Les paradoxes politiciens par rapport à l’immigration post-coloniale

Un article que je voulais publier il y a longtemps, qui rejoint ce que je disais sur l’immigration des traites négrières.

Chaque fois que je regarde mon livret de famille, que je vois que ma mère est née à Oran, je ne peux m’empêcher de penser « je suis maghrébin en fait« ! Et puis je me rappelle de cet énorme paradoxe sur les clivages politiques concernant les migrations qui ont suivi la décolonisation :

-A l’extrême-gauche, ceux qui ont défendu les luttes de libération nationale des peuples colonisés ne trouvent rien à redire à l’immigration post-coloniale. Mieux encore : beaucoup ont estimé que le combat anticolonialiste se poursuivait à travers la défense des sans-papiers ou des minorités! Au nom de la lutte contre la xénophobie! Un ancien Empire ne devrait pas avoir le droit d’avoir des frontières. Alain Gresh du Monde diplomatique par ailleurs très intéressant sur de nombreux sujets, fait incontestablement partie de cette catégorie.

La posture est assez surprenante, si on luttait pour libérer son pays ce n’est sûrement pas pour que ses enfants émigrent vers l’ancienne puissance occupante! Et plus généralement, que si un peuple luttait pour ses droits, c’était pour son identité, sa souveraineté, sa dignité, autrement dit : des frontières sûres pour se protéger de toute nouvelle agression! Que le peuple français, n’étant ni inférieur ni supérieur à d’autres peuples pouvait tout simplement défendre ce qu’il était chez lui. Gandhi lui-même avait pu écrire que la France appartenait aux Français (journal Harijan, 26 novembre 1938) !

Et puisque j’ai cité le Mahatma, l’Inde elle-même, anciennement colonisée, a construit un immense mur autour du Bangladesh pour se protéger des migrations venant de ce pays, ce qui est quand même un signe qui ne trompe pas sur l’importance des souverainetés nationales!

-A l’extrême-droite, on assiste à des contradictions similaires, et non des moindres. Les plus grands défenseurs de l’Empire, plus précisément de l’Algérie française (mais pas seulement), sont aussi les plus exaltés dans la défense de l’identité blanche et chrétienne de la France, ceux qui insistent le plus sur une vision ethnique voire racialiste de la nation. Ils s’indignent de l’immigration massive des ex-colonies et de ses conséquences sur l’identité de la nation, alors qu’ils devraient logiquement être les derniers à critiquer le phénomène!

Les anciens partisans de l’Algérie française sont ainsi les plus mal placés pour parler de l’islamisation de la France. A aucun moment ils ne pourraient imaginer qu’aujourd’hui quarante millions d’Algériens seraient citoyens français, pouvant quand ils le souhaitent émigrer en métropole et seraient représentés à l’Assemblée nationale à Paris…

Je n’ose pas imaginer à quel point notre pays serait métissé!


On le comprend assez vite : les postures dogmatiques ou pire encore, émotionnelles, sont tout sauf logiques. Le professeur Guy Pervillé à partir du cas de Jean-Marie Le Pen avait bien montré les contradictions politiciennes (lire ici : http://guy.perville.free.fr/spip/article.php3?id_article=311), le discours de ce dernier du 28 janvier 1958 est à ce propos un pur moment de bonheur.

Entre ces deux courants caricaturaux nous avons la position de Charles De Gaulle et ses fameuses phrases rapportées par Alain Peyreffite (« Colombey-Les-Deux-Mosquées ») ou d’un intellectuel comme Raymond Aron (« La tragédie algérienne ») qui estimait que la majorité de la classe politique pensait comme lui mais n’osait pas le dire tout haut.

Et aujourd’hui? On retrouve les mêmes postures sur d’autres thèmes similaires, comme l’annexion de Mayotte, qui est un peu une Algérie française en miniature. On trouve des curiosités qui ne sont pas si illogiques que ça, la départementalisation fut défendue par l’Action française dans un état d’esprit antiraciste (!), très critique contre la vision ethno-différentialiste d’un historien militant comme Bernard Lugan pourtant issu de ce milieu maurrassien (lire ici).

Renaud Camus au contraire avec sa vision identitaire a le mérite de la cohérence en affirmant « notre combat est anticolonialiste« .

Georges Marchais encore, dans sa lettre au recteur de la mosquée de Paris publiée dans le journal l’Humanité le 6 janvier 1981, rappelait le combat anticolonialiste et antiraciste du PCF et expliquait ses prises de position anti-immigration (au passage à des années-lumières des discours haineux des identitaires, notons-le). Un des textes les plus raisonnables jamais écrits sur le sujet!


Les exemples sont nombreux. Et je me suis demandé : si de telles contradictions existent sur un sujet aussi important que la décolonisation, ne les retrouve-t-on pas un peu partout? Cela peut être sur l’économie, sur la politique étrangère, les réformes sociétales, la vision historique où chaque bord politique efface et réinterprète en permanence ses positions du passé pour se justifier.

Un peu comme dans « 1984 » finalement (mais de manière douce) !

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