Pourquoi s’attache-t-on à des symboles en Histoire? Le cas de Guernica…

Il est curieux que l’on s’attache tant à des symboles, des évènements historiques particuliers, censés représenter ce que l’on veut dénoncer.

Le cas du bombardement de Guernica le 26 avril 1937, immortalisé par le célèbre tableau de Picasso, est parlant : il est le symbole de la barbarie fasciste, plus généralement des bombardements stratégiques contre les populations civiles, signe annonciateur des tueries de la Seconde guerre mondiale. Mais le bilan a été clairement revu à la baisse depuis. Récemment dans le numéro 427 du magazine l’Histoire de septembre 2016 consacré à la guerre civile espagnole l’historien François Godicheau cite le bilan de 126 personnes tuées (p.42) soit le minimum de la fourchette habituelle et plus de dix fois moins que celui annoncé à l’époque (1654 morts).

Il  n’est pas rare de trouver sur internet des sites pro-franquistes s’en donnant à coeur joie pour détruire ce « mythe » fondé par les « rouges ». Sans être un spécialiste de la question, je peux déjà faire une remarque : il n’est pas impossible que le nombre de morts ait été très exagéré. Cela arrive dans de très nombreuses guerres et conflits, où après estimations, investigations, travaux d’historiens etc… les bilans finaux sont revenus largement à la baisse, parfois de beaucoup.

Est-ce une raison pour tomber dans la dérive inverse, autrement dit faire systématiquement de la propagande pour l’autre camp? D’abord on relèvera que les Basques étaient conservateurs et catholiques, très éloignés des autres Républicains espagnols. On pouvait donc difficilement les qualifier de « rouges ». Ils se battaient pour leur patrie, l’Euskadi, autrement dit ni pour la République ou la révolution, ni pour l’Espagne de Franco.

Ensuite on ne peut que constater l’erreur pour les défenseurs de la mémoire des Républicains espagnols de s’attacher à un évènement unique, de se focaliser sur un massacre en particulier. Car souvent le symbole n’est pas le plus important : si de très nombreux autres exemples confirment la signification de ce dernier, est-il si important?

Pour les « bombardements de terreur » causés par l’aviation fasciste (surtout allemande et italienne), nous avons des cas significatifs :

-Madrid, essentiellement en novembre 1936

-Durango, le 31 mars 1937 : entre 246 et 336 civils tués

-Jaén, le 1er avril 1937 : 159 civils tués

-Lérida, 2 novembre 1937 : de 185 à 250 morts

-Barcelone* du 16 au 18 mars 1938 : entre 880 et 1300 civils tués

-Alicante, le 25 mai 1938, sur le marché central : 250 morts (plus de 300 selon d’autres sources)

-Granollers, le 31 mai 1938 : entre 209 et 224 morts.


Ces exemples montrent bien qu’il n’y a nul de besoin de Guernica pour démontrer de quoi étaient capables les fascistes en la matière!


*Des chiffres : entre le 13 février 1937 et le 25 janvier 1939, 385 alertes, effectives pour presque la moitié; 2750 civils morts, un peu plus de 7000 blessés, 1803 bâtiments civils touchés par les 1903 bombes lancées. Pour l’ensemble de la Catalogne, les morts sous les bombardements s’élèvent à 4736 (source).

Ma principale source fut la page du wikipédia espagnol consacré au sujet : https://es.wikipedia.org/wiki/Bombardeos_en_la_Guerra_Civil_Espa%C3%B1ola

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