[Politique étrangère] Au bout d’un moment il faut savoir s’arrêter…

L’émotion ne devrait pas paralyser notre réflexion, et pourtant…

La guerre qui se déroule en Irak et en Syrie n’est pas la nôtre. Déclenchée en 2003 par un président américain irresponsable (mais on pourrait remonter à 1991) qu’il faudrait d’ailleurs juger un jour devant une juridiction internationale pour guerre illégale, il n’appartient pas à la France de s’y mêler aujourd’hui. La lutte antiterroriste est une tâche policière par excellence et sûrement pas militaire : c’est dans l’hexagone avant tout qu’il est nécessaire de faire le ménage.

Le discours martial et anxiogène, va-t-en-guerre, tenu par certains politiciens sans scrupules qui aiment jeter de l’huile sur le feu à des fins électoralistes, n’est rien d’autre qu’un signe de faiblesse. C’est la logique du terrorisme que de jouer la provocation, la haine et la peur. Beaucoup trop tombent dans le piège malheureusement.

Les exemples historiques ne manquent pas pour condamner les dérives actuelles de notre politique étrangère.

Faut-il rappeler qu’au nom de la lutte contre le communisme les Etats-Unis s’étaient engagés dans la guerre du Vietnam qui a ravagé toute une région, que les bombardements aériens massifs sur le Cambodge ordonnés par le président Nixon ont abouti à la victoire des Khmers rouges en 1975? Alors même qu’au Cambodge le courant communiste était très minoritaire au temps de Sihanouk…

Plus récemment, la guerre en Afghanistan engagée en 2001 après le 11 septembre n’a abouti qu’à un Etat balkanisé, incapable de tenir sans l’aide internationale, du fait de la non-victoire contre les Talibans. Et pour cause : ces derniers ont le soutien de l’ethnie pachtoune, représentant environ 40 % de la population. A de multiples reprises j’ai pu lire ou entendre les témoignages des soldats de la FIAS (force de l’OTAN en Afghanistan) : les troupes étrangères étaient perçues comme des occupants.

Ce constat devrait faire réfléchir les partisans de la guerre totale contre Daesh, et pourtant…

Car oui, il se passe sans doute la même chose avec les Arabes sunnites d’Irak et de Syrie. Ceux qui connaissent un minimum la logique de la guerre de guérilla ne pourront être que sceptiques par rapport aux méthodes employées. Si l’organisation dispose d’un soutien solide de cette communauté, alors la coalition internationale s’est engagée dans un conflit interminable et ingagnable.

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Concernant les causes de la guerre civile en Syrie, j’ai pu trouver deux types de discours diamétralement opposés  :

-il y a ceux qui rendent responsable essentiellement le régime de Bachar al-Assad, par sa répression et son cynisme, d’avoir libéré les salafistes de ses prisons dès 2011 pour discréditer l’opposition et d’attiser les tensions interconfessionnelles : c’est le discours d’un historien comme Pierre-Jean Luizard ou du politologue François Burgat ;

-ceux qui accusent surtout l’ingérence étrangère, notamment le triptyque Qatar-Arabie Saoudite-Turquie d’avoir voulu déstabiliser la Syrie, dès 2011 également (Bahar Kimyongür – je n’ai pas encore lu son livre « Syriana » malheureusement), en même temps que les Etats-Unis et leur plan de « Grand Moyen-Orient ».

Comme en Histoire il n’y a jamais de causalité unique, la vérité se trouve très certainement entre les deux. Les raisons endogènes et exogènes peuvent parfaitement se cumuler. A titre personnel aucune de ces deux réponses catégoriques ne me convient. Mais je pense que le propos de Gérard Chaliand est sans doute le plus raisonnable : la Syrie n’est pas une nation, toute tentative de révolution par les armes ne peut qu’aboutir à une tragédie…

Je rajouterai que la transition démocratique est tout l’inverse de l’insurrection armée. Un simple regard sur la chute des dictatures en Europe, que ce soit l’ancien bloc de l’est ou bien l’Espagne et le Portugal (où le coup d’Etat en 1974 fut certes « militaire » mais non-violent) suffit à le comprendre. A quoi pensaient les gouvernements occidentaux quand ils ont détruit la Libye, puis armé l’opposition syrienne « modérée »? Avaient-ils seulement conscience des retombées à long terme?

On en paie aujourd’hui le prix…

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Cet article a été publié dans Actualités et politique, Histoire - Autres, Histoire de France, Histoire de l'Indochine (Vietnam, Cambodge, Laos), Histoire de l'Irak, Histoire de la Syrie, Histoire des Etats-Unis, Islamisme. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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