Un petit commentaire sur la dernière vidéo de Hacking social

Une solution beaucoup plus simple est, évidemment, d’adopter la posture schizophrénique de la droite traditionnelle qui, selon le mot du critique américain Russel Jacoby, « vénèrent le marché tout en maudissant la culture qu’il engendre » (et dont le pendant idéologique exact est cette gauche contemporaine qui n’affirme combattre la logique du Marché – de moins en moins, il est vrai – que pour se prosterner avec enthousiasme devant la culture qu’il engendre).

Jean-Claude Michéa – L’Empire du moindre mal


J’avais découvert le travail très intéressant de ce duo il y a quelques mois, impressionné par la qualité de leurs vidéos et leurs démonstrations sourcées, du moins en ce qui concerne le marketing et la manipulation consumériste. A ce titre leur épisode sur le symbole de la voiture est une petite merveille (c’est par celui-là que je les ai découverts).

Sur d’autres points je les sens peut-être moins à l’aise, quand par exemple ils traitent du rapport que peut entretenir le marché avec la tradition. Car l’idéologie publicitaire qui pollue l’espace visuel est beaucoup plus « progressiste » que traditionaliste. Elle peut s’appuyer de temps à autre sur un sentiment nostalgique, mais globalement son état d’esprit est beaucoup plus proche de la pornographie qu’autre chose…

Le dernier épisode du duo est ainsi consacré aux couvertures du magazine Valeurs actuelles, à la ligne éditoriale « réactionnaire » ou plutôt proclamée comme tel. Les auteurs ont bien analysé le côté provocateur et choquant de la rédaction, choix délibéré pour faire parler d’elle, et les ingrédients utilisés pour attirer le regard du lecteur. Rien à redire sur ce sujet. Plusieurs internautes ont fait remarquer que cela pourrait s’appliquer aux autres grandes revues plus neutres et objectives, ce qui est également vrai.

Mais je pense que les auteurs oublient l’essentiel : il y a une véritable schizophrénie, ou bien une incroyable hypocrisie, à invoquer l’identité et la tradition d’un côté et afficher un libéralisme économique décomplexé de l’autre. Comme si le capitalisme ne faisait pas autre chose que détruire et ridiculiser en permanence l’héritage du passé, de remettre continuellement en cause les valeurs traditionnelles. C’est un aspect de ce système économique faisant que le clivage gauche-droite est finalement mal compris : le capitalisme n’a strictement rien de réactionnaire.

C’est un thème qui mériterait d’être abordé par l’équipe – qui fait un excellent travail sur le reste.

Enfin que signifie l’expression « droite dure »? Comment est-il possible de concilier une droite souverainiste (type De Villiers) et une droite atlantiste et pro-européenne (Sarkozy-Fillon)? Là encore, il y a contradiction. Cela fait un bon moment que sur les grandes questions les partis « gouvernementaux » sont en accord sur l’essentiel (économie, politique étrangère…). [Rajout] Le gouvernement formé par le nouveau président Macron, sorte de « grande coalition » à la française, en est sans doute la meilleure preuve.

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Nicolas Bonanni – L’amour à trois : Alain Soral, Eric Zemmour, Alain de Benoist

Dans le combat politique, la bataille des idées joue un rôle déterminant. Alain Soral, Eric Zemmour et Alain de Benoist l’ont bien compris. Ils dispensent dans les médias leurs thèses anti-universalistes, inégalitaires et misogynes. Thèses qui irriguent toute la société, et en premier lieu le Front national.
Ce petit ouvrage propose une lecture critique de la pensée de ces intellectuels de l’autre droite qui ont fait de la  » guerre culturelle  » leur stratégie principale.

Cet opuscule présent à la médiathèque centrale de Montpellier avait retenu mon attention, dénonçant la pensée misogyne, anti-égalitaire, réactionnaire des trois compères. Connaissant un peu leurs idées, sachant qu’ils sont à la fois antilibéraux, anti-américains et conservateurs, très critiques à l’égard de l’héritage de mai 1968, contre la « pensée unique » et la « bien-pensance », et vu la taille ridicule de l’ouvrage, je n’ai pas hésité à l’emprunter.

Eric Zemmour, on ne le présente plus tellement sa présence médiatique est imposante. Il m’est arrivé de le lire un peu et d’écouter ses chroniques, même s’il touchait juste sur un certain nombre de points, son discours donneur de leçons est assez désagréable, et le journaliste est souvent extrêmement superficiel.

Alain Soral, fondateur de « Egalité et réconciliation », s’est d’abord fait connaître dans les années 90 grâce à la télévision, mais pour ceux de ma génération on le connait avant tout en raison de sa notoriété sur la toile. Le personnage est amusant, je dois avouer que je regardais régulièrement ses vidéos (j’ai décroché depuis), partagé entre une certaine admiration devant son discours de vérité, une consternation par rapport à sa démagogie et certains délires et une répulsion devant l’outrance… Ses excès sur les femmes et surtout son obsession sur les Juifs me font régulièrement penser à la formule d’August Bebel sur le « socialisme des imbéciles ». Je dois toutefois lui dire un grand merci, c’est grâce à lui (et Dieudonné bien sûr) que j’ai pris conscience de tout le ridicule de la religion de la Shoah.

Alain de Benoist est sans doute le plus intéressant du « trouple », pour reprendre la formule du texte. Il est aussi le plus intellectuel (en l’écoutant on sent un homme d’une grande culture), le moins outrancier et provocateur, ce qui explique aussi qu’il est également le moins connu. Soral accuse Zemmour de le plagier, mais c’est sur Alain de Benoist et sa revue Eléments que les deux polémistes puisent souvent leurs inspirations.

Nicolas Bonanni avec une dizaine de très courts chapitres donc résume et critique (très brièvement) la pensée des trois auteurs, par exemple les accuse de caricaturer la véritable philosophie soixante-huitarde, celle des situationnistes et des « vrais » libertaires. Moi-même je suis assez énervé par les simplifications abusives, à en croire Zemmour on vivrait dans un rêve anarchiste – comme si les travailleurs français pratiquaient l’autogestion de la révolution espagnole de 1936…

D’un autre côté je comprends parfaitement leurs succès. Tant que l’extrême-gauche soi-disant « révolutionnaire » sera incapable d’émettre la moindre critique de l’immigration de masse, tant qu’elle restera cantonnée à un discours sans-frontiériste aussi irresponsable, tant qu’elle fera preuve d’un incroyable mépris pour le petit peuple français (coupable d’être français chez lui…), tant qu’elle ne parlera pas sérieusement de questions comme l’identité ou la sécurité, alors tous les Soral et les Zemmour auront encore de très beaux jours devant eux.

Il y aurait pourtant beaucoup de choses à dire venant de ce bord, toute la violence mondialiste que je viens de citer n’est que la conséquence du système capitaliste : individualisme, libre concurrence et recherche du profit…

Concernant Alain de Benoist, Bonanni semble oublier que si le philosophe a un discours anti-égalitaire et anti-universaliste, il tient des propos économiquement très à gauche, a une posture tiers-mondiste en relations internationales et se dresse également contre l’islamophobie dans le contexte actuel (par exemple on peut lire son entretien du 18 janvier 2015 « Les islamophobes sont les idiots utiles de l’islamisme radical »). Il est proche de Soral sur ce point et diamétralement opposé aux provocations de Zemmour…

L’auteur tente bien de donner des explications à leurs audiences, mais il est très timoré. Je préfère cent fois à titre personnel un Jean-Claude Michéa, qui a sans doute la pensée la plus cohérente et la moins démagogique de tout le paysage intellectuel français!

Je tiens à préciser que je n’apprécie pas plus le bobo-gauchisme mondialiste (stade suprême du capitalisme!) que le droitisme identitaire que je trouve d’une monstrueuse hypocrisie (j’en parlerai dans un prochain article). Sur ce blog j’essaie de critiquer toutes sortes d’idéologues et de mettre en lumière leurs contradictions respectives.

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Un documentaire sur les « soldats juifs » d’Hitler

Les lois de Nuremberg de 1935 définissant comme juifs ceux qui avaient au moins trois grand-parents juifs, je m’étais souvent demandé ce qu’il était advenu de ceux qui n’en avaient que deux ou un seul. Ces derniers étaient appelés « Mischlings« , autrement dit des métis, dont on apprend dans ce documentaire qu’un nombre non négligeable a servi dans la Wehrmacht (j’ai appris tout récemment que c’était le cas de l’ancien chancelier Helmut Schmidt) voire même dans les SS!

L’historien Bryan Rigg qui a travaillé sur cette question apporte ainsi son éclairage, avec des exemples comme celui de Werner Goldberg, dont la photo a servi de propagande en tant qu’archétype du pur soldat aryen, ou encore de hautes personnalités comme le maréchal de la Luftwaffe Erhard Milch.

Un reportage très instructif, à voir.

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[Terrorisme] L’exemple de l’Espagne de Zapatero après le 11 mars 2004?

Après les attentats du 11 mars 2004 à Madrid ayant précédé de trois jours les élections législatives, le gouvernement Zapatero nouvellement élu avait décidé de retirer les forces espagnoles d’Irak. Evidemment c’était une décision controversée, cela revenait à donner raison aux terroristes et envoyait un très mauvais signal pour les futurs attentats, selon quoi cette méthode était payante (ce que le colonel Jacques Baud faisait remarquer avec justesse dans son livre « Terrorisme »).

Est-ce qu’à l’inverse il aurait été raisonnable de se maintenir en Irak, dont l’occupation était la conséquence d’une guerre illégale – faisant que George W. Bush mériterait d’être jugé devant une juridiction internationale? Encore moins. L’acte de Zapatero a sans doute été la décision la plus intelligente de la décennie. Il est frappant (j’espère que l’actualité ne va pas me donner tort) de constater que l’Espagne n’a plus subi d’attentats de ce type depuis cette date.

C’est politiquement incorrect à souligner, mais dans la mesure où l’actuelle « guerre contre le terrorisme » (expression bien stupide déjà, l’antiterrorisme est une tâche policière d’une part et politique d’autre part, absolument pas militaire) risque d’être aussi efficace que la guerre contre « Al-Qaïda » menée depuis le 11 septembre, il est encore temps que l’Occident réfléchisse sur sa politique étrangère avant que de nouveaux désastres apparaissent. Si on en croit l’enseignement du passé, on peut imaginer qu’en cas de défaite de Daech, quelque chose d’encore pire naîtra de ses cendres!

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[Parenthèse] La puissance des idées, l’exemple des républiques dans le monde

Les rois nous saoulaient de fumée
Paix entre nous, guerre aux tyrans!

Je repensais à certains sites internet « alternatifs » (du type soralien) qui, critiquant, le régime républicain français, décevant de toute évidence, encensent le passé monarchiste et regrettent cette absence de « sacré » dans la constitution. Il est vrai que l’Hexagone aurait pu devenir une monarchie constitutionnelle, à l’instar de plusieurs de ses voisins. Je me souviens de mes cours de droit constitutionnel, une restauration aurait pu être envisagée dans la décennie 1870, après la chute du Second Empire – reste à savoir si la France serait devenue une démocratie à l’anglaise, cela aurait dépendu sans doute du résultat d’une victoire orléaniste ou légitimiste.

Pour ma part une telle nostalgie montre surtout que le ridicule ne tue pas et que même si on peut légitimement être déçu du régime politique actuel, on peut tout à fait descendre encore plus bas!

A vrai dire, c’est en repensant à cela que je me suis rendu compte que je n’avais même pas réalisé à quel point l’idéal républicain français n’avait pas imprégné seulement l’Europe, mais le monde entier. Est-ce un hasard si, par défaut, après une transition démocratique ou encore après une indépendance arrachée d’une mainmise étrangère, le régime républicain s’installe comme une évidence, même pour des peuples censés être conservateurs?

J’étais tombé sur cet article de Wikipédia listant les monarchies dans le monde. L’importance du gris sur la carte montre bien l’influence énorme qu’a eu la Révolution française (mais aussi américaine pour ce qui est de l’émancipation des nations) sur le monde. Naturellement cela a été progressif, les bouleversements du XXème siècle sont passés par là. Le cas du monde musulman est parlant : Turquie 1923, Egypte 1952, Irak 1958, Iran 1979… C’est la puissance des idées qui entre en jeu (thème qui me rappelle ce qu’écrivait Malek Bennabi dans « Le problème des idées dans le monde musulman »).

On peut prendre d’autres exemples : pourquoi après la chute du communisme en Europe de l’est en 1989, aucune restauration monarchique n’a eu lieu? Les cas de ce type sont très nombreux. En Autriche, après 1945, les Habsbourg ne sont pas revenus sur le trône, malgré leur activisme anti-nazi (cf la biographie de l’impératrice Zita). La Finlande, malgré la victoire sur les « rouges » après la guerre civile de 1918, est devenue quand même une république etc.

Sans doute que le système monarchique s’est, dans l’ensemble, définitivement discrédité par son cynisme. En France notre Louis XX national, descendant des Bourbons, est un apologiste de son arrière-grand-père, le général Franco, c’est dire…

Bref, si la France n’est sûrement pas née en 1789, cette date a de quoi légitimement rester un motif de fierté!

Les prétendants au trône dans le monde pour finir :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9tendant_au_tr%C3%B4ne

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Une chanson d’actualité…

Tirée de leur album « Who’s Next » de 1971…

We’ll be fighting in the streets
With our children at our feet
And the morals that they worship will be gone
And the men who spurred us on
Sit in judgement of all wrong
They decide and the shotgun sings the song

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again

The change, it had to come
We knew it all along
We were liberated from the fold, that’s all
And the world looks just the same
And history ain’t changed
‘Cause the banners, they are flown in the next war

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again, no, no

I’ll move myself and my family aside
If we happen to be left half alive
I’ll get all my papers and smile at the sky
Though I know that the hypnotized never lie
Do ya?

There’s nothing in the streets
Looks any different to me
And the slogans are replaced, by-the-bye
And the parting on the left
Is now parting on the right
And the beards have all grown longer overnight

I’ll tip my hat to the new constitution
Take a bow for the new revolution
Smile and grin at the change all around
Pick up my guitar and play
Just like yesterday
Then I’ll get on my knees and pray
We don’t get fooled again
Don’t get fooled again, no no

Meet the new boss
Same as the old boss

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La Tragédie des Brigades internationales (documentaire, 2016)

Je viens de terminer la vision de cette réalisation de Patrick Rotman sur la guerre civile espagnole, diffusée sur Arte le 25 octobre dernier, et je dois avouer que je n’en attendais pas grand chose. J’ai été très agréablement surpris : le contenu est dynamique, précis, assez complet et pas trop manichéen (la terreur rouge est abordée ainsi que la répression interne au camp républicain). Le titre peut induire en erreur, car l’ensemble de la guerre d’Espagne est traité et pas uniquement les volontaires étrangers.

Nous avons droit à des images d’époque (même si comme souvent dans les documentaires on regrette qu’elles ne soient que rarement datées et situées) dont certaines étaient déjà présentes dans Mourir à Madrid, à une carte animée pour voir l’évolution du front, aux coupures de presse qui nous mettent dans l’ambiance d’époque et à des témoignages d’écrivains comme Saint-Exupéry, Hemingway, Malraux, Orwell, Dos Passos ou de photographes comme le célèbre Robert Capa.

Tout n’est pas parfait, on peut regretter quelques absences et inexactitudes, mais en 1h40 nous avons déjà un outil très pédagogique pour mieux comprendre le conflit. A voir au moins une fois pour sa culture!

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