« Les médias sont en train de détruire mon pays » – Une anecdote sur la guerre civile en Syrie…

Un article que je voulais publier il y a longtemps, j’y repense avec le traitement médiatique réservé à la chute d’Alep.

Le site Arrêt sur info avait repris le 31 août 2015 ma recension du livre de Jacques Merlino consacré à la guerre civile yougoslave. C’était me faire un grand honneur (j’avais pu constater une explosion de visites dans mes statistiques!). Le journaliste de France 2 avait bien pressenti ce que pouvaient provoquer des interventions occidentales irresponsables : « les débordements actuels peuvent provoquer un cataclysme dépassant, de très loin, les pauvres Balkans » (p.20).

Je précise que je ne suis pas toujours d’accord avec les sites d’information « alternative » présents sur la toile, mais ces derniers constituent tout de même une sacrée bouffée d’oxygène par rapport à l’incurie médiatique généralisée.

Cela me rappelle une anecdote personnelle à propos de la guerre civile en Syrie. Il y a plus de quatre ans, durant l’été 2012, je revoyais un cousin qui était parti travailler en Arabie Saoudite et qui avait visité plusieurs pays au Moyen-Orient. Il m’avait confirmé ce que je pensais sur le problème palestinien : sans l’énorme injustice infligée à ce peuple depuis 1948 au moins (année de la « Nakba »), le terrorisme islamiste n’aurait jamais autant prospéré dans le monde arabe….

Mais ce qui m’avait plus surpris, c’est qu’il me racontait qu’un de ses collègues de travail, un Syrien chrétien, soutenait totalement le régime de Bachar al-Assad. On était encore aux balbutiements de la guerre civile, et visiblement il était très en colère contre le traitement médiatique des évènements : « Les médias sont en train de détruire mon pays! » lui disait-il.

Moi-même j’avais été choqué par une telle position. Comment pouvait-on soutenir une dictature aussi cruelle? J’étais persuadé que son collègue ne pouvait être que manipulé, en tant que membre d’une minorité certes menacée. Il était connu que le régime baasiste du clan Assad s’était appuyé sur les minorités religieuses pour se consolider. Les dictatures du monde arabe ont très souvent tenu, et continuent à tenir, des discours cyniques et hypocrites du type « moi ou le chaos », « moi ou le fanatisme » (cf pour le Maroc l’essai de Gilles Perrault « Notre ami le roi ») pour faire taire les critiques sur l’absence de démocratie (l’anti-islamisme à ce propos n’est pas sans rappeler, au choix, l’antifascisme d’extrême-gauche ou bien l’anticommunisme d’extrême-droite à une autre époque… un « anti-…isme » est toujours très commode pour se donner bonne conscience).

Pourtant avec le recul, cette position était-elle insensée? J’ai pu constater sur de nombreux conflits contemporains (l’archétype en est la Yougoslavie) les citoyens occidentaux bien que vivant en démocraties sont endoctrinés par une désinformation à un niveau à peine croyable. Les médias « démocratiques » occidentaux peuvent créer des réalités parallèles, des univers fictifs, d’une façon orwellienne terrifiante (cf sur le sujet, sur un ton humoristique cela dit, le très bon film Wag the dog/Des hommes d’influence).

Le retour à la réalité est cruel malheureusement. A titre d’exemple la Syrie n’est pas un Etat-nation, on ne peut absolument pas exporter les conceptions occidentales dessus. Tout cela m’a amené à une conclusion simple : oui, un régime autoritaire et répressif, diabolisé par nos politiciens et journalistes, peut bénéficier une réelle popularité à l’intérieur – et pas que des minorités dans ce cas là, la majorité des membres de l’armée syrienne officielle étant sunnite! Oui, il est fort probable que les opposants ou plutôt pseudo-opposants qui ont tant voix au chapitre dans nos contrées n’aient qu’une représentativité extrêmement limitée. Oui, une chute du régime d’Assad en cas d’intervention occidentale dès septembre 2013, aurait été un désastre pour toute la région du Moyen-Orient, comparable à la chute du Saddam Hussein en 2003 ou de Kadhafi en 2011…

Passons l’indignation sélective sur les massacres et les dictatures à travers le monde, intérêts géopolitiques obligent, concentrons nous sur l’essentiel : les transitions démocratiques des cinquante dernières années ont toujours été le fait de révoltes non-violentes (ou alors d’une violence limitée) et absolument pas d’insurrections armées, encore moins accompagnées d’interventions étrangères.

Si les gouvernement occidentaux arrêtaient leurs réflexes néocoloniaux de « devoir d’ingérence », si les agences d’information retrouvaient leur objectivité, alors le monde irait bien mieux! Et l’Europe et les Etats-Unis seraient beaucoup moins touchés par le terrorisme!

Rajout : tous ceux qui depuis plus de cinq ans ont contribué à alimenter un discours pro-ingérence (type Jean-Pierre Filiu), prenant leur rêve de chute de Bachar al-Assad pour une prophétie autoréalisatrice, surestimant de beaucoup une révolte en partie factice, ont une très lourde responsabilité dans la situation actuelle. Ils devront bien rendre des comptes un jour ou l’autre pour les mensonges au peuple français…

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