L’islamisme est le Goldstein du XXIème siècle!

Pour cette fin d’année 2015, qui a vu la France frappée par deux attentats majeurs, voici une synthèse de tout ce que j’ai déjà écrit sur ce blog sur le sujet. Emmanuel Goldstein est un personnage fictif de « 1984 » que le pouvoir totalitaire en place ordonne de haïr.

Oussama Ben Laden a rempli ce rôle à merveille de 2001 à 2011.

Auparavant il y eut « l’empire du mal » de Reagan (l’URSS) durant les années 80. Après la guerre froide, dans les années 90, les dictateurs Saddam Hussein et Milosevic l’ont remplacé. Puis dans les années 2000, « l’axe du mal » de Bush junior. Ensuite pour la décennie actuelle Kadhafi, Bachar al-Assad, Vladimir Poutine… toujours avec ce manichéisme simpliste hallucinant de la classe politico-médiatique!

Et à côté de cela, le « terrorisme islamiste », concept fourre-tout, est le « Goldstein » le plus redoutable. Mais finalement Al-Qaïda et Ben Laden n’étaient plus suffisants, il a fallu qu’on ait un monstre encore pire avec l’Etat islamique. Je me souviens d’un entretien datant de 2011 du géopolitologue Aymeric Chauprade (avant que ce dernier ne cède au côté obscur de la force en trahissant ses propres idées…) très visionnaire, où il affirmait que Al-Qaïda serait remplacé par un nouvel ennemi à abattre (sur AgoraVox, l’entretien n’y est plus mais il y a le résumé : « Selon Chauprade, la mort de Ben Laden (sur laquelle il ne se prononce pas) signe la fin d’un cycle et probablement le début d’un autre, avec la possible création d’un nouvel ennemi à l’origine d’une nouvelle catastrophe. »

Plus généralement, après de nombreuses lectures et recherches, j’ai remarqué que l’islamisme :

-est un mot qui permet de ranger dans le même sac des organisations non-violentes comme « Justice et bienfaisance » au Maroc avec les atrocités des guerres civiles en Irak, Syrie, Nigeria… Preuve s’il en est de l’ignorance totale de nombreux journalistes occidentaux sur la question, employant ce mot anxiogène n’importe comment ;

-est une idéologie évidemment choquante dans des pays laïques qui ont des populations très souvent largement sécularisées (comme la nôtre), mais qui ne l’est pas forcément pour de nombreuses sociétés musulmanes, pour lesquelles des mots comme « oumma« , « fitna » ou « dar al-islam » ont un sens. Des populations pour lesquelles les personnalités « laïques » médiatisées chez nous sont synonymes de « bourgeois occidentalisés coupés de leurs propres peuples ». C’est important à savoir, mais j’ai vraiment l’impression sur ce sujet que beaucoup sont bloqués dans la caverne de Platon… Fabrice Garniron traitant des guerres civiles en Yougoslavie avait bien résumé ce que je pensais sur le contraste entre la réalité et les discours officiels : « Au lieu de diaboliser ou angéliser l’islam, au lieu de porter des jugements de valeurs stériles, mieux vaudrait reconnaître l’évidence : la conception du monde musulman est profondément différente de l’occidentale, qu’il s’agisse de morale sexuelle, du statut de la femme, des relations entre politique et religion […]« . Comprendre cela, c’est comprendre comment des partis politiques islamistes arrivent à être démocratiquement élus dans ces pays, comprendre pourquoi les Talibans ont le soutien d’une partie de la population afghane et Daesh de nombreux Iraquiens (arabes sunnites) ;

-est un épouvantail très pratique pour les régimes autoritaires des pays arabes, envoyant un message aussi bien à leurs propres populations qu’à l’étranger. A propos du Maroc, Gilles Perrault dans son pamphlet contre Hassan II publié en 1990 (déjà!) écrivait :  » « Moi ou le chaos », dit-il. Et l’écho complaisant répond : « Le chaos ou lui. » Il montre aux uns les masses misérables prêtes à se soulever dans une éruption qui emporterait tout, aux autres ses centurions peut-être disponibles pour une aventure dictatoriale, et il se conforte de ces hantises opposées. Mais qui a fait le vide autour de son trône, sinon lui-même? […] c’est maintenant au prétexte du péril intégriste qu’il prétend être considéré comme un moindre mal : « Moi ou le fanatisme ». Qui ne sait que l’intégrisme s’épanouit et toujours sur les terreau de l’injustice et de la corruption? […] » – épouvantail très utile pour Israël aussi, qui a largement contribué à discréditer le nationalisme arabe progressiste, au moins indirectement avec la guerre des six-jours en 1967 et l’invasion du Liban en 1982, et directement en aidant de façon cynique la branche palestinienne des Frères musulmans pour torpiller l’OLP, branche qui a donné naissance au Hamas (quand on pense que des pro-israéliens présentent l’Etat hébreu comme un rempart contre la barbarie islamiste!) ;

-constitue également une sorte de « créature de Frankenstein ». Les relations hypocrites entretenus par les Occidentaux avec les monarchies du Golfe ne sont plus un tabou visiblement, mais elles l’ont longtemps été. Là encore il est nécessaire de revenir en arrière. Il y eut l’Afghanistan durant les années 80, piège tendu aux Soviétiques comme le révélait Brzezinski. Les « freedom fighters » afghans ont par la suite enfanté les méchants Talibans. Dans les années 90, la Bosnie avec le très gentil Izetbegovic qui a fait venir des milliers de djihadistes sur le sol européen, la CIA aidant! Une affaire peu connue et tue, qui pourtant a eu des conséquences graves : la France fut touchée par le gang de Roubaix constitué d’anciens djihadistes. Le Kosovo ensuite a attiré des moudjahidine, aidés par l’OTAN en 1999. Et enfin il y eut le démantèlement de l’Irak en 2003, cause directe des malheurs actuels…

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Décidément, tout cela est compliqué, mais surtout très orwellien! D’où mon scepticisme sur l’emballement guerrier que l’on a connu après le 13 novembre. La « guerre contre l’islamisme » ne veut absolument rien dire (on ne sera jamais en guerre contre l’Arabie saoudite et le Qatar…), ceux qui emploient de telles expressions n’ont rien compris.

Et concernant l’immigration musulmane en Europe, les islamistes sincères… y sont tout simplement opposés : considérant que de bons musulmans doivent vivre dans des sociétés musulmanes, ils découragent l’émigration vers les pays occidentaux et souhaitent activement la hijra pour les émigrés, le retour en terre musulmane!

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Cet article a été publié dans Actualités et politique, Conflit israélo-arabe, Histoire - Autres, Histoire de Cuba, Histoire de France, Histoire de l'Afghanistan, Histoire de l'ex-Yougoslavie, Histoire de l'Irak, Histoire de la Syrie, Histoire des Etats-Unis, Histoire du Maroc, Immigration, Islamisme. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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