[Suite] La position d’Alain Gresh sur le conflit israélo-palestinien

Dans la continuité du précédent article, et après avoir lu la toute récente bande dessinée « Un chant d’amour – Israël-Palestine, une histoire française » qui retrace le climat intellectuel et politique dans l’hexagone sur le conflit israélo-arabe depuis la guerre des six-jours, je voudrais faire quelques remarques sur la position d’Alain Gresh. Le journaliste du Monde diplomatique est toujours très intéressant et connaît très bien le sujet, mais je dois admettre que j’ai quelques problèmes avec sa lecture tiers-mondiste, presque purement anticolonialiste du conflit : non pas qu’elle soit fausse, Israël est bien la conséquence d’une domination impériale européenne (britannique en l’occurrence) mais cette vision est trop simple et partielle pour aborder le problème. Comme de nombreux militants d’ailleurs, il donne une opinion en fonction de ses origines politiques, de son vécu, sans forcément que cela soit pertinent :

-Israël n’est pas un empire colonial, la comparaison est un peu ridicule au regard de sa superficie. Ce n’est ni l’Afrique du sud de l’apartheid, ni l’Algérie française, même s’il peut y avoir quelques ressemblances dans les violences réciproques et les représentations. Si les deux cas cités étaient des colonies de peuplement à l’origine, la population européenne est toujours restée minoritaire. De plus au Proche-Orient il n’y a pas de phénomènes comparables aux très mal nommés « harkis » qui furent recrutés massivement – à part peut-être au Liban avec l’armée du Liban Sud, éventuellement la communauté druze qui est très pro-israélienne. On est cependant loin des pacifications coloniales classiques, typiques de la période 1945-1975 dans le monde – qui d’ailleurs ont toujours laissé au final la possibilité d’une décolonisation. Le sionisme consistant en une submersion démographique, la situation de la Palestine est donc très différente.

En revanche on trouve d’énormes similitudes entre l’histoire de l’Etat hébreu et celle des Etats-Unis : démocratiques, officiellement anticolonialistes (comme le sionisme qui se présente comme un « mouvement de libération nationale »), ils furent probablement les plus grand colonisateurs de la planète, appuyés par des idées comme la « Destinée manifeste« . Rien d’étonnant que les deux pays soient aussi amis!

-Dans la BD est assez rapidement évacué l’avant-1967, que l’auteur connait pourtant très bien. La résistance palestinienne n’a absolument pas commencé avec l’OLP fondée en 1964 (cf article précédent). C’est important à souligner pour ceux qui méconnaissent complètement l’histoire de la région…

-Il y a un aspect messianique et religieux dans le sionisme (« La bible nous l’a promis! » est un argument assez souvent entendu, c’est à se demander de quel côté est le fanatisme religieux entre le Hamas et le gouvernement israélien dont le terrorisme d’Etat est beaucoup plus meurtrier…), bien que ce soit officiellement une idéologie laïque – et que le sionisme est à distinguer du judaïsme et de la judéité (on ne répètera jamais assez que de nombreux Juifs à travers le monde ont toujours été hostiles au sionisme). Ce n’est pas propre à Israël naturellement. Le monde chrétien ou musulman a abondé et abonde toujours de références religieuses dans d’innombrables guerres et conflits internes (ce sera l’objet d’un prochain article).

Malgré ces quelques reproches je suis d’accord dans l’ensemble avec ce qu’il écrit. Peut-être pourrait-on rajouter la « colonisabilité » (cf Malek Bennabi) de cette région qui a rendu possible les multiples défaites et humiliations des pays arabes depuis 1948. On imagine un instant comment le rapport de forces évoluerait si le monde arabe cessait ses divisions et s’unifiait, réalisant les rêves des fondateurs du parti Baas ou de Nasser…

Le roman graphique, dessiné par Hélène Aldeguer, confirme en tout cas ce que je pensais sur un autre point : nous, Français, ne pouvons pas dire que le conflit nous concerne pas, ne serait-ce à cause du lobbying scandaleux du CRIF qui s’est progressivement radicalisé.

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