Alain Soral – Abécédaire de la bêtise ambiante

Alain Soral - Abecedaire-De-La-Betise-Ambiante-Jusqu-ou-Va-T-On-Descendre

Jusqu’où va-t-on descendre?

Pamphlet-dictionnaire qui a fait connaître le personnage en 2002 et qui s’est bien vendu. On sent alors un marxiste déçu par la mondialisation libérale qui a converti la gauche bobo bien-pensante, cette dernière ayant depuis longtemps abandonné les prolétaires. Tenté par un nationalisme conservateur et catholique qui laisse présager sa future évolution, il s’attaque durement aux différents communautarismes, aux z’y va de banlieue, aux gays, aux féministes, aux éducateurs gauchistes, aux libéraux-libertaires (Cohn-Bendit) qui ont tous remplacé la lutte des classes par leurs nouveaux combats ridicules.

J’aurais été tenté de lui faire les mêmes reproches que dans « Comprendre l’Empire », mais finalement je l’ai assez apprécié! Les remarques sont justes la plupart du temps. Le style d’écriture est brut, parfois (souvent en fait) vulgaire, mais il est finalement adapté à ce type de livre. L’essayiste était encore chévènementiste comme on le lit sur la quatrième de couverture, et non favorable au Front national. Cela fait aussi bizarre aujourd’hui de lire son attaque contre Dieudonné (ils ne deviendront amis qu’après) à qui l’écrivain faisait remarquer pour répondre à son discours culpabilisant de l’époque que l’humoriste avait plus de chances de descendre d’esclavagiste que lui…

Efficace, incisif et percutant, certains passages sont bien jouissifs il faut le reconnaître : sur le dalaï-lama qu’il pulvérise, ou encore ses remarques sur la guerre d’Indochine qui ne provoque pas de pleurniche grotesque ni même une dialectique permanente de l’excuse chez les immigrés d’origine asiatique, contrairement à un autre conflit de décolonisation…

J’ai toutefois relevé plusieurs erreurs dans son raisonnement :

-Hannah Arendt mépriserait le peuple, le traitant de populace attirée par les régimes totalitaires… Or c’est l’inverse qu’elle écrit : « La populace est avant tout un groupe où se retrouvent les résidus de toutes les classes. C’est ce qui rend facile la confusion avec le peuple qui, lui aussi, comprend toutes les classes de la société. Mais tandis que le peuple, dans les grandes révolutions, se bat pour une représentation véritable, la populace acclame toujours « l’homme fort », le « grand chef ». Car la populace hait la société, dont elle est exclue, et le Parlement, où elle n’est pas représentée. » Tiré de « Sur l’antisémitisme, chapitre IV L’affaire Dreyfus, 4. Le peuple et la populace ». Alain Soral n’a donc pas, ou alors mal lu Arendt!

-Sur le féminisme, je ferais remarquer qu’il y a une grande variété de courants, même si je suis entièrement d’accord par rapport à celui dominant dans les médias avec ce politiquement correct extrêmement irritant (récemment avec l’indignation ridicule au festival d’Angoulême…).

-Sur la révolution Internet qu’il a complètement sous-estimée! C’est d’autant plus étonnant vu la façon dont il se fera connaître dans les années qui suivront…

Malgré cela et certains propos excessifs, le bilan de ce livre pour moi est… globalement positif, comme aurait dit Georges Marchais!

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