Scarface (film, 1983)

Scarface

Est-il besoin de présenter ce film célébrissime, son personnage principal Tony Montana incarné par Al Pacino, connu pour sa vulgarité, sa violence et son ascension sociale phénoménale? J’en parle car je l’ai revu dernièrement en version originale, constatant que certains dialogues marquants de la version française différaient. Il est surprenant que le héros soit un modèle pour les caïds de banlieue – la morale du film étant surtout que l’argent ne fait pas le bonheur, que tout ne peut pas être acheté, que le rêve américain et le capitalisme de consommation sont, en grande partie, des chimères. Pourtant visiblement beaucoup l’interprètent au premier degré (ainsi dans le Gomorra de Matteo Garrone on voit deux mafieux novices rejouer les scènes de l’oeuvre de Brian De Palma ; pour les dealers dans l’hexagone lire cet article de 2004).

En fait cette histoire est géniale car elle a quelque chose d’universel et d’intemporel. Le fait que le héros se fasse passer pour une pauvre victime d’une dictature, qu’il fasse honte à toute sa communauté par son comportement criminel (les Américains d’origine cubaine en l’occurrence), qu’il n’obtienne nullement le respect de sa mère après avoir commencé à réussir (cette dernière refusant l’argent sale et préférant un travail honnête et dur), qu’il pense tout obtenir en étant richissime, y compris d’être protégé de la justice en ayant le meilleur avocat de Miami….

En quelque sorte elle symbolise les années Reagan, l’abondance consumériste jusqu’au plus ridicule, à l’opposé des économies de pénurie des pays communistes. Le blanchiment d’argent (lire cette brochure extrêmement intéressante) s’il n’est pas traité en profondeur est toutefois abordé : que deviendrait la finance mondiale sans l’argent sale? Le trafic de drogues, en fin de compte, est-il la face sombre de l’économie de marché ou bien le stade suprême du capitalisme?*

Une scène de fin m’avait personnellement beaucoup marqué : malgré son caractère violent, ses multiples meurtres accomplis de sang-froid, Montana refuse de tuer un homme si cela entraîne également la mort de la femme et des enfants de ce dernier. Le scénariste, Oliver Stone, a-t-il lu « Les Justes » d’Albert Camus? La ressemblance entre les deux passages sur les attentats à la bombe est troublante, même si le contexte est très différent (révolutionnaire et terroriste pour la pièce de théâtre et simple crime mafieux pour le film).

Un film à voir et à revoir, sorti à peine trois ans après l’exode de Mariel relaté au début.

——

*PS : sur ce point le petit documentaire sur les relations qu’entretiennent les Américains avec ce narco-Etat qu’est la Bolivie, en achetant massivement de la cocaïne, partie intégrante du produit national brut de ce pays, est très intéressant.

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