Orlando Figes – La Révolution russe

1891- 1924 : la tragédie d’un peuple

 

Pour le centenaire de la Révolution russe je me sentais obligé de lire ce pavé, véritable référence sur le sujet, préfacé par Marc Ferro. J’avais commencé par le deuxième tome, la période de la guerre civile entre Rouges et Blancs étant celle qui retenait le plus mon attention, mais j’ai finalement lu l’intégralité. C’est pour le moins passionnant autant que terrifiant!

On comprend alors comment d’une révolte populaire, massive, anarchiste dans son état d’esprit, ayant comme objectif la paix, la répartition des terres et la révolution sociale, on aboutit à l’effondrement d’un empire et au chaos généralisé, à la reconstruction d’un Etat policier et accessoirement de l’immense Empire colonial russe sous un autre forme.

De nombreux aspects sont traités comme par exemple les revendications d’autonomie et d’indépendance des nationalités en périphérie de l’Empire, souvent portées par des partis socialistes comme la Pologne ou la Géorgie ; l’analyse du petit peuple paysan, aux conditions de vie rudes et aux moeurs brutales, dont la mentalité le poussait à un anarchisme instinctif ; l’intelligentsia russe, porteuse des idéaux révolutionnaires tout en étant elle-même issue des classes les plus aisées (Lénine n’y déroge pas, venant d’une famille de propriétaires terriens), marquée par des romans comme le « Que faire? » de Tchernychevski, se sentant coupable de ses privilèges et de ce fait idéalisait le peuple avant de déchanter devant la réalité crue…

Les deux plus célèbres romans de George Orwell me sont venus spontanément à l’esprit en découvrant les multiples étapes de la tragédie : La ferme des animaux tout d’abord, puisque les bolchéviques sont très rapidement devenus une sorte d’aristocratie détestée pour ses privilèges – moins que l’ancien régime toutefois, pour rien au monde le petit peuple russe ne voulait revenir sur la révolution sociale et agraire, ce qui explique le succès final des rouges ; 1984 bien sûr pour cette dictature impitoyable et la terreur de la Tchéka, (pratiquant des tortures particulièrement sadiques et des exécutions arbitraires massives) installées à vitesse fulgurante, dont il est impossible de ne pas voir le lien avec les futures exactions staliniennes (la NEP n’étant qu’une pause entre le régime et sa population).

Pour autant il ne faut pas oublier que le bolchévisme est le produit d’une histoire typiquement russe, d’un peuple brutalisé et traumatisé par des siècles de servage, de répression policière tsariste et bien sûr par la Première guerre mondiale à laquelle la Russie n’était pas préparée malgré les dépenses militaires en hausse des dernières années (il y eut ainsi une pénurie de munition au bout de quelques semaines de combat!), que le peuple paysan ne voulait pas, dans sa grande majorité, n’ayant jamais quitté son village ou presque…

Sur la question des causes de la terreur rouge, trop souvent les historiens orientés pour un camp ou un autre oublient l’essentiel : c’est la population elle même qui était violente, plus encore que les bolchéviques, les partis républicains ou les forces blanches. La terreur venait d’en bas. La haine de la bourgeoisie était déjà très présente dans la population, les bolchéviques l’ont attisé mais absolument pas créé. Même constat pour l’antisémitisme, le « mort aux Juifs » fut la réponse des Blancs aux « morts aux bourgeois » des Rouges… La description des innombrables pogroms de cette période fait frémir d’horreur. Les Armées blanches et les cosaques ont été d’une telle brutalité qu’elles ont précipité la population dans les bras des bolchéviques, leurs officiers ne raisonnant qu’en termes militaires, étant sourds à toute revendication de réformes politiques sérieuses…

Il n’y a ainsi aucun manichéisme, tout le monde en prend pour son grade. Nicolas II et l’ancien régime qui n’ont pas su faire les réformes indispensables après la révolution de 1905 – dont la répression impitoyable annonçait une cassure définitive entre l’Etat et sa population, aveuglés qu’ils étaient dans leur défense de l’autocratie, et qui ont encouragé les exactions des « cents-noirs », groupe paramilitaire violent qualifié de pré-fasciste.

Les différents partis démocrates aussi, trop naïfs dans leur légitimité, piégés dans leur intellectualisme. Selon l’auteur, seule une démocratie socialiste coalisant mencheviks et socialistes-révolutionnaires avec les soviets aurait pu éviter une dictature communiste, tellement les autres partis plus à droite avaient perdu en crédibilité.

La division des marxistes entre bolchéviques et menchéviques, fait essentiel dans la vie politique russe, est naturellement abordée : les menchéviques étaient assurément des démocrates mais n’avaient pas la culture du chef contrairement à leurs rivaux, et avaient commis l’erreur fatale d’accepter le nom de « minoritaires » qu’ils ne méritaient pas…

La mémoire de la Révolution française fut très présente : La Marseillaise était chantée en même temps que les révolutionnaires hissaient le drapeau rouge, le symbole était loin d’être l’apanage des bolchéviques, mais représentatif d’une authentique révolution populaire commencée en février-mars 1917. La violence de la mutinerie aboutissant à la chute du tsar et à la formation des premiers soviets portaient déjà en elle les germes de la future guerre civile.

Lénine est descendu comme il se doit, la description de sa personnalité est assez terrifiante. Notons sa curieuse forme d’anticapitalisme, fasciné par le taylorisme qu’il désirait appliqué à l’ensemble du pays, il reprenait ainsi de l’Occident le productivisme le plus abrutissant… Sa mentalité de guerre civile permanente annonce clairement le stalinisme. La paysannerie rebelle fut constamment pressée par les bataillons de réquisition, menant à la famine des régions comme Tambov qui n’eurent d’autre choix que de reprendre la guérilla, véritable « guerre du Vietnam » des bolchéviques. Après la victoire contre les Blancs, les usines furent militarisées, les soldats transformés en ouvriers et les ouvriers en soldats, la mentalité de guerre se poursuivant sur le plan économique. Avec le travail obligatoire, un nouveau type de servage fut généralisé à l’ensemble de la population.

Le livre de Figes est fascinant dans le sens qu’il nous permet d’avoir la vision des évènements qu’avait le peuple lui-même, nous montre des héros cachés de la révolution, donne la parole à des personnages connus (le général Broussilov, symbole de l’ancien régime qui finit par adhérer au bolchévisme par patriotisme, le prince Lvov ou encore l’écrivain Maxime Gorki) ou méconnus mais représentatifs comme le commissaire Dimitri Oskine, archétype du paysan connaissant l’ascension sociale par la guerre, trop heureux de quitter le monde agricole et paradoxalement ensuite devenant très cruel envers la paysannerie ensuite… Le projet de fermes collectives avec les kolkhozes et les sovkhozes avait déjà commencé : elles étaient vomies par les paysans, car dirigées par du personnel ne connaissant rien à l’agriculture.

La bureaucratisation du régime est également décrite avec justesse, beaucoup d’anciens paysans et ouvriers furent très heureux de devenir des fonctionnaires travaillant dans des bureaux, avec tous les stéréotype des montagnes de paperasse qui vont avec…

1921 fut l’année de tous les dangers pour le régime bolchévique, contesté de toutes parts par des révoltes paysannes et ouvrières impitoyablement réprimées, alors même que les armées blanches avaient été repoussées. Tambov et Cronstadt sont les exemples les plus connus, et la NEP fut une concession faite du régime à la population. Mais cette dernière permit l’apparition de nouveaux riches, ce qui a beaucoup déçu les militants bolchéviques de la base. Sentiment que Staline exploitera ensuite… Lénine avait alors interdit les factions à l’intérieur du parti unique : il y eut désormais la dictature du comité central sur le reste du parti de la même façon que le parti avait son emprise sur le pays…

Le sort des enfants à l’issue de la guerre civile (sept millions d’orphelins qui vagabondent dans les rues, comme on peut le voir dans « Tintin au pays des soviets« ) retourne le coeur. Très ironiquement leur meilleure place pour eux fut… l’Armée rouge, où ils étaient nourris, habillés, logés…

Du fait de la famine et des multiples violences, la vie humaine n’avait plus aucune valeur, les Russes avaient trop appris à mourir et à tuer. Dans de nombreuses régions il y eut des scènes du même type que le film La Route, avec un cannibalisme fréquent. Sans l’aide massive du président américain Hoover, des millions d’autres Russes seraient morts de faim.

L’ouvrage se termine sur la mort de Lénine, dont le culte du personnalité s’inscrivait finalement dans la continuité du tsarisme, sur le mépris réciproque qui existait entre lui et Staline et entre les différents dirigeants bolchéviques. Les futures tragédies semblaient déjà annoncées…

Une oeuvre essentielle sur le sujet, aussi volumineuse que passionnante.

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[Parenthèse] Un exemple de confusion sémantique : le marxisme démocratique des mencheviks

Ayant terminé récemment le livre de référence d’Orlando Figes sur la révolution russe (bientôt chroniqué), une multitude de détails m’ont frappé. Un parmi d’autres était le programme politique de la faction rivale des bolchéviques, issue du même parti d’origine, les menchéviques. Ces derniers que l’on rangerait aujourd’hui du côté des sociaux-démocratiques et socialistes réformistes, étaient partisans d’un marxisme orthodoxe… et de ce fait pensaient que la Russie après la chute du tsar devait passer obligatoirement par une phase de démocratie bourgeoise pour arriver au socialisme! Au contraire des bolchéviques voulant brûler les étapes en instaurant leur dictature…

« Marxisme » est un mot qui a tellement été associé aux pires dictatures de l’histoire (on parlait de « marxisme-léninisme »), au totalitarisme, au goulag etc. que l’on a peine à imaginer que les idées originelles pouvaient être diamétralement opposées.

Par exemple, qui a entendu parler de révolutionnaires comme Julius Martov, une personnalité très appréciée si j’en crois l’historien cité?

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Un programme politique : le « catéchisme révolutionnaire » de Bakounine

Trop souvent on juge des concepts avec des préjugés, en faisant dire à des auteurs ce qu’ils n’ont jamais dit ou écrit. C’est l’impression que j’ai eu après avoir lu le « Catéchisme révolutionnaire » de Michel Bakounine, daté de 1865 : il ne semble pas que le théoricien originel de l’anarchisme souhaitait une abolition de l’Etat, mais plutôt la mise en place d’une démocratie très décentralisée, basée sur la commune et les fédérations de communes, une démocratie directe et non représentative avec des élus mais aussi des fonctionnaires révocables. Un système antimilitariste et anti-bureaucratique qui serait laïque, social, égalitaire mais sans être égalitariste comme le montre cet extrait :

L’égalité n’implique pas le nivellement des différences individuelles, ni l’identité intellectuelle, morale et physique des individus. Cette diversité des capacités et des forces, ces différences de races, de nations, de sexes, d’âges et d’individus, loin d’être un mal social, constituent au contraire la richesse de l’humanité. L’égalité économique et sociale n’implique pas non plus le nivellement des fortunes individuelles, en tant que produits de la capacité, de l’énergie productive et de l’économie de chacun.

Si la nation « ne doit être rien qu’une fédération de provinces autonomes« , son idée reste très présente et revient souvent, elle n’est pas absolument pas niée.

Enfin avec la fédération internationale qui semble ressembler par certains aspects à la construction européenne, il prône aussi la liberté de commerce : « liberté absolue de commerce, de transaction et de communication entre tous les pays fédérés. ».

Bref, malgré un programme un peu utopique qui s’inscrivait dans le climat intellectuel de l’époque, un certain nombre d’idées reçues se retrouvent démontées dès qu’on creuse un peu le sujet!

En y repensant, « démocratie libertaire » serait sans doute l’expression la plus appropriée pour décrire le texte.

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Thomas Hippler – Le gouvernement du ciel

Histoire globale des bombardements aériens

L’aviation incarne, dès son invention, le rêve cosmopolitique d’une paix perpétuelle entre les nations de la terre, dont le revers n’est autre que le cauchemar d’une puissance meurtrière sans précédent. Puissance qui s’exerce d’abord à l’encontre de populations jugées un peu trop remuantes par les colonisateurs, dans le cadre d’opération de maintien de l’ordre, avant de s’abattre sur les villes européennes et japonaises, durant le second conflit mondial.
Mais surtout, la guerre aérienne brouille définitivement les frontières entre guerre et paix. Ce brouillage constitue un symptôme de la « démocratisation » de la guerre. Car c’est désormais le peuple que l’on prend directement pour cible, le peuple soutien de l’effort de guerre, et le peuple souverain, identifié à l’État. Ainsi s’enclenche un mouvement politique qui nous conduit aujourd’hui à une gouvernance mondiale sous hégémonie états-unienne, définie par une « guerre perpétuelle de basse intensité », qui frappe pour l’instant des régions comme le Yémen ou le Pakistan mais pourrait s’étendre demain à l’ensemble de la population mondiale.
La guerre aérienne croise ainsi les grands thèmes du siècle passé : la nationalisation des sociétés et de la guerre, la démocratie et les totalitarismes, le colonialisme et la décolonisation, le tiers-mondisme et la globalisation, l’État social et son déclin face au néolibéralisme. L’histoire des bombardements aériens constitue un point de vue privilégié pour écrire une histoire globale du XXe siècle.

Voici une lecture dérangeante. On comprend, dans un premier temps, comment à partir d’idéaux humanistes, progressistes, pacifistes, démocratiques, d’une mondialisation qui apporterait le bonheur, des théoriciens comme Giuilio Douhet avec le « bombardement stratégique » en sont arrivés à accepter des massacres de civils, considérant que ces derniers soutiennent l’effort de guerre de leurs Etats, dans l’espoir ques les populations se soulèvent contre leurs gouvernements. On bombarde la classe ouvrière dans une optique de lutte des classes!

Un autre aspect perturbant vient de cette idée d’une force aérienne internationale qui pourrait pacifier le monde entier sans que des troupes au sol soient nécessaires, apparue au début du XXème siècle, à l’époque des empires coloniaux, où on estimait que les populations « sauvages » pouvaient être bombardées sans ménagement. Comme un retour de l’histoire, l’offensive contre le régime de Kadhafi en 2011 par l’OTAN tombait pour l’année du centenaire du premier bombardement aérien de l’histoire, par l’aviation italienne contre cette même Libye, en 1911.

Les interventions occidentales depuis la fin de la guerre froide s’inscrivent ainsi clairement dans le cadre des pacifications coloniales d’autrefois, le « police bombing« , de même que l’usage massif des drones par les forces américaines. Quant à la « guerre perpétuelle de basse intensité », elle est ainsi annoncée en conclusion : « Les guerres de l’avenir seront longues, voire interminables, décentrées et dénuées de base nationale. Elles impliqueront potentiellement l’ensemble de la population mondiale. » Le livre a été publié début 2014, l’année de la proclamation du califat par Daech…

Après réflexion le mot « gouvernement » dans le titre n’est pas très adapté. « Terrorisme du ciel » serait sans doute plus la formule la plus correcte!

Un ouvrage que je conseille pour comprendre et décrypter les relations internationales dans le monde contemporain.

A écouter : https://www.franceculture.fr/emissions/lessai-et-la-revue-du-jour-14-15/histoire-globale-des-bombardements-aeriens-revue

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[Suite] La position d’Alain Gresh sur le conflit israélo-palestinien

Dans la continuité du précédent article, et après avoir lu la toute récente bande dessinée « Un chant d’amour – Israël-Palestine, une histoire française » qui retrace le climat intellectuel et politique dans l’hexagone sur le conflit israélo-arabe depuis la guerre des six-jours, je voudrais faire quelques remarques sur la position d’Alain Gresh. Le journaliste du Monde diplomatique est toujours très intéressant et connaît très bien le sujet, mais je dois admettre que j’ai quelques problèmes avec sa lecture tiers-mondiste, presque purement anticolonialiste du conflit : non pas qu’elle soit fausse, Israël est bien la conséquence d’une domination impériale européenne (britannique en l’occurrence) mais cette vision est trop simple et partielle pour aborder le problème. Comme de nombreux militants d’ailleurs, il donne une opinion en fonction de ses origines politiques, de son vécu, sans forcément que cela soit pertinent :

-Israël n’est pas un empire colonial, la comparaison est un peu ridicule au regard de sa superficie. Ce n’est ni l’Afrique du sud de l’apartheid, ni l’Algérie française, même s’il peut y avoir quelques ressemblances dans les violences réciproques et les représentations. Si les deux cas cités étaient des colonies de peuplement à l’origine, la population européenne est toujours restée minoritaire. De plus au Proche-Orient il n’y a pas de phénomènes comparables aux très mal nommés « harkis » qui furent recrutés massivement – à part peut-être au Liban avec l’armée du Liban Sud, éventuellement la communauté druze qui est très pro-israélienne. On est cependant loin des pacifications coloniales classiques, typiques de la période 1945-1975 dans le monde – qui d’ailleurs ont toujours laissé au final la possibilité d’une décolonisation. Le sionisme consistant en une submersion démographique, la situation de la Palestine est donc très différente.

En revanche on trouve d’énormes similitudes entre l’histoire de l’Etat hébreu et celle des Etats-Unis : démocratiques, officiellement anticolonialistes (comme le sionisme qui se présente comme un « mouvement de libération nationale »), ils furent probablement les plus grand colonisateurs de la planète, appuyés par des idées comme la « Destinée manifeste« . Rien d’étonnant que les deux pays soient aussi amis!

-Dans la BD est assez rapidement évacué l’avant-1967, que l’auteur connait pourtant très bien. La résistance palestinienne n’a absolument pas commencé avec l’OLP fondée en 1964 (cf article précédent). C’est important à souligner pour ceux qui méconnaissent complètement l’histoire de la région…

-Il y a un aspect messianique et religieux dans le sionisme (« La bible nous l’a promis! » est un argument assez souvent entendu, c’est à se demander de quel côté est le fanatisme religieux entre le Hamas et le gouvernement israélien dont le terrorisme d’Etat est beaucoup plus meurtrier…), bien que ce soit officiellement une idéologie laïque – et que le sionisme est à distinguer du judaïsme et de la judéité (on ne répètera jamais assez que de nombreux Juifs à travers le monde ont toujours été hostiles au sionisme). Ce n’est pas propre à Israël naturellement. Le monde chrétien ou musulman a abondé et abonde toujours de références religieuses dans d’innombrables guerres et conflits internes (ce sera l’objet d’un prochain article).

Malgré ces quelques reproches je suis d’accord dans l’ensemble avec ce qu’il écrit. Peut-être pourrait-on rajouter la « colonisabilité » (cf Malek Bennabi) de cette région qui a rendu possible les multiples défaites et humiliations des pays arabes depuis 1948. On imagine un instant comment le rapport de forces évoluerait si le monde arabe cessait ses divisions et s’unifiait, réalisant les rêves des fondateurs du parti Baas ou de Nasser…

Le roman graphique, dessiné par Hélène Aldeguer, confirme en tout cas ce que je pensais sur un autre point : nous, Français, ne pouvons pas dire que le conflit nous concerne pas, ne serait-ce à cause du lobbying scandaleux du CRIF qui s’est progressivement radicalisé.

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[Parenthèse] Le conflit israélo-palestinien n’a pas commencé en 1967…

Pour le cinquantenaire de la guerre des six-jours, j’avais prévu un long article sur le conflit israélo-palestinien mais finalement je vais faire court. Quand j’avais commencé à me renseigner sur les origines du problème, j’avais été particulièrement frappé par un point : ce qu’ont subi les Palestiniens au cours du XXème siècle n’est rien d’autre qu’une submersion migratoire, un remplacement de population. Cela fait bizarre de prendre un vocabulaire qui appartiendrait plutôt à l’extrême-droite identitaire mais c’est celui qui me vient spontanément à l’esprit. Le conflit n’a ni commencé en 1967, ni en 1948 (malgré la naissance des réfugiés-expulsés de la « Nakba »). Tout était en germe dans l’entre-deux-guerres, à l’issue de la déclaration Balfour et de l’époque de la Palestine sous mandat britannique, les troubles ayant culminé avec la grande révolte arabe de 1936-1939. Les revendications des nationalistes arabes étaient très simples : ils ne voulaient pas être remplacés par un autre peuple!

L’aspect démographique du conflit est extrêmement incorrect et dérangeant à souligner  : les Israéliens ont l’immigration pour se maintenir, les Palestiniens leur natalité pour résister. Il est pourtant essentiel! En tout cas le cynisme de la démocratie israélienne qui s’est comporté un peu près de la même façon que la démocratie états-unienne avec ses tribus amérindiennes (cf l’Indian Removal Act) m’a toujours choqué.

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Combattre l’extrême-droite? Oui, mais sérieusement…

Dans une semaine, le premier tour des législatives aura lieu, élections qui devraient logiquement être les plus importantes dans un régime parlementaire (puisque malgré tout, dans la Vème république, le gouvernement reste responsable devant l’Assemblée nationale). Des élections à la proportionnelle à un seul tour nous auraient évité la mascarade bonapartiste à laquelle on a eu droit – même les sympathisants FN auraient été satisfaits puisque ils auraient eu environ 20 % de députés – mais passons, je voudrais aborder le sujet de la percée de l’extrême-droite et la façon dont certains la combattent, et mal.

A quelques jours du second tour de la présidentielle, j’étais tombé sur une vidéo des Guignols de l’info, ironisant sur le fait que le Marine Le Pen voulait renvoyer des immigrés n’occupant que des métiers ingrats et mal payés. Sans doute les humoristes ne se rendent pas compte de l’effet catastrophique de ce type de discours. En gros, les « Français de souche » sont des feignasses alors que les immigrés travaillent dur… Avec le chômage structurel et massif que nous subissons depuis quatre décennies, j’ai quelques doutes sur le stéréotype des « métiers que les Français (plus généralement les Européens) ne veulent plus faire ». Peut-être faudrait-il revaloriser ces derniers, améliorer les conditions de travail et augmenter les salaires en demandant plus d’efforts aux employeurs (quitte à faire augmenter l’inflation) ?

S’il est important de combattre l’extrême-droite, il ne faut sûrement pas le faire avec cette idéologie de gauche bourgeoise, mondialiste, BHL-ienne, libérale, si présente dans le monde médiatique et artistique. Cette gauche qui ne se rend même pas compte qu’elle méprise les prolétaires, et qui n’a nullement à subir la concurrence de la main d’oeuvre étrangère. Qui considère l’immigration comme un phénomène impossible à endiguer – personnellement je considère qu’elle nous est indispensable de la même façon que le commerce triangulaire l’était au système esclavagiste sur le continent américain…

Pour combattre le Front national, il faut donc le faire avec une alternative sérieuse au système actuel. Se réapproprier les mots, arrêter de faire du « populisme » une insulte, alors que ce terme définissait les révolutionnaires russes d’avant 1917, ceux-là mêmes qu’Albert Camus mettait en scène dans sa magnifique pièce de théâtre « Les Justes ». Arrêter de faire des concepts d’identité, de souveraineté, de nation, de patrie etc. des gros mots…

Pour combattre l’extrême-droite, il faut s’attaquer à son corpus idéologique et souligner son immense hypocrisie (sur bien des points semblable à celle de la gauche caviar). Les nostalgiques de l’ancien impérialisme qui vomissent le multiculturalisme, comme si un Empire pouvait être autre chose multiculturel. Tantôt libérale ou antilibérale, elle fut souvent antisociale (le FN a beaucoup socialisé son discours faisant oublier ses origines). Historiquement en première ligne pour défendre les riches et les puissants, hostile par principe à « l’égalitarisme », elle est anti-populiste donc!

Critiquer cette hypocrisie reviendrait naturellement à remettre en cause l’échiquier politique dans son ensemble. Comme je le disais dans un précédent article, on pourrait très bien formuler une critique radicale de l’immigration, mais avec un vocabulaire d’extrême-gauche. Il suffirait de souligner ce qu’est réellement l’immigration imposée à un peuple : fasciste, colonialiste, raciste, capitaliste, ultra-libérale…

En tout cas, si j’ai critiqué précédemment les candidats Artaud et Poutou sur le sujet, il y a clairement eu une amélioration nette en ce qui concerne Jean-Luc Mélenchon, qui a pris des positions beaucoup plus raisonnables (ça peut expliquer en partie son score très honorable). Ainsi peut-on lire dans son programme « La première tâche est de permettre à chacun de vivre chez soi car émigrer est toujours une souffrance pour celui ou celle qui part« .

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