Park Kun-woong – Fleur

Park - Fleur

Les quelques films sur la guerre de Corée (1950-1953) que j’ai vus allaient généralement dans le même sens, on discernait facilement le camp du bien et celui du mal, guerre froide aidant. C’est l’opinion la plus répandue, le régime stalinien monstrueux installé au nord semble faire taire toute critique à cette dernière. Pourtant… il faut savoir que la Corée d’après-guerre est dans une situation similaire à la Grèce au sortir de l’occupation, où les résistants communistes, qui avaient une grande popularité, ont été durement réprimés. Frères de sang apportait une nuance importante au manichéisme habituel en montrant la brutalité du régime sud-coréen lors de la reconquête des régions perdues.

Dans ce manhwa (nom donné à la bande dessinée en Corée) Park Kun-woong donne donc le point de vue des partisans communistes. Après avoir lu « Massacre au pont de No Gun Ri » qui m’avait beaucoup marqué j’avais décidé de m’intéresser un peu plus à son oeuvre. Autant dire tout de suite que cette dernière est engagée. Les guérilleros communistes ont le beau rôle, seuls les sudistes commettent des massacres semble-t-il, se croyant tout permis dans leur lutte contre les « rouges ». Propagande? Militantisme de l’auteur? Sans doute, mais cela se base sur des faits, les exemples de tueries massives ne manquent pas (exemple du massacre de Geochang). Et les exactions de certains soldats américains ne sont pas moins immondes…

Le souvenir de la résistance à l’occupation (japonaise ici) est très fort, cette dernière abordée dans le premier tome (muet, contrairement aux deux suivants) ayant traumatisé le peuple coréen. L’espoir d’un monde meilleur à la libération avec une révolution communiste est très présent, beaucoup croient sincèrement à cette idéologie. On regrettera que les dates des faits ne soient pas précisées davantage, même si on suppose que les tomes 2 et 3 se déroulent durant l’offensive nordiste de 1950, où durant le même moment de nombreux soldats sudistes sont mobilisés contre la guérilla communiste. Heureusement les préfaces permettent d’y voir plus clair.

Comme je le disais nous avons là une oeuvre partiale du point de vue historique. Mais quelle oeuvre du point de vue artistique! Magnifique, poétique, sublime, tant au niveau graphique que narratif. Difficile de trouver les mots. Plusieurs années de travail ont été nécessaires, le résultat est là.

Précisons une dernière chose : la Corée du Sud, si elle a échappé au régime stalinien du Nord a tout de même vécu sous une dictature répressive qui a laissé un grand ressentiment dans une partie de la population, et la transition démocratique est relativement récente. Cette histoire montre bien ce qui a été refoulé de la mémoire collective pendant des décennies. Le parti pris est donc excusable au final.

On peut lire l’interview de l’auteur ici : http://bd.casterman.com/articles_detail.cfm?id=191

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