Jacques Dalloz – La guerre d’Indochine 1945-1954

Sujet assez peu connu, le conflit indochinois est pourtant un des moments majeurs de la guerre froide et de la décolonisation, succédant à la Seconde guerre mondiale, précédant la guerre d’Algérie pour les Français et la guerre du Vietnam pour les Américains.

Ce livre commence d’abord par une présentation de l’Indochine coloniale et la naissance des mouvements nationalistes variés, certains aspects positifs de la présence française comme le développement économique et la montée démographique des Indochinois, le choc qu’a constitué l’arrivée des Japonais en 1945 qui ont démis violemment le pouvoir colonial, créant ainsi un vide. On voit comment le Viet Minh a su profiter d’un large mouvement populaire souhaitant l’indépendance et gagné la bataille de la légitimité grâce à son habileté politique, coalisant les différentes forces indépendantistes tout en masquant son origine communiste, attendant patiemment d’être en position de force (avec le succès de la révolution maoïste en Chine pouvant lui servir de base arrière à partir de fin 1949) pour se dévoiler au grand jour et imposer sa mainmise impitoyable sur le mouvement de libération ensuite…

On suit avec grand intérêt les débats et les tensions vives dans la vie politique française, avec un PCF très puissant et populaire en métropole dénonçant bruyamment la sale guerre ; le contexte international avec par exemple la guerre de Corée ; l’évolution des mentalités et de l’opinion ; les réformes trop tardives et timides du régime colonial ; les différentes luttes diplomatiques menées par de multiples acteurs comme par exemple celle du roi du Cambodge Norodom Sihanouk pour l’indépendance de son pays ou encore « l’américanisation » progressive du conflit, les Etats-Unis s’investissant de plus en plus.

La bataille de Dien Bien Phu qui clôt la guerre apparait finalement comme anecdotique, c’est une victoire avant tout symbolique des peuples du Sud contre ceux du Nord et du camp communiste contre le camp occidental dans le contexte de l’époque ; de fait le Viet Minh l’avait déjà largement emporté sur l’ensemble du territoire (la carte montrant son implantation en mai 1954 est assez explicite). Il semblerait même qu’elle soit davantage une défaite stratégique pour ce dernier dans la mesure où elle l’a empêché d’envahir le Laos, ses troupes ayant été retenues à cet endroit par l’Armée française!

Un livre fascinant acheté à prix modique au marché aux livres de Montpellier. En le lisant on comprend aisément les énormes difficultés qu’a eu par la suite le régime sud-vietnamien à asseoir sa légitimité et le bourbier dans lequel vont s’enfoncer les Etats-Unis – les premiers Américains sont tués en 1959.

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