Ce que George Orwell n’avait pas prédit dans « 1984 »

J’ai vu récemment l’adaptation de Michael Radford du célébrissime roman de l’écrivain britannique. Le film retranscrit de manière assez fidèle l’ambiance terrifiante de l’oeuvre originale, même si je pense qu’il s’adresse avant tout à ceux qui ont déjà lu le livre, un néophyte risque de ne pas comprendre.

Je me suis posé la question : est-ce qu’au final George Orwell dans « 1984 », publié la première fois en 1949, a été prophétique pour les sociétés occidentales? Voyons voir…

-En ce qui concerne les richesses et cette espèce de morale rigoriste sur les moeurs, on assiste finalement à l’inverse de ce qui est décrit : point de pénuries de type soviétique, les pays riches occidentaux vivent au contraire dans l’abondance (ce qui n’empêche pas précarité et pauvreté pour une partie de la population toutefois). La frustration est toutefois généralisée de nos jours, mais pour des raisons très différentes : l’injonction à consommer par la propagande publicitaire est permanente, à l’image du supplice de Tantale. Et les moeurs se sont presque complètement relâchées depuis mai 1968 au moins (« jouir sans entraves »).

-Les Etats européens ne sont ni répressifs, ni militaristes. Les « droits de l’homme » sont devenus au contraire une sorte de religion officielle et les effectifs des armées ont largement fondu. En revanche la nécessité pour les grandes puissances d’avoir absolument un ennemi à combattre semble certaine (la chute de l’URSS en 1991 a été dramatique sur ce point, la figure du « Grand méchant » a disparu), ce qui nous amène au point suivant.

-Orwell a eu cent fois raison sur Emmanuel Goldstein, la figure que tout le monde doit détester (aujourd’hui Daesh n’est-il pas le Goldstein le plus parfait qui soit?), qui sert d’exutoire à la population, de sujet de diversion pour les dirigeants incompétents.

-Il a encore eu largement raison sur son concept de « novlangue » – ou comment l’appauvrissement du vocabulaire détruit la pensée. La novlangue est partout aujourd’hui : pratiquée par les politiciens, les journalistes, les économistes ou encore dans les administrations et les entreprises…

-Naturellement il a visé juste sur la technologie et les écrans omniprésents qui se sont développés de manière extrêmement impressionnante depuis quelques décennies – et les violations de la vie privée qui les ont accompagnés. Mais avec une différence de taille toutefois : ces dernières sont largement consenties par les consommateurs qui en redemandent! L’exemple des réseaux sociaux est sans doute le mieux représentatif…

Que le totalitarisme contemporain soit doux et non-violent, voilà une chose que George Orwell n’aurait sans doute jamais imaginé!

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