[Complément] Une citation du livre « Le piège Daech »

Depuis 2011, confronté au soulèvement populaire, Assad choisit la politique du pire et joue la carte d’une confessionnalisation à outrance du conflit, qui révèle une convergence perverse du régime d’Assad avec les objectifs des forces djihadistes surgies à ce moment. Dans une volonté délibérée d’affaiblir les tendances les plus laïques et les plus pacifiques au sein de l’opposition, les autorités syriennes libèrent en 2011 des centaines de prisonniers salafistes-djihadistes qui partent rejoindre leurs frères d’armes sur les divers fronts de l’insurrection. Le régime prend également soin de bombarder prioritairement les positions et les unités de l’Armée syrienne libre (ASL), la principale force armée opposée au régime au début de la guerre civile, constituée d’anciens officiers de l’armée syrienne, pétris de nationalisme arabe et luttant pour la démocratie. Il laisse ainsi s’étendre le territoire contrôlé par les milices salafistes. Ce faisant, Assad transmet un message destiné tout à la fois aux Occidentaux et à sa propre population, en particulier à une bourgeoisie sunnite qui oscille entre loyauté craintive et velléités dissidentes : moi ou le chaos ! Mais, avec le morcellement croissant du territoire syrien, le chaos prospère de toutes les façons et c’est dans ce contexte de violence structurelle, de délitement institutionnel et de fragmentation territoriale que l’Etat islamique est venu s’insérer et a consolidé son emprise dans presque tout le nord-est du pays.

Citation tirée du livre de Pierre-Jean Luizard « Le piège Daech », chapitre 4.

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Ce passage m’avait laissé un sentiment mitigé. Même s’il est difficile de nier que le régime d’Assad a fait preuve d’un cynisme total, je ne partageais pas cette idéalisation de l’Armée syrienne libre, sur laquelle d’ailleurs beaucoup de médias occidentaux se sont enflammés… Cela ne fait aucun doute qu’elle comporte nombre d’opposants démocrates sincères, mais dans le cadre d’un pays comme la Syrie qui précisément n’est pas un Etat-nation, il est impossible de savoir ce qui serait arrivé en cas de victoire de ces « rebelles modérés ». Quand on voit l’état de la Libye aujourd’hui on ne peut être que sceptique!

Rony Brauman l’avait dit très justement : la démocratie, c’est la démilitarisation de la lutte pour le pouvoir!

Personnellement je suis loin de croire au mythe de la dictature arabe maintenant l’ordre et se présentant comme un rempart contre l’islamisme radical. Déjà en 1990 Gilles Perrault le dénonçait pour le Maroc dans « Notre ami le roi », de même que de nombreux auteurs s’attaquant à la junte algérienne (l’ouvrage le plus célèbre étant probablement « Françalgérie, crimes et mensonges d’Etats »). Pour autant je crois encore moins au mythe du droit d’ingérence, très difficile à prendre au sérieux si on a un minimum de culture historique…

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