Jean-Claude Michéa – Notre ennemi le capital

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Si l’on veut réellement rassembler la grande majorité des classes populaires autour d’un programme de déconstruction graduelle du système capitaliste (et non pas simplement accroître ses privilèges électoraux), il faut impérativement commencer par remettre en question ce vieux système de clivages fondé sur la «confiance aveugle dans l’idée de progrès», dont les présupposés philosophiques de plus en plus paralysants (du type « parti de demain » – celui de la Silicon Valley – contre « parti d’hier » – celui de l’agriculture paysanne ou de la culture du livre) ne cessent d’offrir depuis plus de trente ans à la gauche européenne le moyen idéal de dissimuler sa réconciliation totale avec le capitalisme sous les dehors beaucoup plus séduisants d’une lutte « citoyenne » permanente contre toutes les idées « réactionnaires » et « passéistes ».

Lire du Michéa restera toujours du bonheur, même si j’ai regretté sa tendance à la répétition d’un ouvrage à l’autre. Cet auteur a probablement été celui qui m’a le plus marqué ces dernières années, et sans doute celui dont je me sens le plus proche en terme d’idées (analyse profonde du libéralisme, retour aux racines du socialisme, rejet du clivage parlementaire gauche/droite, populisme au sens positif du terme, décroissance…).

Si on se contente des quatre chapitres auxquels on retire les notes, autant dire que celui-ci se parcourt très vite. L’intérêt vient des scolies qui composent la majorité du livre, illustrant à merveille les dérives de notre société marchande, technicienne, individualiste ; et comment cette gauche des classes moyennes se montre si méprisante à l’égard des prolétaires, héritière en cela de cette gauche « versaillaise » qui soutenait le massacre du petit peuple parisien en 1871…

Néanmoins je relève quelques aspects un peu abusifs sur ce dernier point dans le discours du philosophe : rappelons que l’assemblée de 1871 était composée en majorité de légitimistes et d’orléanistes (et non de républicains) et c’est précisément à l’issue de la décennie de 1870-1880 où la restauration monarchique fut évitée de justesse et la République consolidée que les Communards furent amnistiés. Ou encore sur la question coloniale, rappelons que Georges Clémenceau (à l’époque de l’extrême-gauche républicaine) fut un adversaire résolu du colonialisme : on ne peut pas réduire systématiquement la République à Jules Ferry…

Mais il n’en reste pas moins que sur le fond je donne entièrement raison à l’auteur. Le véritable clivage n’est pas entre « gauche » et « droite » mais entre « ceux d’en bas » et « ceux d’en haut ».


A écouter au final, en deux parties :

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins/la-gauche-contre-le-peuple

https://www.franceculture.fr/emissions/linvite-des-matins-2eme-partie/la-gauche-contre-le-peuple-2eme-partie


Egalement une présentation de la pensée « michéiste » par le jeune Charles Robin (qui a sorti récemment « Itinéraire d’un gauchiste repenti » et a eu droit à un entretien dans le dernier numéro du magazine Eléments – revue que j’ai découvert il y a quelques mois) :

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