David de Stefano, Sanjay Mirabeau – Interdit de rire

C’était il y a quatre ans. Je pense que tout le monde se souvient de la campagne totalement hystérique et irréelle lancée par le gouvernement contre un humoriste – dont je tairai le nom – en décembre 2013/janvier 2014. Je savais que le monde politico-médiatique était parfaitement capable d’être coupé de la réalité,  qu’il puisse se ridiculiser à ce point en revanche, cela dépasse l’entendement. Le comble a quand même été de voir une bourgeoisie blanche s’acharner contre un symbole de la France métissée et multiculturelle au nom de l’antiracisme…

Les avocats du concerné avaient répliqué par ce livre publié aux éditions Xenia, à la lecture très facile et aisée. Nous avons donc un gouvernement qui a décidé de décréter ce qui est drôle et ce qui ne l’est pas, ce qui relève du bon et du mauvais goût quand bien même ce personnel politique s’est souvent livré lui-même à des remarques insultantes – leur comportement me rappelle personnellement le « Ministère de la Vérité » ou encore le « Ministère de l’Amour » de 1984

Outre la carrière du comique, les deux auteurs nous rappellent les aberrations juridiques dont a pu faire preuve notre système judiciaire – ayant été à la faculté de droit, certaines affaires citées ne me sont pas inconnues.

Sur le fameux « salut nazi inversé » dont est accusé de symboliser un certain geste popularisé par le comédien : en vérité il était déjà représenté par une statue rendant hommage aux soldats soviétiques morts durant la bataille de Berlin en avril-mai 1945, le mémorial de Tiergarten.

Quelques faits divers remarquables dans le passé sont sortis de l’oubli : le directeur du journal Le Figaro, Gaston Calmette, fut tué en 1914 par Henriette Caillaux, épouse du ministre des finances. La meurtrière qui a avoué le crime fut acquittée!

Pour une raison que l’on ignore, on apprend que l’artiste a bénéficié d’une remise fiscale de 200 000 euros par ce même gouvernement qui l’accusait de fraude!

Plus généralement les avocats critiquent ce communautarisme institutionnel soutenu au nom d’une pseudo-lutte contre le racisme. En prenant pour base la loi Gayssot, ils proposent ironiquement d’étendre l’interdiction du négationnisme à l’ensemble des génocides et massacres de l’histoire de l’humanité (liste interminable!) pour mettre tout le monde sur un pied d’égalité.


Je suis d’accord avec l’essentiel du texte, que je conseillerais pour se forger sa propre opinion. Ma seule véritable critique porte sur la posture un peu abusive de victime : l’artiste a tout de même réussi un formidable coup médiatique et atteint une renommée nationale avec cette affaire, même si c’est à la manière d’un Emmanuel Goldstein (pour rester dans 1984). Avec internet aujourd’hui il n’y a pas tellement de souci à se faire sur sa liberté d’expression!

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Alain Gresh – De quoi la Palestine est-elle le nom?

Rédacteur au Monde diplomatique, Alain Gresh est le type d’intellectuel que j’aurais tendance à accuser de tomber dans un tiers-mondisme un peu simpliste – j’y reviendrai. Mais il est bien renseigné dans cet essai paru en 2010. La Palestine occupe une telle place symbolique et médiatique car selon lui elle est le symbole de la domination blanche/occidentale sur le reste du monde, à l’image de l’Afrique du Sud sous le régime d’apartheid.

L’auteur rappelle dans un premier temps que les « peuples de couleur » n’ont pas la même vision, la même mémoire, le même vécu que les Occidentaux : durant la Deuxième guerre mondiale par exemple, le Japon bien qu’ayant commis des massacres (Nankin 1937…) a pu être accueilli en libérateur par les Indonésiens oppressés par les Hollandais. Il est ainsi important de sortir de l’européocentrisme pour comprendre le monde.

Egalement rappelée : l’alliance cynique entre antisémites et sionistes, les premiers dans les pays européens étant alors très heureux de se débarrasser de leurs Juifs… L’accord Haavara de 1933 est cité à juste titre, tout un symbole, puisqu’il a été signé avec l’Allemagne nazie.

L’expulsion des Palestiniens est clairement dans le projet idéologique du sionisme, comme le montrent les citations de Ben Gourion rapportées (personnellement je ne pense pas que ce soit l’expulsion de 1948 qui soit un tabou mais davantage le fait que si elle n’avait pas eu lieu, Israël n’aurait jamais pu voir le jour pour des raisons démographiques).

Curieuse coïncidence historique : mai 1948 n’est pas seulement le mois de la naissance d’Israël, il correspond aussi aux élections législatives en Afrique du Sud qui vont permettre la mise en place de l’apartheid. On remarquera alors que de nombreux Afrikaners bien qu’antisémites ont pu se reconnaître dans l’Etat hébreu! Aujourd’hui une bonne partie de l’extrême-droite européenne soutient ce dernier à l’image de Geert Wilder en Hollande ou Oskar Freysinger en Suisse.

Sur la mémoire de la Shoah, il note que contrairement aux idées reçues, son souvenir était peu entretenu aux débuts : il fallait alors rompre avec l’image du « peuple mouton » se rendant docilement à l’abattoir!


Ma critique à l’égard du journaliste : si je suis d’accord sur le fond je ne le rejoins pas quand il tombe dans l’éternel discours culpabilisant l’homme blanc (qui est d’une certaine façon le complément du discours de supériorité…). D’une part M. Gresh oublie que les mêmes intellectuels anticolonialistes qu’il admire ont été extrêmement silencieux au moment de la catastrophe palestinienne de 1948. Je ne saurais que le conseiller de lire le document de Jacques Dalloz « La création d’Israël vue par la presse française ». A trop sombrer dans la caricature il rend service aux défenseurs de la cause sioniste.

Par ailleurs il semble oublier que le XXème siècle a été marqué par l’explosion démographique du tiers-monde, cause essentielle (principale?) de la décolonisation, exactement à l’opposé du sort des Amérindiens ou des Aborigènes. Les Palestiniens sont dans une situation paradoxale : d’un côté ils ont été submergés par la démographie de leurs ennemis, de l’autre leur forte natalité leur a permis de résister et tenir jusqu’à aujourd’hui.

Pour condamner le sionisme il est inutile de chercher loin : un simple rappel des principes de la République française devrait suffire à condamner le principe même d’un Etat ethno-religieux, incompatible avec une vision laïque, égalitaire, fraternelle du monde, surtout si cet Etat est installé là où des populations d’autres ethnies et religions vivent!

Je tiens personnellement un discours pro-palestinien parce que je considère que l’autochtone a toujours plus de droits sur une terre que le nouvel arrivant : « La Palestine appartient aux Arabes de la même façon que l’Angleterre appartient aux Anglais et la France aux Français. » (Gandhi, journal Harijan, 26 novembre 1938).

Aujourd’hui pour critiquer le sionisme, on peut encore fouiller dans une histoire typiquement française, par exemple la destruction de la colonne Vendôme en 1871 par les communards, qualifiée alors de « monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l’un des trois grands principes de la République française, la fraternité ».


Ces critiques n’enlèvent rien aux qualités du livre, dont la lecture est d’ailleurs aisée. Une piqûre de rappel qui reste toujours indispensable.

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Une émission pour comprendre le problème du sionisme : L’expulsion des Palestiniens

« Rendez-vous avec X » est une émission qui passait sur France Inter régulièrement de 1997 à 2015. Pour avoir écouté de nombreux épisodes, je peux dire que la qualité est inégale, on alterne entre le moyen et le très bon. Heureusement nous sommes ici dans le très bon, le thème sulfureux et passionnel de l’expulsion des Palestiniens a ainsi été abordé en juin 2001 au moment de la seconde intifada.

Le dossier est très complet, on peut comprendre ainsi le véritable projet du sionisme dès le départ : expulser les populations autochtones et s’emparer de toute la Palestine…

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P. Richelle, F. Rébéna – Mitterrand, un jeune homme de droite

1935. François Mitterrand a 19 ans et ne sait pas encore qu’il accédera à la plus haute fonction de l’État quelques quarante-cinq années plus tard. Jeune bourgeois catholique, vichyste et résistant, fin stratège et meneur d’hommes, il incarnera la gauche française.

Des prisons allemandes à la France libre, la jeunesse de ce « prince de l’ambiguïté » discret et cultivé, épris de littérature, s’inscrit dans les tourments de l’histoire du XXe siècle.

Bande dessinée biographique s’étalant sur une décennie (1935-1945), nous avons là un récit passionnant sur ce personnage, qui à cette époque avait beaucoup de fréquentations venant de la droite la plus dure, certains inspirés par les idées maurrassiennes voulant mettre à bas le régime républicain. S’il fut membre des « Volontaires nationaux », association dépendant des Croix-de-Feu du colonel de la Rocque, Mitterrand ne semble en revanche pas être tombé dans le piège de l’extrémisme haineux.

Don Juan avec les femmes, c’est avec plaisir que l’on découvre sa personnalité complexe  ainsi que ses épreuves durant la Deuxième guerre mondiale, notamment son passage polémique à Vichy, ses sympathies pétainistes avant qu’il ne devienne le résistant connu sous le nom de Morland.

On appréciera que le travail ne soit pas exclusivement axé sur le personnage, le contexte très tendu dans l’Hexagone est rappelé à de multiples reprises ; l’évasion du général Giraud de sa prison allemande est par exemple racontée.

Un document très intéressant sur cette période troublée, à conseiller.

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Exodus (film, 1960)

Dire que cette production hollywoodienne relève de la propagande sioniste est un euphémisme. Néanmoins cette dernière reste toujours intéressante à étudier, on peut ainsi voir comment l’opinion états-unienne, plus généralement occidentale, pouvait être façonnée par le cinéma. Inspiré de faits historiques, le scénario prend beaucoup de libertés avec la réalité, nous y reviendrons.

Sur une durée de 3h20, seule la première heure traite de l’Exodus, où par le chantage émotionnel les « migrants » de l’époque réussissent à faire plier les autorités britanniques à Chypre ; ces scènes font assez ironiquement penser aux drames récents en Méditerranée – à l’époque l’Europe était le continent d’émigration, et les « Arabes de Palestine » (nom donné alors aux Palestiniens, ce dernier terme désignant… les Juifs du Yichouv, autrement dit les futurs Israéliens) ceux qui étaient submergés par des vagues migratoires dont ils n’ont jamais voulu et contre lesquelles ils s’étaient déjà révoltés violemment (cf la Grande révolte de 1936)!

Je ne peux m’empêcher d’éprouver une sensation de malaise en entendant le capitaine voulant amener les passagers en « terre promise » déclarer être prêt à faire sauter le bateau, autrement dit à tuer des centaines de civils juifs, hommes, femmes et enfants, dans le seul but réaliser le projet sioniste…

La suite du film traite de la lutte et des différents combats pour l’indépendance d’Israël contre les Britanniques en 1947-1948 ainsi que de la première guerre israélo-arabe en 1948-1949. On peut voir un adolescent, rescapé d’Auchwitz où il était Sonderkommando, voulant laver sa culpabilité en rejoignant les extrémistes de l’Irgoun. La rivalité et la haine entre cette dernière organisation et la Haganah plus modérée est ainsi montrée, le terrorisme de l’Irgoun discréditant la cause sioniste. Il y a ainsi une référence à l’attentat très meurtrier de l’Hôtel King David à Jérusalem. Le spectateur entendra de loin l’explosion ainsi que le nombre très élevé de victimes mais ces dernières ne sont pas montrées, ni leurs origines (d’après Wikipédia : 28 Britanniques, 41 Palestiniens, 17 Juifs Palestiniens, 2 Arméniens, un Russe, un Grec et un Égyptien). S’ensuivra une tentative d’évasion des auteurs du carnage retenus dans une prison britannique.

Globalement, et c’est sans sans doute le point le plus critiquable du scénario, on nous montre des sionistes animés de belles intentions pacifiques face à des dirigeants arabes agressifs. Oui, les sionistes étaient désireux d’avoir la paix, mais sans doute à la manière des colons WASP face aux tribus amérindiennes un siècle plus tôt aux Etats-Unis (que l’Oncle Sam se sente autant d’affinité avec l’Etat hébreu n’a rien d’étonnant tellement leurs histoires respectives se ressemblent : « guerre d’indépendance » contre les Britanniques, submersion démographique des autochtones par l’immigration, idéologie messianique…). Contrairement à ce qui est suggéré dans la dernière partie du film on sait aujourd’hui grâce aux travaux historiques (Benny Morris, Ilan Pappé…) que les « Palestiniens » (les Arabo-Palestiniens devrait-on dire pour être exact) furent délibérément expulsés au cours d’un véritable nettoyage ethnique – un épisode tragique connu sous le nom de « Nakba » dans le monde arabe.

Et pour ce qui est de la culpabilité de la Shoah, malgré tous les reproches que l’on peut faire au monde arabo-musulman, ce dernier n’était absolument pour rien dans l’antisémitisme génocidaire qui a sévi en Europe (cela malgré la propagande israélienne ressortant ad nauseam la collaboration du mufti de Jérusalem…). Un sionisme juste aurait consisté en la création d’un Etat juif dans le Yiddishland, sûrement pas en Palestine!

Cette fresque épique, qui est assurément une réussite artistique, doit être vue pour ce qu’elle est : un tract sioniste réalisé selon la mentalité de l’époque. A voir donc, mais aussi à décrypter, disséquer, critiquer, démonter avec toutes les connaissances dont l’on dispose maintenant.

Pour se déconditionner de ce « bourrage de crâne », on peut lire par exemple cet article de Maurice Rajsfus, juif français ayant vécu à l’époque, « 1948-1949 : Israël n’était pas mon problème » : http://www.france-palestine.org/1948-1949-Israel-n-etait-pas-mon

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Un film sur Jean-Luc Mélenchon : L’Insoumis

Le 7 décembre dernier j’ai été voir à Valence au cinéma « Le Navire » ce documentaire de Gilles Perret diffusé en avant-première, consacré à la campagne présidentielle de 2017 de Jean-Luc Mélenchon, dans une salle assez remplie – essentiellement par des sympathisants et des militants de la « France insoumise », cela va de soi. La sortie est prévue pour fin février 2018.

Le reportage est surtout axé sur l’homme, son charisme, ses discours, son traitement médiatique ainsi que sur quelques éléments biographiques – il s’étend très peu sur son programme en revanche. On peut ressentir une grande sincérité dans le personnage, à la fois éloquent mais aussi très cultivé. Le spectateur prend donc plaisir à découvrir son véritable visage, dévoilé progressivement.

La séance a été suivie par des questions du public posées au réalisateur présent dans la salle. Je ne regrette pas d’y avoir été, cela a été très instructif.

Je ferais juste un reproche à titre personnel, inspiré de mes diverses lectures, aux « Insoumis » : trop souvent les militants de gauche et d’extrême-gauche ont tendance à s’enfermer dans un certain dogmatisme, pratiquant l’entre-soi commode et évitant de sortir de leur confort intellectuel. Une telle attitude les condamne à être discrédités de la majorité de la population avant même de commencer à débattre. S’ils espèrent réellement l’emporter un jour, alors il sera nécessaire de s’émanciper de ce que j’appellerais la « religion de la gauche ». Même si un certain progrès a été accompli sur ce point avec Mélenchon, il ne faut jamais oublier que « la critique de la religion est la condition première de toute critique. » (Karl Marx, 1843) !

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Jacques Dalloz – La création de l’Etat d’Israël : vue par la presse française

Voici le type d’ouvrages essentiels à la compréhension du monde et du climat intellectuel régnant dans l’Hexagone, permettant de sortir de l’amnésie généralisée. Après un rappel des grandes étapes du conflit durant la première moitié du XXème siècle, l’historien Jacques Dalloz nous montre par les extraits cités et les coupures de presse de 1947-1948 que la majorité des journaux et revues de l’époque : Le Monde, Le Figaro, L’Humanité, Libération (celui d’après-guerre), Les Temps Modernes, Combat, Le Populaire, France-Soir… et plusieurs grandes figures intellectuelles et politiques comme Jean-Paul Sartre, François Mauriac, Joseph Kessel, Arthur Koestler, Léon Blum… étaient totalement acquises à la création d’Israël voire militaient ardemment pour la cause sioniste. On voit à l’oeuvre une gauche – à vrai dire qu’on qualifierait aujourd’hui « d’extrême-gauche marxiste » – encourageant le nouvel Etat vu comme progressiste, démocratique et socialiste. L’ennemi désigné n’était pas tant les pays arabes que l’Empire britannique, accusé d’être l’occupant et accessoirement la cause de tous les maux!

Rappelons le contexte d’alors durant ces années : la guerre froide (expression déjà employée par la presse) en était à ses débuts même si les Etats-Unis et l’URSS se sont finalement mis d’accord et se sont précipités à reconnaître l’Etat hébreu ; les empires coloniaux se maintenaient malgré un début de décolonisation ; en 1947 la France est touchée par un dur mouvement social ; le Maghreb colonial (Maroc et Tunisie sous protectorat et Algérie composée de départements français) est en ébullition. Le conflit israélo-arabe que les Français avaient ignoré jusque là fait une entrée fracassante dans la presse écrite. Le drame des migrants juifs – qui fait curieusement écho à l’actualité – désireux de quitter l’Europe pour la « Terre promise » mais se heurtant au refus britannique (à l’image de l’Exodus) a alors suscité un élan de sympathie tellement la culpabilité du génocide nazi était forte… chantage émotionnel, comme toujours!

On relèvera que parallèlement certains journaux conservateurs ont pu se montrer méfiants envers le sionisme : hostilité à un Etat potentiellement communiste (cf le collectivisme des kibboutzim), volonté de ne pas provoquer le monde musulman alors même que l’Empire comptait de nombreux pratiquants de l’islam – dont beaucoup avaient participé à la Libération de la France -, désir d’avoir de bonnes relations avec les pays arabes, peur d’une intervention de l’URSS dans la région.

L’antisionisme se fait très rare dans le monde intellectuel, l’exception notable étant Témoignage chrétien avec les articles de Jean Baboulène ou Louis Massignon, parfaitement conscients du préjudice causé aux autochtones, ou encore un hebdomadaire très marqué à droite (à faible tirage) comme Paroles françaises.

Autre aspect marquant : six ans avant le début de la guerre d’Algérie, ces évènements ont traumatisé les nationalistes du Maghreb, très certainement radicalisés par la perte de la Palestine. On voit ainsi la position virulente du journal Egalité/La République algérienne de Ferhat Abbas, très choqué (à juste titre selon moi) de l’injustice faite au monde arabe, de l’unanimisme de la presse française de gauche comme de droite, de la position commune de Moscou et de Washington, de la reconnaissance de l’Etat d’Israël par la France en 1948…

Au même moment la presse « pied-noir » se montre prudente et réservée, à l’image de l’Echo d’Alger et l’Echo d’Oran, s’abstenant de prendre position, absolument pas désireuse de jeter de l’huile sur le feu. On trouvera même une déclaration critique du général Aumeran (Echo d’Oran, 21/05/1948), député d’Alger, affirmant à propos de l’ouverture de relations diplomatiques avec le nouvel Etat qu’il ne faut pas « attirer la désapprobation des Musulmans » !

Le vocabulaire utilisé durant cette époque parait aujourd’hui ironique :

-Quand on parlait de « terrorisme palestinien », c’était des groupes sionistes très violents comme l’Irgoun et le Stern qui étaient visés. Notons que ces derniers tueront un officier français présent en Palestine en la personne du colonel André Sérot au côté du médiateur de l’ONU Folke Bernadotte. Toujours concernant le terrorisme sioniste, ce dernier s’était exporté jusqu’en Europe : Jean-Paul Sartre avait défendu le terroriste Robert Misrahi qui avait déposé une bombe à Londres en 1947.

-La « Ligue française pour la Palestine libre » comme son nom l’indique était une association… pro-israélienne! C’était le sionisme qui était alors vu comme un mouvement de libération nationale.

-Empire colonial comptant de nombreux sujets musulmans, la France se qualifiait volontiers de « puissance musulmane »!

Les journalistes chrétiens se sont parfois montrés critiques après la victoire israélienne du fait de la présence de nombreux chrétiens parmi les réfugiés palestiniens de 1948-1949, des déclarations antisionistes de Monseigneur Hakim (archevêque de Galilée) ou de l’inquiétude par rapport à la conservation des lieux saints à Jérusalem.

Dans la conclusion l’historien note très justement l’évolution de l’opinion qui a eu lieu depuis cette époque, plus précisément de l’opinion de gauche : « La sympathie d’une bonne partie de la gauche s’est tournée vers l’Arabe palestinien, nouvelle figure de l’opprimé, du déraciné. »

Ce document que j’ai trouvé à la médiathèque de Valence (il n’est plus édité) nous montre une fois de plus à quel point se renseigner sur le passé pour décrypter l’actualité est essentiel, mais aussi qu’il faut absolument sortir des schémas idéologiques préconçus pour comprendre les conflits, oublier tous les « …ismes ». Sionisme ne rimait pas forcément avec colonialisme, parfois même les deux pensées entraient en contradiction.

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