Exodus (film, 1960)

Dire que cette production hollywoodienne relève de la propagande sioniste est un euphémisme. Néanmoins cette dernière reste toujours intéressante à étudier, on peut ainsi voir comment l’opinion états-unienne, plus généralement occidentale, pouvait être façonnée par le cinéma. Inspiré de faits historiques, le scénario prend beaucoup de libertés avec la réalité, nous y reviendrons.

Sur une durée de 3h20, seule la première heure traite de l’Exodus, où par le chantage émotionnel les « migrants » de l’époque réussissent à faire plier les autorités britanniques à Chypre ; ces scènes font assez ironiquement penser aux drames récents en Méditerranée – à l’époque l’Europe était le continent d’émigration, et les « Arabes de Palestine » (nom donné alors aux Palestiniens, ce dernier terme désignant… les Juifs du Yichouv, autrement dit les futurs Israéliens) ceux qui étaient submergés par des vagues migratoires dont ils n’ont jamais voulu et contre lesquelles ils s’étaient déjà révoltés violemment (cf la Grande révolte de 1936)!

Je ne peux m’empêcher d’éprouver une sensation de malaise en entendant le capitaine voulant amener les passagers en « terre promise » déclarer être prêt à faire sauter le bateau, autrement dit à tuer des centaines de civils juifs, hommes, femmes et enfants, dans le seul but réaliser le projet sioniste…

La suite du film traite de la lutte et des différents combats pour l’indépendance d’Israël contre les Britanniques en 1947-1948 ainsi que de la première guerre israélo-arabe en 1948-1949. On peut voir un adolescent, rescapé d’Auchwitz où il était Sonderkommando, voulant laver sa culpabilité en rejoignant les extrémistes de l’Irgoun. La rivalité et la haine entre cette dernière organisation et la Haganah plus modérée est ainsi montrée, le terrorisme de l’Irgoun discréditant la cause sioniste. Il y a ainsi une référence à l’attentat très meurtrier de l’Hôtel King David à Jérusalem. Le spectateur entendra de loin l’explosion ainsi que le nombre très élevé de victimes mais ces dernières ne sont pas montrées, ni leurs origines (d’après Wikipédia : 28 Britanniques, 41 Palestiniens, 17 Juifs Palestiniens, 2 Arméniens, un Russe, un Grec et un Égyptien). S’ensuivra une tentative d’évasion des auteurs du carnage retenus dans une prison britannique.

Globalement, et c’est sans sans doute le point le plus critiquable du scénario, on nous montre des sionistes animés de belles intentions pacifiques face à des dirigeants arabes agressifs. Oui, les sionistes étaient désireux d’avoir la paix, mais sans doute à la manière des colons WASP face aux tribus amérindiennes un siècle plus tôt aux Etats-Unis (que l’Oncle Sam se sente autant d’affinité avec l’Etat hébreu n’a rien d’étonnant tellement leurs histoires respectives se ressemblent : « guerre d’indépendance » contre les Britanniques, submersion démographique des autochtones par l’immigration, idéologie messianique…). Contrairement à ce qui est suggéré dans la dernière partie du film on sait aujourd’hui grâce aux travaux historiques (Benny Morris, Ilan Pappé…) que les « Palestiniens » (les Arabo-Palestiniens devrait-on dire pour être exact) furent délibérément expulsés au cours d’un véritable nettoyage ethnique – un épisode tragique connu sous le nom de « Nakba » dans le monde arabe.

Et pour ce qui est de la culpabilité de la Shoah, malgré tous les reproches que l’on peut faire au monde arabo-musulman, ce dernier n’était absolument pour rien dans l’antisémitisme génocidaire qui a sévi en Europe (cela malgré la propagande israélienne ressortant ad nauseam la collaboration du mufti de Jérusalem…). Un sionisme juste aurait consisté en la création d’un Etat juif dans le Yiddishland, sûrement pas en Palestine!

Cette fresque épique, qui est assurément une réussite artistique, doit être vue pour ce qu’elle est : un tract sioniste réalisé selon la mentalité de l’époque. A voir donc, mais aussi à décrypter, disséquer, critiquer, démonter avec toutes les connaissances dont l’on dispose maintenant.

Pour se déconditionner de ce « bourrage de crâne », on peut lire par exemple cet article de Maurice Rajsfus, juif français ayant vécu à l’époque, « 1948-1949 : Israël n’était pas mon problème » : http://www.france-palestine.org/1948-1949-Israel-n-etait-pas-mon

Publicités
Cet article a été publié dans Conflit israélo-arabe, Films, Immigration, Shoah. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s