Larbi Chouikha, Eric Gobe – Histoire de la Tunisie depuis l’indépendance

Histoire de la Tunisie depuis l'indépendance

Au début de 2011, en chassant du pouvoir un dictateur vieillissant, la Tunisie a été propulsée sur la scène médiatique internationale. Initiateur des  » printemps arabes « , ce petit pays donnait pourtant l’image d’un régime stable, certes dirigé par un despote, mais ouvert sur l’Occident. Cependant, la question de la succession du président Ben Ali amenait certains auteurs à s’interroger sur la durabilité d’un pouvoir largement fondé sur la coercition.
Ce livre apporte des clés pour comprendre la manière dont le régime autoritaire tunisien s’est construit, puis pérennisé, et a été remis en cause. Si le système politique instauré par le président Bourguiba (1956-1987) était sous-tendu par un projet de société modernisateur, celui du président Ben Ali (1987-2011) visait à transformer le pouvoir en un instrument d’accumulation de richesses économiques au profit d’un clan familial. La rupture introduite par la  » révolution  » de 2011 a ouvert la voie à un nouveau cycle politique.

Ce livre comble un vide, assurément. La Tunisie était un pays qui manquait dans la collection Repères, alors que des pays comme le Maroc, l’Algérie, la Turquie, l’Iran ou encore la Russie avaient chacun eu droit à de remarquables synthèses. Celui-ci retrace brièvement le protectorat français et la lutte pour l’indépendance, puis détaille efficacement la construction de l’Etat tunisien, autoritaire, et l’évolution de la société. La place accordée à chaque période m’avait un peu surpris (28 pages pour les années Bourguiba, 37 pour Ben Ali et 20 pour la période post-révolution 2011-2014) mais finalement le sujet est bien traité.

On apprend beaucoup de choses : sur le conflit entre Habib Bourguiba et Salah Ben Youssef (ce dernier sera finalement assassiné à Francfort en 1961) « matrice du régime autoritaire de la Tunisie indépendante« , sur le syndicat UGTT tiraillé entre son rôle d’opposant historique et de relais du pouvoir, sur la place de l’islam, sur l’opposition au régime (d’extrême-gauche, libérale ou bien islamiste), sur l’évolution des politiques économiques, sur les disparités régionales, sur les attentats terroristes etc.

Bourguiba sera déposé par son premier ministre Ben Ali le 7 novembre 1987 au cours d’un « coup d’Etat médical ». Ce dernier commencera son règne par un espoir de libéralisation du régime, rapidement déçu. L’anti-islamisme, avec la bipolarisation de la scène politique entre lui et Ennahdha sera un alibi très commode pour justifier sa dictature. Elle sera marquée par un « capitalisme des copains » avec une corruption très présente, une mainmise du RCD, l’ancien parti unique renommé, étouffante.

Sa politique de massification de l’enseignement supérieur aura une conséquence paradoxale : plus les Tunisiens seront diplômés, plus leur taux de chômage sera élevé! Cette désillusion sera une des causes de la révolution de 2011, dont des signes précurseurs existaient dès 2008 avec les évènements de Gafsa.

Un livre que je conseille, comportant de nombreuses précisions très intéressantes pour comprendre l’actualité.

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