[Parenthèse] : à propos d’un amalgame idiot sur la Yougoslavie

Décidément toujours focalisé sur l’histoire de la Yougoslavie, je repensais à un amalgame bien stupide entretenu par une certaine presse qui traitait de cette guerre civile : celui des Serbes qui ont été assimilés au Front national, l’extrême-droite française en général. Fabrice Garniron le cite brièvement quand il retrace la position du journal Le Monde (je n’ai pas encore lu son livre malheureusement). Forcément si on a besoin d’un « grand méchant », on fait l’amalgame avec d’autres grands méchants. Slobodan Milosevic, c’était Jean-Marie Le Pen! Toujours cette version Walt Disney de l’Histoire…

Or cette confusion est plus qu’étonnante si on regarde de plus près. Si en 1999 lors de la guerre du Kosovo ce qu’on appelle « l’extrême-droite » en France était clairement du côté serbe, en revanche c’était loin d’être le cas lors de la première phase de ces conflits de sécession en 1991-1995. Et pour cause : une partie de l’extrême-droite soutenait… les Croates, car assimilés à des catholiques se battant contre un régime communiste!

Revenons un peu en arrière. Je m’étais donc posé la question : quelle était la position du Front national lors des guerres de Yougoslavie? J’ai cherché dans les livres récents de Valérie Igounet (« Le Front national de 1972 à nos jours ») de Dominique Albertini et David Doucet (« Histoire du Front national »), et je n’ai trouvé aucune réponse, la Yougoslavie est tout simplement absente. Je me suis donc contenté des sources trouvées sur internet. Il s’avère que le parti alternait entre isolationnisme (ce qui était la position de Jean-Marie Le Pen) et engagement pro-croate par solidarité catholique, point de vue de Bernard Antony. La revue REFLEXes avait ainsi publié en octobre 1993 un article sur les volontaires étrangers engagés aux côtés des nationalistes croates, le FN s’y trouve au dernier paragraphe.

Milosevic lui-même, répétons-le, est sorti du sérail communiste, sa femme enseignait le marxisme à l’Université de Belgrade. On est donc loin, très loin de Jean-Marie Le Pen! Dans les années 90 l’ancien parti unique change de nom, à l’image de ce qui se passe dans de nombreux régimes communistes de l’ancien bloc de l’est où des politiciens opportunistes retournaient leur veste en devenant libéraux, nationalistes ou sociaux-démocrates. Sur ce point Milosevic n’était pas foncièrement différent d’un Boris Eltsine.

Que dire de la biographie d’Ante Gotovina qui avait commandé l’opération Tempête en août 1995, ce dernier ayant la double nationalité franco-croate, ancien de la légion étrangère et… garde du corps de Jean-Marie Le Pen?

Un dernier exemple : Robert Ménard, maire de Béziers qui a fait beaucoup parler de lui ces derniers mois, aurait dans son entourage un mercenaire qui aurait combattu dans la légion noire croate, André-Yves Beck (lien).

Un ensemble de faits qui montre une totale méconnaissance, confusion et amnésie chez les bien-pensants antiserbes!

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