François Durpaire, Farid Boudjellal – La présidente

Durpaire, Boudjellal - La présidente
Ce qui devait arriver arriva : Marine Le Pen est finalement élue en 2017. En faisant alliance avec une partie de la droite à l’issue des législatives qui suivent, elle mène une politique anti-immigration très poussée, souverainiste et protectionniste. Et un coup d’Etat néofasciste semble se profiler… Tout se passe mal vu qu’elle est incapable de tenir ses promesses et que cela ne règle aucunement le problème du chômage, et que le pouvoir d’achat des Français s’effondre avec le retour au franc.

La bande dessinée aurait pu être de qualité, dénonçant la démagogie du Front national. Seulement si d’une part on part du principe que la mondialisation libérale est l’horizon indépassable de notre temps, d’autre part si on méprise le peuple français comme présenté ici, alors on n’arrivera à rien. Car outre le nouvel exécutif vainqueur des élections, les protagonistes principaux sont une vieille dame, ancienne résistante puis militante anticolonialiste, et un groupe de jeunes d’origines disons « exotiques ».

Premier constat : Durpaire et Boudjellal sont probablement des racistes qui s’ignorent, dans la façon qu’ils ont de poser des étiquettes sur les gens selon leurs origines. François Durpaire est par exemple issu de la gauche « Terra Nova », celle qui a remplacé le prolétariat par les « minorités ». Prolétaires, qui avant de se jeter dans les bras du FN (largement premier chez les ouvriers et employés), votaient majoritairement pour le PCF, ce qui est pour le moins ironique.

A aucun moment d’ailleurs n’est posée la question des raisons qui ont poussé tant de Français vers ce choix. Ce vote peut aussi bien être le fait de « petits blancs » qui souffrent (cf Aymeric Patricot) mais également de toute cette jeunesse métissée que Durpaire met en scène… qui regarde probablement en cachette les spectacles de Dieudonné! Et qui est tellement écoeurée par la classe politique, au même titre que les « Français de souche », qu’elle se tourne vers ce parti.

Le départ massif d’immigrés clandestins est franchement peu probable. Même l’Italie dirigée par Berlusconi allié de la très xénophobe Ligue du Nord avait régularisé massivement des sans-papiers en 2009, c’est dire à quel point le réalisme économique rattrape les dirigeants…

Il y a aussi cet anticolonialisme anachronique assez grotesque. Le scénario prévoit des heurts sanglants en Nouvelle-Calédonie, soit. Mais sur le reste les auteurs n’ont rien compris à ce que signifiait le passé colonial de la France et ce qu’impliquait le maintien de l’Empire français : qu’ils imaginent à quoi ressemblerait la France si la loi Lamine Guèye de 1946 avait été réellement mise en application!

Qu’ils regardent ce que disait le père de la future présidente, à l’époque jeune député poujadiste,  le 28 janvier 1958 à l’Assemblée nationale :

Ce qu’il faut dire aux Algériens, ce n’est pas qu’ils ont besoin de la France, mais que la France a besoin d’eux. C’est qu’ils ne sont pas un fardeau ou que, s’ils le sont pour l’instant, ils seront au contraire la partie dynamique et le sang jeune d’une nation française dans laquelle nous les aurons intégrés. J’affirme que dans la religion musulmane rien ne s’oppose au point de vue moral à faire du croyant ou du pratiquant musulman un citoyen français complet. Bien au contraire, sur l’essentiel, ses préceptes sont les mêmes que ceux de la religion chrétienne, fondement de la civilisation occidentale. D’autre part, je ne crois pas qu’il existe plus de race algérienne que de race française […]. Je conclus : offrons aux musulmans d’Algérie l’entrée et l’intégration dans une France dynamique. Au lieu de leur dire comme nous le faisons maintenant: « Vous nous coûtez très cher, vous êtes un fardeau », disons leur : « Nous avons besoin de vous . Vous êtes la jeunesse de la Nation » […] Comment un pays qui a déploré longtemps de n’avoir pas assez de jeunes pourrait-il dévaluer le fait d’en avoir cinq ou six millions ?

Oui, cette déclaration est bien de Jean-Marie Le Pen. Le discours d’origine est bien plus long et fait quatre pages, mais tout y est. Je ne m’en lasse pas tellement c’est savoureux.

Enfin notons la mise en place dans cette fiction de l’état d’urgence… sachant que la BD est sortie le 12 novembre dernier!

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