Que nous apprend le programme de Jean-Louis Tixier-Vignancour de 1965?

Jean-Louis Tixier-Vignancour (1907-1989), avocat et personnalité politique classée à l’extrême-droite, était candidat à l’élection présidentielle de 1965, la première au suffrage universel direct au XXème siècle, consécutive à la modification constitutionnelle de 1962. Son directeur de campagne était un ancien député poujadiste, accessoirement ancien de la bataille d’Alger, qui deviendra un nom très connu : Jean-Marie Le Pen.

En 1965 le contexte est le suivant : la fin de la guerre d’Algérie et la décolonisation ont marqué les Français, la Vème République n’a que sept ans, dans les relations internationales la guerre froide est dans tous les esprits alors que De Gaulle désirait prendre ses distances avec l’OTAN, au nom de l’indépendance de la France ; enfin depuis le traité de Rome de 1957 on assiste aux débuts de la construction européenne.

Le programme de Tixier-Vignancour était alors, en politique étrangère, atlantiste et pro-américain, anticommuniste, et  étonnamment semble pro-européen (!) ; économiquement le candidat était libéral – ou plutôt anti-étatiste, en faveur des petites et moyennes entreprises -, avec quelques promesses socialisantes comme la retraite à 60 ans qui est évoquée.

En quatrième position, il obtint un peu plus de 5 % des suffrages exprimés et pour le second tour appellera à voter pour le candidat de la gauche, François Mitterrand, par réflexe antigaulliste, la « perte » de l’Algérie par le Général était alors jugée impardonnable – l’homme fut le défenseur du général Salan et de plusieurs responsables de l’OAS.

Pourquoi parler de ça? Parce qu’il y a un fait particulièrement frappant dans sa brochure : l’absence d’un sujet central pour toutes les extrêmes-droites européennes, l’immigration! A l’époque ce n’était tout simplement pas un sujet présent dans le débat politique!

Il faut dire que l’immigration extra-européenne vers le vieux continent (du moins dans les proportions que l’on connait, rappelons qu’il fut un temps où 10 % de la population de Lisbonne était noire – et pas pour des raisons gaucho-humanitaires!), est un phénomène démographique à la fois récent et mal compris, et sans doute les vieilles idéologies issues du XIXème siècle, que ce soit le libéralisme, le socialisme, l’anarchisme ou encore le nationalisme… sont inadaptées pour l’appréhender.

Cette absence devrait amener à une conclusion simple : la critique de l’immigration, et plus globalement la défense des frontières et de la souveraineté nationale, n’ont pas à être la chasse gardée de l’extrême-droite. On ne répètera jamais assez à quel point les oeillères idéologiques, qu’elles soient de droite ou de gauche, sont néfastes!

Les programmes des candidats en 1965 : http://jcautran.free.fr/archives_familiales/elections/presidentielles/1965/presidentielles_1965.html

Billet légèrement modifié le 29/03/2017

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