Papillon (film, 1973)

Le sentiment que j’ai éprouvé après avoir revu ce film fut assez étrange… d’un côté on ne peut pas dire que le bagne de Cayenne est une gloire nationale, de l’autre cela fait tout de même plaisir de voir une production hollywoodienne traiter d’une histoire bien française! Finalement l’impérialisme culturel états-unien n’a pas que du mauvais. Adapté du roman (partiellement) autobiographique du même nom d’Henri Charrière, on assiste à l’éprouvant martyre de Steve McQueen et Dustin Hoffman du fait des conditions de détention extrêmement dures du système pénitentiaire de la Guyane durant l’entre-deux-guerres.

Une grande oeuvre, autant immersive que puissante, narrant une histoire cruelle, à visionner au moins une fois dans sa vie.

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[Parenthèse] Une impression après avoir revu « L’Aile ou la Cuisse »…

Vu enfant lorsqu’il était passé à la télévision, ce film porté essentiellement par le duo Louis de Funès/Coluche, gros succès en salles lors de sa sortie en 1976, m’avait beaucoup marqué. Mais je réalise que les scénaristes ont très certainement été inspiré par le terrifiant Soleil vert de 1973, où on retrouve la même critique de la nourriture industrielle, avec des scènes finales dans les usines étonnamment semblables. Assez étonnant quand on sait que les univers respectifs n’ont rien à voir : loufoque dans la comédie française, glauque dans le film d’anticipation américain!

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Christophe Guilluy – Le crépuscule de la France d’en haut

J’ai découvert tout récemment cet auteur, géographe, dont le constat est dans la lignée de Michéa et d’autres essayistes. J’ai littéralement dévoré son dernier livre, traitant de la nouvelle bourgeoisie, « cool » et branchée, ayant le luxe de prôner l’ouverture des frontières et le multiculturalisme (contrairement aux classes populaires), remplaçant la question sociale par un problème ethno-culturel (lutte contre les discriminations…), maintenant sa domination par une posture antifasciste anachronique, expulsant les populations les plus modestes des métropoles en faisant monter le prix des loyers (phénomène de gentrification) etc. La nouvelle lutte des classes se joue donc entre les gagnants et les perdants de la mondialisation, par-delà le clivage traditionnel gauche-droite, entre ceux qui peuvent se permettre d’être mobiles et les sédentaires.

Je ferais peut-être une remarque sur le multiculturalisme, qui était d’une certaine façon annoncé déjà dans le Manifeste du parti communiste, quand Marx et Engels écrivaient : « Par l’exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. » Ce qui s’applique aux marchandises concerne naturellement tout autant la population.

On regrettera une tendance à la répétition d’un chapitre à l’autre, même si dans l’ensemble je me suis beaucoup reconnu dans l’analyse qu’il fait de la France actuelle, du discours dominant dans les médias qui ravit les catégories supérieures dans le sens qu’il permet de culpabiliser les plus modestes, alors même que les inégalités se creusent de plus en plus et que la majorité silencieuse dans la « France périphérique » souffre.

Bref, une heureuse découverte que je conseille fortement.

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Comment enseigne-t-on la révolution d’Octobre?

Comme approche le centenaire de la révolution bolchévique, je me suis souvent demandé quelle était la meilleure manière de l’enseigner aux néophytes. La tâche n’est pas évidente :

-Il faut expliquer qu’il s’agit tout à la fois d’une profonde révolution populaire et sociale incarnée par les soviets, en même temps qu’un cauchemar orwellien qui s’installe dès 1918 à vitesse grand V avec une bureaucratie et une police politique ultra-violente (Tchéka) et… anti-populaire (cf Orlando Figes) étant donné qu’elle finit par réprimer les soviets!

-Il faut rappeler que dans la guerre civile qui l’a suivie, les dirigeants « russes blancs » les plus réactionnaires ont une écrasante responsabilité dans la victoire finale des bolchéviques, refusant de reconnaître la révolution sociale et poussant la population dans les bras de leurs ennemis par leur brutalité…

-Il faut définir un minimum les mots désignant les différents courants d’idée sans quoi on risque de ne rien comprendre : socialisme, communisme, anarchisme, populisme, marxisme, libéralisme… et mentionner les différents partis politiques en présence, notamment les socialistes opposés au bolchévisme comme les « SR » (socialistes-révolutionnaires).

-Il faut souligner le paradoxe d’une révolution « marxiste » qui a éclaté dans un pays où le prolétariat industriel était très minoritaire dans la population (même constat pour ses émules : Chine, Cuba, Vietnam etc.). Le marxisme-léninisme a donc peu à voir avec les thèses de Marx et Engels, alors que les mencheviks, marxistes rivaux des bolchéviques, étaient favorables à la « démocratie bourgeoise » comme étape essentielle pour l’avènement du socialisme!

-Autre paradoxe : la reconstitution de l’empire russe et avec de sanglantes campagnes de pacifications coloniales (révolte basmatchi), le léninisme a donc hérité du vieil impérialisme tsariste alors même que les thèses de Lénine ont joué un rôle certain dans la décolonisation.

-Lénine et les bolchéviques avaient en mémoire la Commune de Paris de 1871 et sa sanglante répression, mais ont écrasé eux-mêmes son équivalent russe avec la révolte de Kronstadt de 1921.

-Enfin le plus délicat, il faut expliquer pourquoi l’URSS fondée en 1922 a pu avoir une telle popularité dans le monde, chez les intellectuels comme chez les prolétaires – et le faire sans discours moralisateur. Les raisons sont multiples : admiration d’une révolution sociale et égalitaire qui a vaincu (1917 fut d’abord une immense révolution agraire) du moins semble-t-elle ; nécessité pour beaucoup d’avoir un modèle alternatif ; le fait que les partis « communistes » étaient implantés, faisaient un travail social et défendaient la classe ouvrière ; qu’il s’agissait de partis autant révolutionnaires que disciplinés (ils maintenaient l’ordre).


Une fois que tout cela est compris, c’est un pan entier du XXème siècle qui s’éclaire!

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Un parallèle à faire sur les « Marochinnate » de 1944 en Italie

On ne peut pas dire que ce soit une page glorieuse de l’histoire de l’Armée française, il s’agit d’une information pourtant souvent reprise sur les sites de type « identitaire » : les viols de masse commis par les goumiers marocains du général Alphonse Juin en Italie en 1944 après la bataille de Monte Cassino. Un fait naturellement tu par le sympathique (mais pas transcendant non plus) film de Rachid Bouchareb Indigènes.

Elle était en revanche présente dans La Ciociara/La Paysanne aux pieds nus, dans une scène traumatisante où Sophia Loren et sa fille sont victimes de viols collectifs. Datant de 1960, inutile de préciser qu’il serait impossible de ressortir quelque chose de tel au cinéma aujourd’hui pour des raisons de bien-pensance (il serait injuste de limiter le film à ce seul passage, dans son ensemble on constate que les civils italiens étaient pris en étau entre les forces de l’Axe au nord et l’avancée des Alliés au sud). Ce court extrait, choquant, est souvent repris sur les sites identitaires en question.

Au delà de l’image forte du maghrébin violeur qui ravit les haineux, j’ai été frappé en revanche que des exactions similaires avaient déjà eu lieu en Europe quelques années auparavant, là encore par des troupes coloniales marocaines : il s’agit des regulares de Franco durant la guerre d’Espagne (1936-1939). Les livres d’historiens comme Antony Beevor et Bartolomé Bennassar, pourtant peu tendres avec les républicains espagnols, les rapportent à plusieurs reprises. En matière d’ignominie le général franquiste Queipo de Llano allait très loin en appelant ouvertement au viol des femmes républicaines par ses soldats sur les ondes de Radio-Séville…

Il est frappant que ce type d’informations soit totalement absent de la « fachosphère ». En cherchant un peu c’est ironiquement sur un article d’un journal marocain (La Gazette du Maroc, 23/01/2009) que l’on retrouve la dénonciation de ces crimes :

[…] dans cette sale guerre, les marocains sont en première ligne : les hommes vont être utilisés comme des machines pour broyer, humilier, tuer. Les chroniqueurs de l’époque insistent, à tort, certes mais souvent à raison sur la férocité, voire la cruauté des mercenaires marocains. […] Le chanoine revient avec force détails sur le viol, à Zeanuri, de 24 femmes par des soldats marocains au service de Franco. Onaindía s’interroge alors sur l’opportunité pour les catholiques à soutenir les militaires. En effet, comment soutenir de prétendus défenseurs de l’Eglise qui laissent des femmes catholiques se faire violer par l’ennemi héréditaire du catholicisme : le musulman ? Dans un ouvrage très bien documenté, Maria Rosa de Madariaga, spécialiste reconnue dans les milieux scientifiques, des relations entre l’Espagne et le Maroc, revient sur ce douloureux épisode de la dictature de Franco : l’usage à profusion par ce champion du nationalisme à la sauce catholique de ces guerriers musulmans pour écraser par le sang et le feu les Espagnols. Le chercheur rappelle que ces mercenaires qui ont la bénédiction de la très catholique église espagnole officielle ont le feu vert de Franco pour le pillage, le viol et le vol au sein des populations qui font preuve de rébellion.[…] Ce sont ces images du « moro » cruel, voleur et violeur qui vont nourrir le racisme anti-marocain qui sévit jusqu’à présent au sein de la société espagnole.

Et là, mystère : silence de tous les islamophobes identitaires sur le sujet!

Notons encore que le fameux slogan No Pasaran! pouvait être entendu comme « Los moros no pasaran. » (source pour la chanson). On comprend pourquoi tellement la symbolique est forte! Mais là encore, il y a une amnésie générale.

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[Parenthèse] Le facteur démographique dans le conflit israélo-palestinien

Ce graphique, qui est tiré de l' »Atlas des Palestiniens« , montre comment les vagues migratoires (juives en l’occurrence) ont submergé la Palestine mandataire durant l’entre-deux-guerres :

Un « grand remplacement » qui a véritablement eu lieu… n’en déplaise à Renaud Camus tenant un discours pro-sioniste

Je me suis souvent demandé comment certaines personnalités d’extrême-droite (du type Geert Wilders en Hollande) pouvaient à la fois être radicalement contre l’immigration chez elles et simultanément soutenir inconditionnellement un pays d’immigration en politique étrangère. Ce serait un peu comme militer pour l’abolition de l’esclavage dans le monde tout en ayant soi-même des esclaves!

La réponse est sans doute simple, toujours la même à vrai dire : hypocrisie, ignorance de l’Histoire, aveuglement idéologique.

Notons que l’ouvrage dont est tiré ce graphique revient à plusieurs reprises sur la démographie, essentielle pour comprendre le conflit – même si c’est politiquement incorrect de le souligner (les associations pro-palestiniennes ont du mal à en parler j’ai l’impression).

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Serge Halimi sur le journalisme contemporain

En ne rencontrant que des « décideurs », en se dévoyant dans une société de cour et d’argent, en se transformant en machine à propagande de la pensée de marché, le journalisme s’est enfermé dans une classe et dans une caste. Il a perdu des lecteurs et son crédit. Il a précipité l’appauvrissement du débat public. Cette situation est le propre d’un système : les codes de déontologie n’y changeront pas grand chose. Mais, face à ce que Paul Nizan appelait ‘les concepts dociles que rangent les caissiers soigneux de la pensée bourgeoise‘, la lucidité est une forme de résistance.

Serge Halimi, conclusion de son essai « Les Nouveaux Chiens de garde« .

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