[Suite] Comparaison n’est pas raison : guerre d’Algérie (1954-1962) et terrorisme de Daesh

Un article que j’avais commencé à rédiger avant la déclaration de Macron.

Des années que je me renseigne sur la guerre d’Algérie, conflit dont on parle souvent, qui a littéralement fondé la Vème République – provoquant moult débats, pour un sujet très mal connu paradoxalement malgré son abondante bibliographie. De nombreuses idées fausses circulent dessus, dans un sens ou un autre. Un exemple parmi d’autres : qui connaît la complexité des négociations entre l’exécutif français et les indépendantistes tout au long du conflit, qui a finalement abouti aux accords d’Evian?


J’ai beau avoir grandi dans un état d’esprit culpabilisant sur le passé colonial, progressivement la posture des « repentants-pleurnichards-haineux », accusant la France de tous les maux, m’est devenue insupportable. S’il y a du racisme en France et des discriminations, c’est la faute au passé colonial, c’est bien connu. La République interdit le voile islamique dans les établissements scolaires en 2004, c’est une résurgence du colonialisme – ce dernier argument a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase, qui m’a fait prendre conscience que quelque chose n’allait pas. Car oui, les Français sont des colons chez eux! A ceux qui tiennent de tels discours, on a envie de ne dire qu’une chose : changez de pays, la France n’est décidément pas faite pour vous.

Je me suis d’ailleurs demandé si le peuple français était collectivement coupable du passé colonial en Algérie, les Français d’origine algérienne l’étaient aussi. Si oui, ce serait un peu ridicule ; si non, cela voudrait dire que ces derniers ne sont pas vraiment français – ce qui en fin de compte est extrêmement raciste. La repentance poussée jusqu’à la débilité ne fait que reproduire le racisme colonial le plus puant!


Toutefois je n’ai jamais apprécié la posture exactement opposée, celle des « revanchards ». D’abord parce que les nostalgiques de l’Algérie française sont sans doute les plus mal placés pour critiquer l’immigration algérienne en France, et plus généralement l’islamisation. D’ailleurs ceux qu’on appelle les « harkis » (terme très impropre) n’étaient-ils pas musulmans? Les provocations d’un Robert Ménard à Béziers sont du même niveau intellectuel que les pires crétineries gauchistes.

Mais surtout, il y a les attentats récents qui sont l’occasion rêvée pour raviver les vieilles plaies. La pacification des départements d’Algérie était juste, car le FLN, c’était déjà Daesh! Terrorisme au nom de l’islam, état d’urgence etc. Vite, refaisons la bataille d’Alger! Trouvons notre Massu pour nettoyer les territoires. D’ailleurs on pourrait même rajouter que durant cet épisode, en 1956-1957, la IVème République était dirigée par un président du conseil socialiste (SFIO plus exactement) – seulement nos « socialistes » actuels n’avaient pas le dixième de l’envergure de Guy Mollet, ancien résistant et rappelons-le, qui était respecté par De Gaulle…

Mettons les choses au clair pour réfuter ce tas d’inepties :

-La guerre d’Algérie s’inscrit dans un contexte mondial de décolonisation (1945-1975), d’émergence du tiers-monde (conférence de Bandung en 1955, à laquelle participa Hocine Aït-Ahmed). Certes l’Algérie française se distinguait des autres colonies sur plusieurs points : son statut juridique (trois départements + le Sahara), la présence d’environ un million de ressortissants, sa proximité géographique par rapport à la métropole ou encore le symbole d’Alger qui avait été la capitale de la France libre en 1943-1944 ; mais il est impossible de séparer ce conflit d’une situation planétaire qui poussait à l’éclatement des empires coloniaux.

-Il y avait alors une privation des droits démocratique des Algériens, comme par exemple avec les élections truquées de 1948 (le parti politique de Messali Hadj s’appelait d’ailleurs « Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques »).

-La violence subie durant la Deuxième guerre mondiale était encore dans tous les esprits. Aujourd’hui, malgré les discours apocalyptiques tenus de façon cynique par certains, on est très loin de cette ambiance. Rien ne l’illustre mieux que l’extrême sensibilité aux pertes humaines de l’opinion publique (cf les réactions aux pertes militaires françaises en Afghanistan).

-Au pire, les carnages de Daesh pourraient effectivement être rapprochés avec la guerre d’Algérie, mais ils seraient bien plus comparables avec ceux de … l’OAS, qui commettait des attentats à la voiture piégées sur bien des points semblables à ceux qui se pratiquent en Irak depuis une décennie (28 février 1962 à Oran, 2 mai 1962 sur le port d’Alger…). En métropole même, un des attentats les plus meurtriers jamais commis aurait été le fait de de l’organisation, le 18 juin 1961, avec le déraillement du train Strasbourg-Paris (conditionnel de rigueur néanmoins, le doute subsiste).

Le film anti-terroriste qui serait d’actualité n’est pas La bataille d’Alger de Gillo Pontecorvo (qui, bien que réalisé de main de maître, est loin d’être irréprochable historiquement contrairement à ce que beaucoup affirment) ; c’est plutôt l’excellent Chacal de Fred Zinnemann, où l’on peut voir quarante mille gendarmes mobilisés contre un seul tueur professionnel à la solde de l’OAS, l’action se passant alors dans l’hexagone!

Admettons au final que l’enseignement du passé de la décolonisation puisse être utile, on pourrait effectivement citer un ancien officier de la guerre d’Algérie : David Galula, qui avait une très grande intelligence politique. Tout en étant anticommuniste, il n’hésitait pas à citer dans son « Contre-insurrection, théorie et pratique » les régimes communistes en exemple pour comprendre leur efficacité!

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