Tome XI de « Ad Astra »!

La deuxième guerre punique semble toucher à sa fin. On assiste aux derniers combats en Hispanie, au ralliement de Massinissa au camp des Romains, aux premières batailles menées désormais sur le continent africain après les tentatives des deux belligérants d’obtenir une alliance avec le roi Syphax de Numidie occidentale.

Le dénouement de la guerre est proche, à mon grand regret, on ne pourra bientôt plus profiter de cet excellent manga historique – espérons peut-être quelques tomes de plus avant la bataille de Zama.

Un bémol : Siga, capitale du roi Syphax, est décrite comme l’ « actuelle ville d’Oran », ce qui est faux même si effectivement cette cité se situe dans l’ouest de l’Algérie. Une petite erreur regrettable.

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Joshua Key – Putain de guerre!


Le témoignage choc d’un jeune déserteur américain qui refuse de faire la guerre en Irak

Un récit autobiographique d’un jeune Américain qui, vivant dans la précarité avec une femme et trois enfants à charge, s’engage dans l’US Army en 2002, croyant aux mensonges du sergent recruteur lui assurant qu’il ne serait pas déployé à l’étranger.

Ecoeuré par ce qu’il a été forcé de faire pendant plusieurs mois en 2003, par la haine raciste qui lui a été inculquée lors de sa formation militaire, par les mensonges de l’administration Bush, il profite de sa permission pour déserter au Canada avec sa famille. Il témoigne sur l’Irak des civils passés à tabac et arbitrairement incarcérés, des saccages inutiles de maisons, des pillages commis par des soldats se croyant au-dessus des lois de la guerre, tous ces actes auxquels il a parfois participé ayant été le lot quotidien de cette période sinistre. Mais c’est pourtant loin d’être l’aspect le plus choquant de l’occupation : les meurtres gratuits de civils (qu’il rapporte à de nombreuses reprises) et les profanations de cadavres sont bien plus traumatisants. On devine facilement que toutes ces exactions et humiliations ont rendu possible l’émergence de Daesh (ce qu’il semble pressentir sur certains passages, le livre a été publié en 2007).

On découvre également l’absurdité de la stratégie de contre-guérilla des troupes d’occupation : les Kalachnikovs et les grenades circulent massivement dans la population civile sans que ces armes soient confisquées lors des perquisitions, considérant qu’elle en a besoin pour se protéger – l’auteur et ses compatriotes ont souvent été harcelés par des mortiers et des lance-roquettes, par des guérilleros insaisissables.

Un témoignage important sur la réalité de cette guerre, sur le vécu quotidien des soldats qui ont perdu la raison et leur humanité, sur cette véritable usine à terroristes qu’a été la politique étrangère états-unienne, sur la mentalité et l’inculture de nombreux Américains aussi, prêts à croire n’importe quoi…

La lecture est facile et rapide, je l’ai dévoré assez rapidement.

A lire au final, un bref entretien paru en 2007 :

http://www.20minutes.fr/monde/150995-20070411-on-brutalisait-tuait-innocents

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Le Gang des Antillais (film, 2016)

L’affiche et le résumé semblaient faire croire à un de ces récurrents films ayant pour seul but de faire culpabiliser l’homme blanc. Le thème est celui du Bumidom, politique de migration commencée dans les années 60, interne au territoire français, à partir des résidus de l’empire colonial – le pouvoir gaulliste avait trouvé intelligent pour résoudre le problème des territoires d’outre-mer (crise économique et démographique) de faire venir massivement en métropole un lumpenprolétariat complètement déraciné et condamné à des emplois précaires. Déçus par cette situation, les protagonistes du film se tournent ainsi vers la violence et le banditisme. Précisons que l’histoire s’inspire de faits réels.

Mon sentiment après l’avoir vu : oui le scénario est plutôt de nature culpabilisante, mais le message délivré, bien que discutable, est très loin d’être simpliste. Les personnages principaux ne sont pas angélisés, et parmi leurs ennemis on trouvera une bande de maghrébins extrêmement violents et racistes… J’ai relevé également que la mémoire de la guerre d’Algérie était très présente (et c’est ironiquement un pied-noir qui sauvera la vie du héros…). Héros qui finira par comprendre à la fin que le véritable combat n’est pas racial, mais social.

Je suis d’accord sur ce dernier point. Mais globalement le discours de victimisation communautaire qui sert de toile de fond reste assez agaçant. On oublie trop souvent que durant les années 60 et 70, la situation sociale est dure pour une grande partie des Français (preuve en est du succès électoral du PCF à l’époque). Les personnages, tout en se présentant comme des victimes du capitalisme, m’ont tout l’air d’en être des soutiens importants, ou au moins des alliés objectifs (la lecture de Karl Marx s’impose pour comprendre, ce dernier voyant dans le sous-prolétariat l’allié de la bourgeoisie).

Je conseille malgré tout de le voir pour comprendre une partie méconnue de l’histoire de France, mais avec le recul critique nécessaire naturellement.

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Une curieuse présentation des évènements de mai 1937 à Barcelone (Guy Hermet – La guerre d’Espagne)

J’aurais fini par lire tous les ouvrages généraux sur la guerre civile espagnole, du moins publiés en langue française (bien qu’il me manque encore une référence majeure, celle de Hugh Thomas). J’ai terminé récemment celui de Guy Hermet.

Le livre sans être très long (300 pages) est de grande qualité. J’ai apprécié comment étaient présentées les origines du conflit : historiquement l’Etat central espagnol était vu pour les non-castillans comme une machine oppressive. Et si le succès des anarchistes en Espagne devient compréhensible, l’auteur n’est pas pour autant tendre avec ces derniers, décrivant la mise en pratique hallucinante de leur utopie libertaire, meurtrière et fanatique par leurs milices lors de la révolution sociale de 1936. Naturellement il n’épargne pas plus le camp franquiste (en précisant que Franco a mis plusieurs mois pour s’imposer à la tête du camp « national ») ni les gouvernements républicains qui se sont volontairement assujettis à l’URSS. Admettons tous ces points.

En revanche au chapitre 4 « Révolution et retour à l’ordre dans l’Espagne républicaine » j’ai été interpellé par sa présentation de la « guerre civile dans la guerre civile » de mai 1937 à Barcelone : c’est la première fois que je vois les évènements présentés comme une tentative de coup d’Etat anarchiste! L’historien procède d’une formidable inversion accusatoire en s’attaquant d’abord à leur « ambition hégémonique« , alors qu’il connait très bien les témoins qui ont démenti cette version (cités dans la bibliographie abondante). Pourquoi écrire alors que « Le 2 mai 1937, les anarchistes s’emparent du central téléphonique de Barcelone, conformément aux recettes des coups d’Etat modernes et sans cacher qu’ils entendent se substituer aux autorités légales » ? Je me demande le plus sérieusement du monde comment les anarchistes auraient pu « s’emparer » d’un bâtiment qu’ils avaient déjà depuis juillet 1936!

D’autant que juste après l’historien semble conclure l’inverse :  « Les anarchistes ne se remettront pas de cette défaite issue d’un combat qu’ils n’avaient pas vraiment souhaité« .

Tout cela étant présent dans un livre, je le répète, de grande qualité, rigoureux et scientifique!

Comprenne qui pourra.

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Laurent Testot – Cataclysmes

Une histoire environnementale de l’humanité

En 1796, alors qu’il s’efforçait de résoudre l’énigme des colossales molaires d’un animal inconnu ramenées d’une expédition française en Amérique, le naturaliste Georges Cuvier découvrit qu’il existait non pas une mais quatre espèces d’éléphants… et que celles-ci pouvaient disparaître. Bien avant la coupe en règle de l’Amazonie, les Aborigènes privèrent il y a 50 000 ans l’Australie de ses forêts en exterminant les grands herbivores qui les entretenaient. Bien avant les OGM, nos ancêtres altérèrent voici 13 000 ans la génétique du blé pour en collecter toujours davantage. Et juste avant le début du réchauffement global il y a deux siècles, l’éruption spectaculaire du volcan Tambora en Indonésie projeta dans l’atmosphère des aérosols corrosifs qui modifièrent le climat planétaire pendant trois longues années.

Ambitieuse, passionnante, parfois effrayante, voici retracée l’épopée de l’humanité sur trois millions d’années, une histoire globale des interactions humain-nature qui raconte comment nous avons modifié notre milieu et comment celui-ci nous a transformés en retour. Et demain ? Continuerons-nous de subir les effets pervers de nos modes de vie, comme les Aamjiwnaang du Canada qui enfantent deux fois moins de garçons que de filles à cause des rejets toxiques des usines voisines ? Nous métamorphoserons-nous en dieux ou en mutants ? Ou nous efforcerons-nous de penser une économie et une écologie durables, comme les Bishnoïs en Inde plantant inlassablement des arbres pour lutter contre l’érosion ? La conclusion nous appartient.

Voici un ouvrage du même type que le best-seller Sapiens, à la différence notable que l’auteur nous propose de véritables sources, avec enfin de vraies notes de bas de pages et une véritable bibliographie! Passionnant quoique peut-être un peu plus difficile à lire que le livre de Harari, il permet de réaliser l’impact biologique de l’humanité (désignée sous la métaphore de « Singe ») sur notre planète depuis ses origines et les transformations qu’elle-même a subies en retour, par exemple avec les causes et les conséquences de la déforestation, bien antérieure à la révolution industrielle. Un certain nombre d’idées reçues sont ainsi battues en brèche et des épisodes ainsi que des aspects de notre histoire méconnus sont éclaircis.

Un travail très intéressant à découvrir!

-A lire, la critique du site Herodote.net : https://www.herodote.net/Une_Histoire_environnementale_de_l_humanite-article-1633.php

-Un bref entretien en vidéo :

 

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[Parenthèse] Pour Donald Trump, les terroristes islamistes sont des résistants à l’impérialisme US!

Le président états-unien a repris une fausse anecdote à propos du général de l’US Army John Pershing si j’en crois certains sites d’information mainstream (lien). Ce serait une légende urbaine. Admettons. Mais ce n’est pas cette erreur grossière qui a de quoi interpeller. Comment ne pas être choqué que Donald Trump ait fait allusion à la guerre américano-philippine, quand les militaires états-uniens combattaient les guérilleros philippins au début du XXème siècle (il s’agit plus précisément de la rébellion des Moros), ces derniers refusant la mainmise américaine, après s’être libérés du joug du colonialisme espagnol?

Faut-il en déduire que toute résistance musulmane passée à un impérialisme occidental relevait du terrorisme islamiste comme celui que nous connaissons aujourd’hui? Et par analogie, les djihadistes actuels ne seraient finalement que les successeurs des guérillas anticoloniales d’autrefois?

Un tel parallèle ne serait pas forcément erroné vu la somme de bêtises et de simplifications entendues ou lues sur le phénomène terroriste (parfois il suffit de se renseigner sur la mémoire des peuples et de certaines régions pour comprendre l’origine des violences – un exemple parmi d’autre : le Yémen qui a connu de nombreuses guerres civiles depuis un demi-siècle, l’islamisme ne faisant que se greffer sur la plaie…). En revanche, venant de la part d’un chef d’Etat prétendant le combattre par des mesures répressives, c’est pour le moins inquiétant. Si on voulait donner une image positive et acceptable aux actes les plus criminels qui soient, on ne s’y prendrait pas autrement!

Article mis à jour le 27/08/2017

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Le remake de la série « Racines »

Racines, ou Roots dans son titre original, est une célèbre série adaptée du roman du même nom mettant en scène l’Africain Kunta Kinte capturé et réduit en esclavage, puis sa descendance aux Etats-Unis. J’ai terminé récemment de voir les quatre épisodes du remake diffusé l’année dernière.

Premier constat : le premier épisode nous montre une société africaine clairement esclavagiste (ce qu’était l’ethnie mandingue dont est issu le héros). Elle est également beaucoup plus développée que dans la série originale, où dans cette dernière on croirait voir le mythe du « bon sauvage ». La comparaison entre les deux Juffureh (village ou ville de Gambie dont est originaire le personnage principal) des premiers épisodes respectifs est frappante. Un point positif dans le sens de l’honnêteté historique, sans doute les scénaristes ont pris en compte les résultats de recherches plus récentes.

Deuxième constat : en terme de scénario la reprise de 2016 semble être une caricature de la série de 1977. On a l’impression de voir la même histoire mais en condensé, en accéléré… des passages très importants sont coupés. On comprend évidemment qu’il a fallu faire des sacrifices pour transmettre en quatre épisodes ce que l’originale disait en huit, mais le résultat est que le spectateur a beaucoup moins le temps de s’attacher aux personnages. J’ai pu aussi relever que les dialogues originaux avaient beaucoup plus de profondeur, dans la reprise tout sonne creux ou presque – défauts repérables dans de nombreuses séries ou films actuels j’ai l’impression : plus d’actions, plus de beauté visuelle mais au dépens des textes et de l’ambiance musicale… Quel dommage d’assister à un tel massacre!

Maintenant la critique, commune aux deux séries cette fois, peut porter sur le fond. Ce type d’oeuvres, même réussie artistiquement (la série originale reste une perle), est naturellement portée à alimenter le ressentiment communautariste. On peut légitimement se demander s’il est raisonnable de les diffuser à des heures de grande écoute, destinée à un très large public, sans aucune prudence, sans expliquer le contexte historique, sans resituer la violence globale de l’époque. Un exemple parmi d’autres : les conditions de vie des esclaves des plantations décrites dans la série étaient sans doute bien meilleures que celles des ouvriers européens à la même époque! Même Friedrich Engels ne me contredirait pas (Principes du communisme, question VI). Les deux maîtres successifs de Kunta Kinte ne font d’ailleurs pas preuve d’inhumanité tant que les esclaves ne tentent pas de fuir.

Une remarque politiquement incorrecte, et pourtant tellement évidente!

 

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