Gaïdz Minassian – Zones grises

Gaidz Minassian - Zones grises

Quand les Etats perdent le contrôle

Elles se répandent partout sur la planète, déstabilisent et bousculent les forces en présence, cristallisent des défauts d’intégration sociale et réveillent les tambours de la guerre. On les appelle « zones grises ». Espaces dérégulés, zones de non-droit ou contrôlées par les mafias, territoires à l’abandon ou dont les pouvoirs publics ont démissionné, les zones grises sont situées quelque part à la lisière du légal et de l’illégal, du palpable et de l’imaginaire, de l’immédiat et du lointain.

Qu’elles portent les germes de la guerre, ou qu’elles revendiquent la légalité et la légitimité, les zones grises semblent annoncer le chaos. Pourtant elles interrogent aussi, à juste titre, notre conception de l’Etat, les critères de l’autorité légitime et le système international tel qu’il est organisé. Les Etats seraient-ils responsables de leur prolifération ?
Autant de problématiques abordées dans ce livre qui, pour la première fois, croise une réflexion approfondie sur la notion même de zone grise et des analyses de cas concrets et contemporains, depuis la zone contrôlée par les FARC en Colombie jusqu’à nos banlieues françaises.

Voici un sujet passionnant et très actuel analysé ici par un enseignant, journaliste et chercheur docteur en sciences politiques. Les zones grises font partie des plus grands dangers de l’époque contemporaine. L’auteur s’attaque aux idées reçues sur le phénomène, énumère ses causes, définit le concept de façon scientifique mais claire et passe en revue de nombreuses régions du monde : l’Amérique latine avec le cas des maras (gangs ultraviolents) ou encore la Colombie, le Haut-Karabagh, région disputée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, la Somalie, Gaza, la mer de Chine et enfin le Pakistan avec les zones tribales frontalières de l’Afghanistan.

Néanmoins tout en dressant un portrait inquiétant et réaliste du phénomène je suis resté sceptique sur certains points. Par exemple sur le drame des migrants en Méditerranée (le livre a été publié en septembre 2011) l’auteur préconise un autre regard sur les flux migratoires et plus d’ouverture (p.74-75). Avoir une vision globale sur l’immigration est bien sûr nécessaire, mais sachant que les migrants paient les passeurs très cher il y a de quoi être dubitatif quand on parle d’une immigration illégale qui serait une conséquence de la pauvreté. De plus est-ce qu’une politique trop laxiste en la matière ne va pas entraîner une violente xénophobie des populations européennes, considérant qu’elles sont saturées?

Concernant la criminalité, en France ou ailleurs, là encore je n’ai été qu’à moitié convaincu. L’auteur semble sous-estimer le facteur culturel faisant que certaines communautés ont des pourcentages de criminalité plus forts que d’autres. Le cas du sud de l’Italie est assez parlant (d’ailleurs cité dans l’ouvrage) : pour s’attaquer sérieusement aux mafias c’est une tradition ancestrale qu’il faudrait anéantir… Que les Etats aient leur part de responsabilité, qu’ils doivent prendre en charge leurs populations, c’est une évidence, mais cela n’explique pas tout. Le chapitre consacré à la France (p.76-93) m’a ainsi laissé une impression mitigée, avec une analyse rigoureuse de ses problèmes mais des solutions proposées moyennement pertinentes.

Ce livre d’environ deux cents pages n’en est pas moins excellent dans l’ensemble, essentiel pour qui étudie le sujet, malgré ses quelques lacunes.

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Cet article a été publié dans Actualités et politique, Criminalité, Economie, Histoire - Autres, Immigration, Lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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