Un aspect choquant dans le passé de la droite israélienne…

J’ai souvent constaté que les personnalités pro-israéliennes avaient tendance à ramener systématiquement le nationalisme palestinien au grand mufti de Jérusalem Al-Husseini, célèbre pour sa collaboration avec les nazis. Le conflit israélo-arabe suscite des passions enflammées et la mauvaise foi atteint souvent son paroxysme, notamment dans l’usage de la « loi de Godwin ». En octobre 2015 le Premier ministre Netanyahou était allé très loin en accusant le personnage en question d’être responsable de la solution finale! Ce qui en fin de compte relève de négationnisme puisqu’il minimise la responsabilité des nazis, un comble pour le dirigeant de « l’Etat juif » ! On peut lire le paragraphe de sa fiche Wikipédia sur l’instrumentalisation politique de cette figure.

Plutôt que d’accuser les Palestiniens et plus généralement les peuples arabes de ce dont ils ne sont aucunement responsables (l’antisémitisme européen puis la Shoah), la droite israélienne ferait mieux de balayer devant sa porte. Plus particulièrement le fait que le groupe terroriste Irgoun dont elle est l’héritière avait choisi de reprendre les armes contre les Britanniques en février 1944, accusant ces derniers de fermer la Palestine aux immigrants juifs. La Haganah au contraire, la principale organisation sioniste de l’époque, avait eu le mérite d’avoir soutenu l’effort de guerre des Alliés jusqu’à la fin de la Seconde guerre mondiale.

Février 1944 donc : pas besoin d’être un grand connaisseur en Histoire pour savoir que la guerre était loin d’être finie à ce moment là, que de nombreux pays d’Europe parmi lesquels la France étaient encore sous occupation allemande, que les camps d’extermination en Pologne étaient actifs… Et ce groupe précurseur de l’actuel Likoud proclamait sur ses affiches la guerre au pouvoir britannique, dont les troupes se battaient contre les soldats allemands.

Je suis très étonné que ce détail ne soit jamais souligné.

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Un documentaire sur le génocide rwandais « révisionniste » datant de 2014

Rejoignant la précédente recension, avec par ailleurs le professeur Filip Reyntjens interrogé, Rwanda’s Untold Story est un documentaire qui a été diffusé par la BBC en 2014. L’origine de l’attentat du 6 avril 1994 est attribuée clairement au FPR, et l’on voit qie ce dernier a une lourde responsabilité dans le déclenchement du génocide, qu’il avait pour unique objectif de prendre le pouvoir et non d’arrêter le bain de sang.

Certains passages du reportage appellent toutefois à la prudence, notamment les estimations démographiques des pertes humaines qui sous-évaluent abusivement le nombre de Tutsi tués et va dans le sens de la thèse du double génocide, ce que même Filip Reyntjens n’approuve pas dans son Que sais-je? (même s’il dénonce les mensonges du gouvernement Kagame), du moins pas pour l’année 1994.

Reste un travail d’investigation courageux, notamment de la part de journalistes anglo-saxons, allant totalement à l’encontre de la vision dominante. Un « révisionnisme » positif qu’on aimerait voir plus souvent (comme sur les guerres de Yougoslavie par exemple).

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Filip Reyntjens – Le génocide des Tutsi au Rwanda

Le génocide perpétré au Rwanda d’avril à juillet 1994 a été exceptionnel par son envergure, sa rapidité et son mode opératoire : plus d’un demi-million de Tutsi ont été exterminés en cent jours. Les victimes sont généralement tombées sous les coups d’un très grand nombre d’assassins ayant eu recours à des armes rudimentaires. Quels ont été les ressorts d’une telle tragédie ? Quelles en ont été les causes, lointaines ou plus immédiates ? Comment s’est-elle déroulée ? Quelles séquelles a-t-elle laissées ?
Ce génocide n’appartient pas qu’à l’histoire : il reste un enjeu politique contemporain, tant au Rwanda qu’ailleurs dans la région et de par le monde, notamment en France. Les débats restent intenses ; les oppositions, souvent violentes. Filip Reyntjens, en s’appuyant sur des faits communément admis, offre des clés de lecture pour une interprétation plus sobre de ce qu’on a appelé le « dernier génocide du XXe siècle »

Sujet brûlant et sensible, la tragédie rwandaise s’est déroulée il y a vingt-cinq ans. Ce Que sais-je? a visiblement fait l’objet d’une polémique lors de sa parution en 2017.

Le professeur ne nie pourtant aucunement le génocide, expliquant minutieusement les différentes étapes, ni les différentes responsabilités. Les tensions très fortes entre Rwandais existaient avant la colonisation belge, mais cette dernière les a ensuite exacerbées en favorisant les Tutsi. Les prémices du génocide sont visibles au moment de la décolonisation avec la révolution de 1959 et les premières années de l’indépendance lors des premiers massacres et de l’exil de nombreux Tutsi (300 000 en 1962), dont l’éventuel retour dans un pays au territoire surpeuplé et les incursions armées vont peser lourdement sur la suite.

On comprend que le contenu puisse heurter la doxa, il n’est pas du tout tendre avec le FPR de Paul Kagame (formé par ces exilés) qui a pris le pouvoir à l’issue du génocide : sa stratégie de la tension durant la période de la guerre civile de 1990-1994, ses provocations qui lui ont fait négliger les représailles contre les Tutsi de l’intérieur, ses massacres à grande échelle de Hutu lors de sa victoire militaire qui sont qualifiés de « crimes contre l’humanité » mais qui n’ont pas retenu l’attention médiatique, puis après sa victoire la mise en place d’une histoire officielle et d’une justice des vainqueurs après l’invasion de 1994, garantissant son impunité la plus totale (et nullement une réconciliation entre Rwandais). Sans compter sa participation active aux guerres du Congo de 1996-1998, où visiblement ses exactions contre les réfugiés Hutu peuvent être qualifiées de génocide (ce que l’auteur abordait déjà dans un précédent ouvrage « La Grande Guerre africaine »).

De telles déclarations sont très déplaisantes pour les habitués des discours manichéens, les mêmes qui sont souvent extrêmement silencieux sur la dictature impitoyable de Paul Kagame (indice de démocratie au Rwanda en 2018 : 3,35/10).

Sans être un spécialiste de la région, je constate une chose : tout ce que l’auteur écrit ici est sourcé solidement! Objectif, il montre bien la logique infernale qui a mené à l’extermination de 1994, ainsi que différents aspects autres qu’ethniques (rivalités, règlements de compte, propriété foncière etc.). J’en conseille la lecture à ce titre.

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Un exemple de manipulation médiatique : l’ampleur des manifestations anti-Brexit

Compte tenu du contexte économique touchant l’Europe, surtout depuis les crises des dettes publiques, on est en droit de penser qu’il faut être particulièrement masochiste pour être à ce point attaché à l’Union européenne. Et pourtant voilà que les médias dominants nous annoncent que des centaines de milliers, voir un million de personnes ont manifesté à Londres ce samedi 23 mars contre le « Brexit », par exemple cet article du Monde. Ce chiffre semble être repris repris un peu partout sans aucune nuance.

Les historiens d’aujourd’hui le savent : les chiffres donnés sont souvent sujets à caution, il faut toujours être prudent par rapport à ceux qui sont annoncés sans source sérieuse, sans méthodologie rigoureuse. Et plusieurs auteurs font des erreurs à ce sujet, dans l’histoire militaire cela peut concerner les bilans humains ou les effectifs. Hérodote, considéré comme le fondateur de la discipline historique, avait ainsi largement surévalué l’armée perse de la Seconde guerre médique (lien Wikipédia), même si cette dernière était considérable.

Le comptage des foules procède des mêmes difficultés. Selon la cause que l’on défend, on va être tenté de surestimer ou de minorer telle ou telle manifestation. Et les estimations peuvent très bien varier de un à dix. Il peut parfaitement y avoir eu cent mille voire deux cent mille manifestants anti-Brexit à Londres ce samedi, cela fera toujours une foule impressionnante. Mais notre perception de l’opinion populaire britannique s’en trouve alors considérablement modifiée par rapport aux « un million » annoncés!

Nous avons là un véritable cas d’école en matière de manipulation. Rappelons qu’il y a six ans le coup d’Etat et la mise en place de la dictature du maréchal Sissi en Egypte s’étaient basés sur une tromperie similaire, quand le nombre de manifestants contre le président Morsi avait été délibérément amplifié.

Quand bien même les chiffres annoncés par la presse seraient exacts, cela ne serait pas forcément représentatif de l’opinion publique : l’expression de « majorité silencieuse » prendrait alors tout son sens!

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Antony Beevor contre le « point Godwin »

Historien britannique dont j’ai parlé à plusieurs reprises, je me souviens de ce qu’il disait dans son excellent livre sur la Seconde Guerre mondiale (où les chambres à gaz ne sont sûrement pas un « point de détail » : le génocide nazi a droit à un chapitre détaillé) dans les dernières pages, où il critique l’usage systématique qui est fait de la « loi de Godwin » :

On court néanmoins le danger bien réel de voir la Seconde guerre mondiale devenir un point de référence instantané, à la fois pour l’histoire moderne et pour tous les conflits contemporains. Dès qu’une crise survient, les journalistes comme les politiciens établissent instinctivement des parallèles avec la Seconde Guerre mondiale, soit pour dramatiser la gravité de la situation, soit dans l’espoir d’avoir l’air « rooseveltien » ou « churchillien ». Comparer le 11-septembre à Pearl Harbor, ou assimiler Nasser et Saddam Hussein à Hitler, ce n’est pas seulement se livrer à un parallèle historique inexact. Les comparaisons de cet ordre sont extrêmement trompeuses et risquent d’accoucher de la mauvaise réaction stratégique. Les dirigeants des démocraties peuvent se retrouver prisonniers de leur propre rhétorique, tout comme les dictateurs.

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Homeland : Irak année zéro (documentaire, 2015)

J’avais vu la première partie de ce documentaire au cinéma il y a plusieurs années, ce n’est que récemment grâce au site de la médiathèque de Montpellier que j’ai pu enfin visionner la seconde.

Abbas Fahdel est un Franco-irakien qui a réalisé ce long reportage de plus de cinq heures, donnant le point de vue des civils irakiens avant et après l’invasion américaine de 2003, essentiellement des amis et des membres de sa famille.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’avoir le point de vue du peuple et de sa vie quotidienne nous change radicalement de la propagande télévisée habituelle!

Si la première partie nous montre le culte de la personnalité qui était bâti autour de Saddam Hussein, on voit dans la seconde qu’il était haï par une grande partie de la population. Parallèlement celle-ci a très rapidement perçu les Américains et les autres soldats de la coalition pour ce qu’ils étaient : des occupants ne respectant rien…

On aperçoit les infrastructures détruites, un pays ravagé par l’insécurité avec les pillages et les meurtres, des armes à feu très nombreuses en circulation, une police absente ce qui oblige les civils à l’autodéfense.

L’Irak était un pays relativement occidentalisé et moderne (même si les femmes sont voilées), en même temps très fier de son identité. On ne peut que mesurer l’ampleur du gâchis…

Homeland est un témoignage important qui permet d’ouvrir les yeux et donne à réfléchir.

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Quelles sont les inspirations historiques de Game of thrones?

Comme beaucoup de monde j’attends avec impatience la huitième et dernière saison de cette série, une des plus regardées de tous les temps, devant commencer dans un mois. Ses sources d’inspirations sont nombreuses, l’histoire médiévale de la France et de l’Angleterre figurant au premier plan. L’écrivain George R.R. Martin a beaucoup puisé dans la suite romanesque de Maurice Druon Les Rois Maudits (dont je conseille la superbe adaptation de 1972 en six épisodes), racontant les préludes de la guerre de Cent Ans au début du XIVème siècle.

La guerre des Deux-Roses, célèbre guerre civile de l’Angleterre faisant suite au long conflit avec le Royaume de France, a également été une influence majeure : j’ai personnellement  identifié la maison Lancastre à l’ancienne dynastie Targaryen (qui chute du fait d’un roi fou), la maison d’York aux Baratheon (populaires, vainqueurs dans un premier temps mais finalement renversés par dissension et trahison) et enfin la maison Tudor à Daenerys, restaurant l’ancienne lignée et cherchant à pacifier et réconcilier.

La liste des évènements et personnages historiques ayant influencé l’écrivain est très longue :

-Lyanna Stark dont l’enlèvement provoque la rébellion de Robert Baratheon et la chute des Targaryen pourrait être la romaine Lucrèce, dont le viol par le fils du roi avait provoqué la chute de Tarquin le Superbe, dernier roi de Rome, et la naissance de la République en -509.

-Le Mur qui a pour objectif de protéger les Sept Couronnes des « sauvageons » (et qui fait rêver Donald Trump) rappelle beaucoup le mur d’Hadrien défendant l’Empire romain contre les Pictes.

-Nous voyons dans la série un clergé devenir suffisamment puissant politiquement pour humilier des chefs d’Etat (marche d’expiation de Cersei Lannister) et imposer son point de vue : la pénitence de Canossa a de nombreux points communs avec ces épisodes.

-La religion de R’hllor prône un culte du feu : j’ai pensé dans un premier temps au christianisme ou à l’islam. Il s’agirait en fait du zoroastrisme, monothéisme oublié de nos jours.

-Les « noces pourpres », passage traumatisant pour de nombreux fans, présentent des ressemblances avec le massacre de la Saint-Barthélémy, qui a eu lieu juste après un mariage royal dénommé « noces vermeilles« .

-Les Dothrakis font clairement penser aux Huns et aux Mongols, peuples de cavaliers qui ont fait régner la terreur à leurs époques respectives.

-Les Immaculés sont calqués sur les soldats-esclaves, institution ayant réellement existé mais spécifique au monde musulman (dans la civilisation occidentale il était inconcevable de donner des armes à des esclaves). Les Ghulams, les Mamelouks et les janissaires font partie de cette catégorie, comme la garde noire du sultan marocain Moulay Ismaïl, la plus puissante armée africaine de son temps. En revanche la cruauté a été exagérée dans l’univers de Martin, les eunuques n’étant généralement pas utilisés comme soldats.

-La libération massive des esclaves lors des conquêtes de Daenerys renvoie par contre à une conception extrêmement moderne de l’être humain, égalitaire et proche des droits de l’homme contemporains. Cette reine semble être une sorte d’Abraham Lincoln au féminin…


Cette série est parfois critiquée pour sa trop grande violence. Dans la mesure où elle incite à se cultiver en se renseignant sur l’Histoire, ses détracteurs pourraient au moins lui reconnaître cette qualité.

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