Cosa Nostra (film, 1972)

Presque deux millions d’entrées en France lors de sa sortie, avec Charles Bronson et Lino Ventura en tête d’affiche, nous avons pourtant là un film injustement oublié, qui sans doute a eu le tort de souffrir de la comparaison d’une célébrissime réalisation de Coppola datant de la même année… Inspiré d’une histoire vraie, traitant du témoignage d’un mafieux repenti, Joseph Valachi, les péripéties qui sont décrites ici nous renseignent beaucoup sur les pratiques et coutumes du Milieu. La violence de certaines scènes peut étonner pour l’époque – encore que le début des années 70 correspond à une atténuation de la censure sur ce point.

Je le conseille avant tout aux amateurs du genre.

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[Parenthèse] Se défaire des arguments d’autorité

C’est en lisant l’ouvrage de Beevor sur la Seconde guerre mondiale que j’ai découvert que Martin Luther, célèbre figure du protestantisme, avait écrit de véritables horreurs sur les Juifs. Compte tenu du contexte de l’époque (1543), cela semble être davantage de la haine religieuse que de l’antisémitisme à proprement parler, pour autant il est difficile de ne pas voir le lien entre de telles inepties et les tragédies qui auront lieu au XXème siècle.

Ceci soulève le problème des arguments d’autorité, le fait de citer un grand auteur pour valider ses propos – c’est d’ailleurs ce que j’ai tendance à faire sur ce blog… D’abord parce que les citations peuvent être tronquées, déformées, voire carrément inventées comme je l’avais déjà écrit dans un précédent article. Ensuite parce qu’une grande figure politique/intellectuelle/artistique etc. peut parfaitement avoir sorti des énormités au cours de sa vie, les exemples d’aveuglements idéologiques n’ont pas été rares au cours des dernières décennies.

Dans la discipline historique, les chercheurs savent très bien que même les universitaires les plus respectés ont tendance à faire des erreurs grossières – Robert Paxton (je l’avais cité par rapport à la polémique avec Zemmour – qui lui-même fait de nombreuses erreurs) qui écrit que seulement 40 000 soldats allemands occupaient la France, c’est fort quand même! Sur ce point, tout bon historien est forcément « révisionniste », dans le sens où son travail repose sur le fait de ne pas se reposer sur des idées préconçues.

On peut envisager qu’un auteur connu, respecté, servant de référence, peut parfaitement avoir été irréprochable dans 95 % de ses écrits et avoir sorti des âneries monumentales pour les 5 % restants… On peut noter encore que des intellectuels se sont souvent avancés dans des domaines qui ne relèvent pas de leur champ de compétence, par militantisme ou pour défendre certains intérêts.

J’ai donc appris à être extrêmement méfiant avec les arguments d’autorité.

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Quatrième tome de « l’Arabe du futur »

Difficile de rater l’autobiographie de Riad Sattouf qui trône sur toutes les devantures des librairies… En tout cas comme les précédents, dévorer ce roman graphique a été un véritable plaisir, bien que celui-ci soit plus tragique, plus axé sur le drame familial. La figure de ce père arabe moderne en prend un coup : professeur d’histoire, au départ ouvert au nationalisme progressiste, il choisit finalement de devenir un musulman rigoriste (ce qui ne l’empêche pas de fumer beaucoup alors que cela me semble-t-il est interdit dans l’islam…) tout en tenant un discours raciste digne des pires beaufs d’extrême-droite quand il est en France, à la fois antisémite, anti-noir, anti-maghrébin, admirateur de Jean-Marie Le Pen… Et ce n’est rien par rapport à son comportement sur le reste!

Riad de son côté a de la peine à s’intégrer, souffre-douleur au collège tant dans les périodes en Syrie qu’en France, malgré le choix d’un établissement peuplé de « Blancs », trop typé européen dans le premier cas, trop efféminé dans le second…

Bref, à ne pas manquer!

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Première année (film, 2018)

Première année

Bien que n’ayant pas suivi des études de médecine, je me suis beaucoup reconnu dans ce film narrant les tentatives de réussir la première année commune aux études de santé (PACES), sachant que les places en médecine sont limitées et fortement convoitées. Parce que d’une part les amphithéâtres bondés, je les ai connus à la faculté de droit de Montpellier (qui heureusement se vident progressivement au fur à et mesure qu’une partie des étudiants abandonne)… d’autre part parce que les épreuves de QCM dans des gigantesques salles, je les ai également connues lors de mes multiples concours pour entrer dans la fonction publique (il s’agit de la pré-admissibilité des catégories C et B).

Donc je me suis retrouvé dans la description de cet univers compétitif où il ne faut pas seulement être bon voire excellent, mais avant tout meilleur que les autres, et c’est avec beaucoup d’intérêt que j’ai suivi l’histoire de ces deux jeunes, un « triplant » face à un bachelier qui lui en est à sa première tentative, chacun s’accrochant à leur rêve, s’imposant des révisions acharnées jour et nuit. L’ambiance m’a paru très réaliste, et l’humour est assez présent. Il m’a même semblé voir un hommage à Rocky à un moment donné…

Une bonne surprise!

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Nicolas Le Roux – Les guerres de Religion

Nicolas Le Roux - Les guerres de Religion

Au début du XVIe siècle, certains chrétiens, « protestant » contre ce qu’ils considèrent comme des abus de Rome, ébranlent l’unité de l’Église. De ce conflit théologique découle une crise politique sans précédent, dont les guerres de Religion sont la traduction sanglante.
Complots, attentats, massacres, guerre des mots et des images… De la mort d’Henri II à la signature de l’édit de Nantes, c’est cette histoire, douloureuse mais féconde sur le plan des idées politiques, que Nicolas Le Roux raconte avec verve, mettant au jour le rôle crucial que cette période troublée a joué dans le renforcement du pouvoir royal et dans l’avènement de la modernité.
Pour les contemporains, une question s’est posée, qui n’a rien perdu de son actualité : le politique est-il un rempart suffisant contre les guerres menées au nom de la religion ?

Je réalise subitement que les villes que je traverse régulièrement : Montpellier, Nîmes, Valence, Lyon… étaient des fiefs protestants! Ces derniers n’étaient pas des anges, la réalité est moins manichéenne qu’on pourrait le penser : les huguenots ont souvent fait preuve de violence et d’intolérance, en revanche ceux qui ont commis les massacres durant cette période sombre étaient surtout des catholiques.

Le pouvoir royal aurait bien voulu imposer la tolérance et la coexistence pacifique, politique attestée par les multiples édits de pacification, mais la population s’était elle-même radicalisée devant la montée aux extrêmes de chaque camp. On assistera aussi à une guerre tripartite quand les catholiques se déchireront entre « royaux » et « ligueurs« , ce qui montre la complexité de ces conflits – rajoutons à cela l’ingérence des pays voisins, les guerres de religion s’inscrivant dans un contexte européen global.

La tragédie de ces guerres civiles a contribué à l’émergence de la modernité en France : à leur issue l’Etat n’était plus dans la religion, ce fut désormais la religion qui était dans l’Etat. Egalement à noter que la personne du roi fut désacralisée, elle a été contestée tant par les protestants avec le courant des « monarchomaques » que les catholiques extrémistes de la « Ligue » : on assiste à la naissance des thèses contractualistes et de la légitimation de la résistance populaire face à la tyrannie.

J’ai dévoré ce Que sais-je? passionnant et respectueux de la chronologie. Je me suis aperçu après sa lecture que les « Noces pourpres » de Game of thrones sont très certainement inspirées des « Noces vermeilles » qui ont précédé la Saint Barthélémy!

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[Parenthèse autobiographique] Je me passe très bien de télévision!

Cela fait un peu plus de deux ans que je suis installé à Valence pour des raisons professionnelles et je ne m’étais même pas aperçu à quel point la télévision ne m’avait pas manqué. L’absence de poste est une anomalie sociale vu que les impôts nous demandent ensuite de nous justifier pour le non-paiement de la redevance audiovisuelle…

Bien qu’amateur de nombreux films et de séries, ces derniers peuvent parfaitement se visionner sur ordinateur, tous équipés de lecteurs DVD aujourd’hui. Par exemple je ne regrette pas d’avoir acheté en coffret Les Rois maudits (la version de 1972) pour rejoindre l’actualité avec la mort récente de Jean Piat.

Les pauses publicitaires me sont devenues insupportables. Quant aux journaux télévisés et aux débats, ils me semblaient auparavant manipulateurs avec des informations orientées. Aujourd’hui je les trouve tout simplement médiocres et superficiels, ne permettant nullement de comprendre des sujets complexes (cf ma recension de Jacques Merlino qui faisait la même remarque sur le traitement des guerres de Yougoslavie). A vrai dire le média en lui-même est pervers, car le cerveau du téléspectateur subit un déferlement d’images et de sons (souvent anxiogènes par ailleurs) sans pouvoir les trier et discerner le vrai du faux.

Maintenant je comprends parfaitement pourquoi un de mes auteurs préférés, Jean-Claude Michéa, a toujours refusé d’être invité à la télévision!

Reste la dépendance à internet… ça c’est un autre sujet.

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Antony Beevor – La Seconde Guerre mondiale

Je dois avouer que j’avais quelques appréhensions à commencer ce pavé (plus de 1200 pages). Mais l’historien britannique ne m’avait pas déçu avec sa synthèse passionnante sur la guerre d’Espagne écrite comme un roman, et finalement je me rends compte que le thème abordé est tellement vaste et riche que les différentes phases de la guerre ne sont pas tellement détaillées, parfois même je suis étonné que certaines batailles soient tout juste évoquées en quelques mots (comme par exemple le débarquement de Provence du 15 août 1944)… Quant aux causes du déchaînement, elles sont à peine traitées, comme si Beevor voulait nous faire entrer très rapidement dans le vif du sujet.

A sa lecture on réalise que la guerre froide était déjà dans tous les esprits tout au long de ces six années, qu’il n’y a pas eu d’alliance entre les démocraties occidentales et l’URSS parce que chacun espérait que l’autre se détruise ou s’affaiblisse avec l’Allemagne nazie. On apprend des aspects méconnus, comme au début de la guerre le projet de bombardement franco-anglais des champs de pétrole soviétiques : l’opération Pike… Le contentieux diplomatique entre Churchill et Staline par la suite a surtout concerné la reconnaissance occidentale du gouvernement fantoche polonais pro-communiste (les « Polonais de Lublin ») au dépens du gouvernement en exil à Londres.

Le front de l’Est après le déclenchement de l’opération Barbarossa a fait monter la cruauté à son paroxysme. Les massacres de Juifs ne sont pas seulement le fait des autorités allemandes, à Odessa en 1941 ceux qui ont commis les atrocités étaient les troupes roumaines. Les victimes de la barbarie nazie étaient loin d’être toutes juives, on peut ainsi citer le « plan de la faim » pour exterminer par la famine une partie de la population soviétique.

La guerre sino-japonaise a droit à une part conséquente du texte (point positif à souligner car elle est souvent oubliée par l’historiographie), l’inhumanité là encore est de mise avec des Japonais particulièrement ignobles à l’encontre des civils chinois… Les forces de Mao Zedong n’ont pas le beau rôle, s’économisant en prévision de la future guerre civile contre les nationalistes de Tchang Kai Chek qui supportaient le gros de l’effort de guerre, pulvérisés en 1944 par l’opération Ichigo. Le lecteur apprendra que la pratique du cannibalisme par les soldats japonais, contre des prisonniers ou les différentes populations indigènes du Pacifique, était systématique.

Les viols ont été commis par tous les belligérants, cela dit Japonais, Soviétiques et Allemands ont battu tous les records d’ignominie dans ce domaine… Les crimes de guerre alliés (bombardements de villes) ne sont pas oubliés pour autant, ni par exemple la souffrance des civils français du fait du manque de précision de l’aviation anglo-saxonne…

Selon Beevor, la troisième guerre mondiale a été frôlée de peu en 1945, Churchill voulait repousser l’Armée rouge plus loin à l’est (opération Unthinkable), alors que parallèlement Staline aurait aimé envahir l’Europe de l’Ouest, mais freiné dans ses ardeurs par la mise au point de la bombe atomique américaine!

L’ouvrage, bien que très bon, est sans doute critiquable sur certains aspects. L’historien est en désaccord avec l’Américain Glantz sur l’opération Mars, la considérant comme une diversion très couteuse pour la réussite de l’opération Uranus (l’encerclement de Stalingrad), ce qui est totalement opposé à ce que j’ai lu dans le magazine Guerres & Histoire (numéro 11, février 2013).

A lire pour finir, l’entretien de l’auteur avec Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/livres/2012/10/17/03005-20121017ARTFIG00665-beevor-un-dechainement-de-forces-titanesques.php

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