[Parenthèse] Pourquoi l’immigration est un sujet tabou (à gauche, mais aussi à droite)

André Gérin, ancien député et maire PCF de Vénissieux de 1985 à 2009, avait écrit ceci sur son site le 20 juin 2011 :

La gauche a épousé les thèses du grand patronat avec ce discours irresponsable où il faudrait régulariser tous les sans-papiers, elle prône l’immigration comme le demandent Laurence Parisot et Christine Lagarde pour une main d’œuvre à bon marché.

Non, l’immigration n’est pas une chance pour la France. C’est un mensonge entretenu depuis 30 ans. Oui c’est une chance pour le capitalisme financier, pour diviser, pour exploiter, pour généraliser l’insécurité sociale, exclure, ghettoïser des millions de familles et de jeunes français de la vie sociale et politique.

Nous serions contraints d’accepter tous ceux qui viendraient dans notre maison France. Il faut refuser cette réalité et faire en sorte que l’on combatte les dérives communautaristes […]

Aujourd’hui limiter y compris l’immigration régulière devient vital face à une situation intenable et explosive dans des centaines de villes populaires. C’est la seule manière d’endiguer le Front national en démontrant que la situation n’a rien d’inéluctable et surtout qu’il n’y a aucune raison d’accepter une fatalité du déclin démographique en France et en Europe […].

Crime impardonnable qui lui a valu des remontrances de son parti, qui brise pourtant un tabou à gauche en abordant ce problème. La question que je me suis souvent posé : pourquoi un tel climat de terreur intellectuelle s’est installé dessus? Pourquoi ce blocage psychologique? Pourquoi en démocratie s’interdire de traiter certains sujets, alors que Georges Marchais n’hésitait pas à le faire au début des années 80?

J’ai pu recenser au moins quatre raisons à cela :

-L’amalgame avec l’extrême droite : si l’immigration est le thème de prédilection du Front national, que ce dernier est un parti détestable (ce que je pense personnellement), alors il faut forcément aller dans le sens inverse… Or c’est précisément le fait d’avoir banni cette question du débat démocratique qui a rendu possible la situation politique actuelle.

-L’amalgame avec le racisme : critiquer l’immigration reviendrait à critiquer les immigrés, donc à stigmatiser certaines communautés, donc on ne peut critiquer l’immigration… Or quiconque lit l’intégralité de l’article peut voir que c’est tout l’inverse. Au contraire, on peut justement dire qu’une immigration non contrôlée provoque du racisme! Faire venir des immigrés n’ayant pas du tout la même culture en trop grand nombre va forcément créer des problèmes, tôt ou tard.

-L’internationalisme interprété comme un « sans-frontiérisme » : on peut répondre à cela en renvoyant à ce que disait Régis Debray dans « Eloge des frontières », ou encore regarder le passé, par exemple les raisons de la fondation de la première internationale en 1864 à Londres : « empêcher l’introduction en Grande-Bretagne d’ouvriers du continent venant briser les grèves ou faire tendre les salaires à la baisse. »

-L’idéologie des droits de l’homme (érigés en dogme), culpabilisante pour les pays développés, obligerait ces derniers à accueillir « toute la misère du monde ». Pourtant en relisant la Déclaration universelle de 1948, rien n’oblige des pays indépendants à devoir accueillir massivement les migrants (il y a bien les articles 13 et surtout 14 sur le droit d’asile, mais qui doivent être interprétés dans leurs contextes).

-Eventuellement une cinquième raison : l’anticolonialisme interprété comme un devoir d’accepter les immigrés des ex-colonies, mais c’est franchement l’argument le plus crétin du lot : l’ensemble des les luttes de libération nationale dans le monde durant la période 1945-1975 constitue précisément un réveil des nations opprimées souhaitant un recouvrement de leurs souverainetés, donc… de leurs frontières! Prétendre que la France n’aurait pas le droit de maîtriser les flux migratoires sous prétexte du passé colonial est un contresens total.

Remarquons au final que le tabou est également très présent chez une certaine droite*, quand le discours de cette dernière, tout en affichant une hostilité de principe à l’immigration, passe sous silence l’aspect spécifiquement capitaliste du phénomène migratoire. Preuve que l’hypocrisie (ou bien l’ignorance) est largement partagée sur l’échiquier politique!

*PS : droite au discours moralisateur qui tait la responsabilité de certains employeurs dans la venue des miséreux, comme le montre ce sketch (qui date un peu mais qui est toujours aussi croustillant et vrai…) :

Publicités
Cet article a été publié dans Actualités et politique, Economie, Immigration. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s