquement, j’appréhendais le ton culpabilisant et masochiste. Je me souvenais des différentes critiques acerbes de certains historiens (Daniel Lefeuvre, Guy Pervillé…) qui ne m’avaient pas donné envie d’aller plus loin. Est-ce que l’on a en fin de compte un film partisan, favorable à l’éternelle repentance?

Finalement pas tant que ça, en revanche j’ai eu la désagréable sensation d’avoir une succession rapides d’images colorisées, jamais datées et situées, ce qui fatigue le cerveau… En ce qui concerne le contenu, j’ai trouvé que l’on avait un document bien plus partiel plus que partial, avec trop d’absences, d’inexactitudes et d’informations parcellaires pour en faire un outil pédagogique :

-Messali Hadj est cité, mais sans que soit précisée la formation progressive du nationalisme algérien : l’Etoile nord-africaine, le PPA et surtout le MTLD et sa branche armé, l’O.S., l’Organisation Spéciale, véritable ancêtre du FLN-ALN.
-Si les évènements de mai 1945 sont cités, est oubliée la radicalisation des communautés en Algérie avec le choc de la défaite durant la Seconde guerre mondiale (1940-1945).
-L’évolution juridique de l’Algérie française avant 1958 est passée à la trappe, cela permettrait de nuancer les stéréotypes habituels sur l’absence d’effort d’intégration.
-L’existence du MNA rival du FLN n’est révélé qu’à l’occasion du massacre de Mélouza.
-Pareillement, on n’apprend l’existence de Ferhat Abbas qu’après plus d’une heure, alors qu’il est l’autre grande figure du nationalisme algérien, qu’il avait également son parti politique avant le déclenchement de l’insurrection, l’UDMA.
-Par ailleurs de nombreuses grandes figures du FLN ne sont jamais citées : Abane Ramdane, Hocine Aït-Ahmed, Mohamed Khider…
-Aucune carte de l’Algérie n’est montrée! L’implantation géographique de la rébellion et sa diffusion progressive aurait pu permettre d’y voir plus clair (cf le très bon « Atlas de la guerre d’Algérie » de Guy Pervillé).
-Le problème des « harkis » et plus généralement des Algériens francophiles est vraiment très mal traité.
-Les milliers d’immigrés algériens en métropole tués dans la guerre fratricide FLN-MNA ne sont pas évoqués, alors que la fédération de France du FLN avait instauré une véritable terreur…
-Les groupes « contre-terroristes » (en fait, terroristes) qui ont précédé l’OAS, non plus.
-La « bataille des frontières » en 1958, plus précisément celle de Souk Ahras, n’est que survolée dans ses débuts.
-La mort du colonel Amirouche est montrée, mais le narrateur ne parle pas de ses sanglantes purges contre les maquis, conséquence de la « bleuite ».

Tout cela manque alors même que le film dure 1h50! Tout n’est pas négatif pour autant, mais avec tous les progrès de l’historiographie sur ce sujet, c’est très décevant!

Pour expliquer la guerre d’Algérie de façon la plus complète et objective, il faudrait montrer les données politiques, économiques, territoriales, culturelles, linguistiques (arabophones et berbérophones) mais surtout démographiques, car l’augmentation considérable de la population algérienne dans les décennies ayant précédé 1954 est essentielle pour comprendre la décolonisation. Or, j’ai comme l’impression qu’il s’agit d’un véritable tabou, politiquement incorrect pour les différents protagonistes, pour au moins quatre raisons :

1) Parce que cela démontre un aspect (trop) positif de la présence française.
2) Parce que c’était révélateur d’une crise malthusienne, pouvant heurter des valeurs religieuses (chrétiennes et musulmanes confondues), morales ou bien progressistes.
3) Parce que cela rendait très difficile pour ne pas dire impossible le maintien de la France en Algérie.
4) Parce que si on explique qu’il s’agit du facteur le plus déterminant dans l’accession à l’indépendance, la légitimité du FLN-ALN s’en trouve considérablement amoindrie…

Ce qui est frappant, c’est que cette problématique était parfaitement connue à l’époque dans les débats politiques et intellectuels. Pourquoi donc la passer sous silence aujourd’hui?

Publié dans Documentaires et autres, Histoire de France, Histoire de l'Algérie | Laisser un commentaire

[Suite] Comparaison n’est pas raison : guerre d’Algérie (1954-1962) et terrorisme de Daesh

Un article que j’avais commencé à rédiger avant la déclaration de Macron.

Des années que je me renseigne sur la guerre d’Algérie, conflit dont on parle souvent, qui a littéralement fondé la Vème République – provoquant moult débats, pour un sujet très mal connu paradoxalement malgré son abondante bibliographie. De nombreuses idées fausses circulent dessus, dans un sens ou un autre. Un exemple parmi d’autres : qui connaît la complexité des négociations entre l’exécutif français et les indépendantistes tout au long du conflit, qui a finalement abouti aux accords d’Evian?


J’ai beau avoir grandi dans un état d’esprit culpabilisant sur le passé colonial, progressivement la posture des « repentants-pleurnichards-haineux », accusant la France de tous les maux, m’est devenue insupportable. S’il y a du racisme en France et des discriminations, c’est la faute au passé colonial, c’est bien connu. La République interdit le voile islamique dans les établissements scolaires en 2004, c’est une résurgence du colonialisme – ce dernier argument a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, qui m’a fait prendre conscience que quelque chose n’allait pas. Car oui, les Français sont des colons chez eux! A ceux qui tiennent de tels discours, on a envie de ne dire qu’une chose : changez de pays, la France n’est décidément pas faite pour vous.

Je me suis d’ailleurs demandé si le peuple français étant collectivement coupable du passé colonial en Algérie, les Français d’origine algérienne l’étaient aussi. Si oui, ce serait un peu ridicule ; si non, cela voudrait dire que ces derniers ne sont pas vraiment français – ce qui en fin de compte est extrêmement raciste. La repentance poussée jusqu’à la débilité ne fait que reproduire le racisme colonial le plus puant!


Toutefois je n’ai jamais apprécié la posture exactement opposée, celle des « revanchards ». D’abord parce que les nostalgiques de l’Algérie française sont sans doute les plus mal placés pour critiquer l’immigration algérienne en France, et plus généralement l’islamisation. D’ailleurs ceux qu’on appelle les « harkis » (terme très impropre) n’étaient-ils pas musulmans? Les provocations d’un Robert Ménard à Béziers sont du même niveau intellectuel que les pires crétineries gauchistes.

Mais surtout, il y a les attentats récents qui sont l’occasion rêvée pour raviver les vieilles plaies. La pacification des départements d’Algérie était juste, car le FLN, c’était déjà Daesh! Terrorisme au nom de l’islam, état d’urgence etc. Vite, refaisons la bataille d’Alger! Trouvons notre Massu pour nettoyer les territoires. D’ailleurs on pourrait même rajouter que durant cet épisode, en 1956-1957, la IVème République était dirigée par un président du conseil socialiste (SFIO plus exactement) – seulement nos « socialistes » actuels n’avaient pas le dixième de l’envergure de Guy Mollet, ancien résistant et rappelons-le, qui était respecté par De Gaulle…

Mettons les choses au clair pour réfuter ce tas d’inepties :

-La guerre d’Algérie s’inscrit dans un contexte mondial de décolonisation (1945-1975), d’émergence du tiers-monde (conférence de Bandung en 1955, à laquelle participa Hocine Aït-Ahmed). Certes l’Algérie française se distinguait des autres colonies sur plusieurs points : son statut juridique (trois départements + le Sahara), la présence d’environ un million de ressortissants, sa proximité géographique par rapport à la métropole ou encore le symbole d’Alger qui avait été la capitale de la France libre en 1943-1944 ; mais il est impossible de séparer ce conflit d’une situation planétaire qui poussait à l’éclatement des empires coloniaux.

-Il y avait alors une privation des droits démocratique des Algériens, comme par exemple avec les élections truquées de 1948 (le parti politique de Messali Hadj s’appelait d’ailleurs « Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques »).

-La violence subie durant la Deuxième guerre mondiale était encore dans tous les esprits. Aujourd’hui, malgré les discours apocalyptiques tenus de façon cynique par certains, on est très loin de cette ambiance. Rien ne l’illustre mieux que l’extrême sensibilité aux pertes humaines de l’opinion publique (cf les réactions aux pertes militaires françaises en Afghanistan).

-Au pire, les carnages de Daesh pourraient effectivement être rapprochés avec la guerre d’Algérie, mais ils seraient bien plus comparables avec ceux de … l’OAS, qui commettait des attentats à la voiture piégées sur bien des points semblables à ceux qui se pratiquent en Irak depuis une décennie (26 février 1962 à Oran, 2 mai 1962 sur le port d’Alger…). En métropole même, un des attentats les plus meurtriers jamais commis aurait été le fait de de l’organisation, le 18 juin 1961, avec le déraillement du train Strasbourg-Paris (conditionnel de rigueur néanmoins, le doute subsiste).

Le film anti-terroriste qui serait d’actualité n’est pas La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (qui, bien que réalisé de main de maître, est loin d’être irréprochable historiquement contrairement à ce que beaucoup affirment) ; c’est plutôt l’excellent Chacal de Fred Zinnemann, où l’on peut voir quarante mille gendarmes mobilisés contre un seul tueur professionnel à la solde de l’OAS, l’action se passant alors dans l’hexagone!

Admettons au final que l’enseignement du passé de la décolonisation puisse être utile, on pourrait effectivement citer un ancien officier de la guerre d’Algérie : David Galula, qui avait une très grande intelligence politique. Tout en étant anticommuniste, il n’hésitait pas à citer dans son « Contre-insurrection, théorie et pratique » les régimes communistes en exemple pour comprendre leur efficacité!

Publié dans Actualités et politique, Histoire - Autres, Histoire de France, Histoire de l'Algérie | Laisser un commentaire

Petite remarque sur la déclaration de Macron sur la colonisation

Décidément Alain Soral n’exagérait pas quand il parlait de « Shoah du pauvre » dans la repentance sur le passé colonial, plus précisément par rapport à l’Algérie. Précisons que ce discours de complainte victimaire est rejeté par les Algériens eux-même dans leur grande majorité, ayant largement tourné la page et qui accueillent chaleureusement les pieds-noirs retournant sur leur terre natale.

La colonisation française en Algérie a certes été brutale, mais les Algériens n’ont pas été des Palestiniens (expulsés et rendus minoritaires dans leurs propres pays) ou pire encore, des Amérindiens (exterminés ou presque). On peut même constater tout au long du XXème siècle une explosion démographique, essentielle pour comprendre la crise alimentaire qui sévissait (« Misère de la Kabylie ») et les raisons de la décolonisation. Or j’ai pu constater que très nombreux étaient les ouvrages ou les documentaires de vulgarisation ne parlant pas de ce facteur, pourtant indispensable à une bonne compréhension de l’Histoire.

Notons qu’il n’y a jamais eu de repentance en ce qui concerne le Vietnam pour la guerre d’Indochine, pourtant plus meurtrière encore que la guerre d’Algérie, ou encore pour l’impitoyable guerre du Rif (qu’un historien comme Bernard Lugan, peu suspect de masochisme national, qualifiait de « guerre d’extermination »!).

Etrange discours de vérité de M. Macron, qui ne fait que répéter une litanie entendue mille fois… S’il voulait vraiment tourner la page du colonialisme, il devrait s’engager à ce que la France s’abstienne de tout interventionnisme militaire à l’étranger et qu’elle se retire d’Irak et de Syrie en raison des accords Sykes-Picot!


Cela dit la posture diamétralement opposée à la repentance masochiste, celle des « nostalgiques revanchards », est tout aussi critiquable. Je reviendrai dessus dans un prochain article.

 

Publié dans Actualités et politique, Histoire de France, Histoire de l'Algérie | Laisser un commentaire

[Parenthèse] Un petit commentaire sur « La princesse et la grenouille »

J’ai hésité à publier ce texte : est-ce que parler d’un film Disney serait pertinent sur ce blog? En fin de compte je pense que oui, car cela rejoint ce que je peux dire sur d’autres sujets. Les grosses productions ne sont pas seulement les vectrices de l’impérialisme culturel américain, elles sont comme je disais sur l’article précédent, porteuses d’idéologies, ces dernières étant transmises dans l’inconscient de millions d’enfants.

Mais il est amusant de constater que les films sont souvent représentatifs de l’état d’esprit de leurs époques. Observons comment les Disney ont évolué au niveau sociologique : la place de la femme n’a plus rien à voir avec l’image des princesses niaises et dépendantes d’autrefois. En ce qui concerne les classes sociales, on constate une surreprésentation très claire des riches. Disney n’aime pas les petits travailleurs… Il y a bien Aladdin qui rêve de l’ascension sociale la plus extrême, mais il n’est pas un prolétaire : c’est plutôt un sous-prolétaire qui ne travaille jamais et passe son temps à voler les classes moyennes (petits commerçants)…

Concernant les qualités cinématographiques, j’ai pour ma part un grand regret sur les dernières sorties, certes très impressionnantes visuellement, mais pauvres musicalement. C’est toute une magie qui disparait.

Mais venons-en à La princesse et la grenouille datant de 2009, qui m’a agréablement surpris. Pour plusieurs raisons : il y a d’abord un retour aux phases musicales avec un véritable hommage au jazz (né à la Nouvelle-Orléans) ; le fait qu’il se passe dans le quartier français ; et surtout le fait que… l’héroïne, Tiana, soit une authentique prolétaire! Certains ont trop retenu, à tort, qu’il s’agissait de la première princesse (ce qu’elle n’est pas d’ailleurs) afro-américaine. Mais le film insiste peu sur la couleur de peau – et d’ailleurs, se passant dans un Etat de l’ancienne Confédération (la Louisiane) où un racisme institutionnel existait (l’action se passe durant les années 1920), la ségrégation n’est, de mémoire, jamais abordée ou montrée. C’est bien une discrimination anti-pauvres qui est évoquée, et l’héroïne dans son désir de grimper l’échelle sociale en ouvrant un restaurant, n’est pas tant handicapée par sa couleur de peau que par son appartenance de classe.

Cela me rappelle cette citation attribuée au boxeur Larry Holmes : « C’est dur d’être noir. Vous n’avez jamais été noir? Je l’étais autrefois quand j’étais pauvre.« 

Publié dans Actualités et politique, Films, Histoire des Etats-Unis | Laisser un commentaire

La Révolution russe dans le dessin animé Anastasia (1997)

Le cinéma est politique, ou du moins porteur d’idéologies, même quand il n’y parait pas. Selon ses convictions personnelles, on va naturellement accuser tel ou tel film de promouvoir des idées allant dans un tel ou tel sens. Pour ma part je pense que montrer des histoires de princes et de princesses à des millions de jeunes enfants n’a rien d’anodin – encore que les productions Disney ont beaucoup évolué sur ce point, que de chemin parcouru depuis le Blanche-Neige de 1937!

Le centenaire de la Révolution russe approche, l’occasion de voir comment un évènement aussi complexe, riche et important (il y a eu au moins deux révolutions, celle de « Février » qui verra la chute du Tsar, celle « d’Octobre » qui sera le coup d’Etat bolchévique contre le régime républicain…) fut traité dans un dessin animé à gros budget datant de 1997, qui contrairement aux apparences, n’est pas issu des studios Disney.

Grâce à Anastasia, on apprend ainsi :

-qu’en 1916 il n’y a aucune guerre mondiale affectant la Russie ;

-qu’il n’y avait aucune pénurie, aucune grève, aucun conflit social ou politique, aucune remise en cause du Tsar – en revanche on peut montrer la famille impériale vivre dans des palais somptueux… pour quiconque connait un minimum la situation explosive du pays à ce moment là, ce n’est pas ridicule, c’est indécent ;

-que la Révolution a éclaté uniquement à cause d’un maléfice lancé par le méchant Raspoutine (qui, semble-t-il, est méchant pour être méchant!) ;

-qu’une décennie après le renversement du Tsar, le peuple russe était nostalgique de l’Ancien régime, tout cela en chanson s’il vous plait! En vérité même si beaucoup de Russes détestaient les dirigeants bolchéviques, ils les préféraient encore à une restauration de la situation sociale pré-révolutionnaire. Il me semble que l’on ne souligne pas assez à quel point l’extrémisme de certains « Russes blancs » a contribué à la naissance de l’URSS à l’issue de la guerre civile (1917-1922).

Bref, que du bonheur dans ce film d’animation sur la tragédie des Romanov. Peut-être est-ce moi qui ait tendance à tout prendre trop au sérieux. Pour ma part, que l’on puisse présenter un évènement aussi capital d’une telle façon a quelque chose d’inquiétant…

Le magazine l’Histoire a sorti un numéro spécial sur le sujet qui est assez complet, je le conseille.

Publié dans Films, Histoire de la Russie | Laisser un commentaire