Michel Onfray – Penser l’islam

Michel Onfray - Penser l'islam

Michel Onfray n’est pas tendre dans ce livre, dont la publication a été reportée plusieurs fois en raison du contexte. Il n’épargne ni la gauche socialiste et ses deux grandes trahisons, à savoir l’une économique et sociale en 1983 avec la conversion au libéralisme, l’autre par rapport au pacifisme en 1991 lorsque François Mitterrand engage la France dans la première guerre du Golfe ; ni contre l’islam et le Coran sur lesquels il ne pratique pas la langue de bois ; ni contre la politique étrangère du gouvernement français qui veut être le gendarme du monde en s’alignant sur l’OTAN et en faisant preuve de néocolonialisme.

Ce n’est pas tellement un livre mais davantage une succession de textes et d’entretiens. Et c’est un peu le problème : même si le philosophe a fait quelques efforts, il a tendance à être trop superficiel. D’une part la géopolitique du terrorisme est infiniment plus complexe que présentée ici, puisque la majorité du temps des Etats ennemis se livrent une guerre par procuration par rébellions interposées, s’accusant mutuellement de soutenir le terrorisme. D’autre part sur l’islam il semble trop concentré sur les textes et pas assez sur la pratique des musulmans en elle-même – pratique sur laquelle il y aussi des choses « incorrectes » à dire, mais qui permet de relativiser certaines accusations. Par exemple la corruption est très présente dans de nombreux pays musulmans alors que l’islam l’interdit catégoriquement. Il n’explique pas les quatre grandes écoles du sunnisme, cela aurait été utile (celle des musulmans en France étant le malékisme).

Autre aspect énervant : il reprend le terrorisme intellectuel habituel par rapport à l’antisionisme (p.101-106). Pourquoi écrire que le peuple palestinien « payait, hélas, la politique de collaboration avec Hitler menée par le Grand Mufti de Jérusalem » (p.102) alors que dès le départ le sionisme est un projet de dépossession (invasion migratoire), que les sionistes ont eux-mêmes collaboré (contrat de transfert avec l’accord Haavara), que de nombreux Palestiniens chrétiens ont souffert de cette entreprise à l’image de Georges Habache, chef du FPLP, que David Ben Gourion lui-même admettait l’injustice énorme infligée à ce peuple, comme le prouvent plusieurs citations rapportées?

Pourquoi accuser Sartre d’avoir soutenu le terrorisme palestinien alors qu’il était un fervent sioniste, au même titre que ses rivaux et amis Albert Camus et Raymond Aron? Jean-Paul Sartre qui avait pour disciple un certain Claude Lanzmann (signe qui ne trompe pas!), personnalité très anticolonialiste par rapport à l’Empire français et très anti-arabe dès qu’on touchait à l’Etat hébreu…

Un dérapage regrettable pour un livre qui, sur le reste, est plutôt intéressant, sortant de la doxa ambiante tout en se parcourant rapidement. Je me reconnais pour ma part dans la plupart de ses réflexions : la France doit revoir complètement sa politique étrangère, construire l’islam républicain et arrêter l’angélisme pour la politique intérieure etc. Le manque de profondeur est à déplorer, dommage vu son prix.

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Cet article a été publié dans Actualités et politique, Conflit israélo-arabe, Histoire - Autres, Histoire de France, Histoire de l'Irak, Histoire de la Syrie, Immigration, Islamisme, Lectures, Philosophie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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