Farid Ameur – La guerre de sécession

Farid Ameur - La guerre de sécession

En 1861, la guerre civile éclate aux États-Unis. La jeune nation américaine, puissance en devenir, ne parvient plus à contenir les antagonismes qui opposent les États du Nord, industriels, antiesclavagistes et fidèles à l’autorité fédérale, à ceux du Sud, agricoles, esclavagistes et attachés aux droits des États.
L’ouvrage retrace l’histoire de ces quatre années de luttes fratricides et meurtrières (620 000 morts) au terme desquelles les Nordistes rétablissent l’Union et donnent au pacte fédéral son caractère indestructible. Il fait la synthèse des débats historiographiques les plus récents sur cet épisode tragique de l’histoire des États-Unis, gravé dans la mémoire collective des Américains.

Voici un document synthétique que j’ai dévoré, de la part d’un connaisseur dont j’avais déjà lu certains articles. J’ai apprécié qu’il se soit abstenu de tenir un discours moralisateur ou de sombrer dans un quelconque manichéisme, se contentant d’accomplir son travail d’historien. Il retrace les origines du conflit, remontant à l’indépendance des anciennes colonies suivie de son énorme croissance territoriale, démographique et économique ainsi que ses progrès technologiques, ou encore la fragilité de cette jeune nation : « De façon de plus en plus éclatante, les Américains s’identifient par rapport à leur ville, leur comté, leur Etat ou au mieux, leur « section » d’origine (Nord, Sud, Ouest). Le sentiment national est encore embryonnaire. Aussi bien dans les coeurs que dans les esprits, on est par exemple orléanais, louisianais et sudiste avant d’être américain. C’est le signe que l’unité est fragile et que l’opposition congénitale entre le Nord et le Sud reste à craindre. » (p.11).

Outre les nombreuses contradictions et ambiguïtés du pays, les tensions entre Etats ne partageant pas les mêmes intérêts ont déjà eu lieu au cours de la première moitié du XIXème siècle (le Nord industriel était ainsi protectionniste quand le Sud était favorable au libre-échange). L’esclavage, surnommé « l’institution particulière », imprègne toute la société sudiste : il est ainsi paradoxalement soutenu par les « pauvres Blancs » du Sud qui, bien que ne possédant pas d’esclaves, se raccrochent au privilège que leur confère la couleur de leur peau, étant inquiets du moindre changement. Longtemps le compromis était recherché entre esclavagistes et abolitionnistes, mais au fur et à mesure les deux positions sont devenues irréconciliables, les tensions ne cessent de monter au cours de la décennie 1850-1860. L’extension vers l’Ouest, notamment à l’issue de la guerre contre le Mexique de 1846-1848, a aussi été un facteur déterminant : la culture du coton épuisant les sols, de nouvelles terres étaient sans cesse nécessaires.

L’élection de Lincoln en 1860 (sa victoire rendue possible par les divisions du parti démocrate) met le feu aux poudres, la sécession et la formation des Etats confédérés se font au nom des idéaux des insurgés de 1776, alors que même si les Nordistes sont divisés sur la question de la guerre et de l’abolition de l’esclavage, ils peuvent difficilement accepter la séparation des Etats rebelles. La canonnade de Fort Sumter en avril 1861 est considérée comme l’ouverture du conflit. Une ferveur patriotique s’installe de part et d’autre.

Quand la guerre civile éclate, c’est une véritable déchirure. Certaines familles se divisent : « Huit des treize frères et soeurs de l’épouse du président Lincoln, native du Kentucky, prennent fait et cause pour la Confédération. Varina Davis, l’autre première dame, connaît une déchirure familiale analogue. Le sénateur du Kentucky John Crittenden voit deux de ses fils, promus généraux, s’engager dans chacune des deux armées. » (p.49).

La disproportion des moyens donne un net avantage au Nord, que ce soit en matière de démographie, de ressources, d’économie ou de technologies, alors que les Etats du Sud « paraissent condamnés à plus ou moins brève échéance. En effet, leur handicap de départ est si grand que les historiens se demandent aujourd’hui encore comment la résistance a pu ainsi se prolonger pendant quatre longues années. » (p.51).

Les rebelles compensent cette faiblesse par leurs qualités militaires, car ils sont accoutumés à la vie en plein air, à l’exercice des armes à feu et aux longues chevauchées, et la conviction de défendre leur propre sol agit comme un stimulant. Les Confédérés comptent en plus dans leurs rangs la fine fleur des anciens officiers de l’armée régulière des Etats-Unis.

Le théâtre des opérations est immense, on distingue trois zones d’affrontement : l’Est, entre Richmond et Washington, les capitales respectives des deux Etats à peine distantes de 150 km, où les combats seront acharnés, surtout en Virginie où le général Robert Lee infligera de nombreux revers à l’Union ; l’Ouest, véritable point faible des Confédérés qui ne cesseront de reculer ; enfin le dernier front est constitué par le blocus naval du « plan Anaconda » pour étouffer le Sud.

Au début des hostilités l’armée régulière comptait à peine 16 000 hommes peu exercés en 1861, disséminés sur l’ensemble du territoire (!), ce qui s’explique par la méfiance des Américains à l’égard de cette institution. Les deux camps doivent ainsi tout improviser, alors que les recrues qui affluent massivement s’attendent à un dénouement rapide…

On commence alors une guerre d’anéantissement qui va laisser de nombreuses blessures, coûtant la vie à 360 000 Nordistes et 260 000 Sudistes. Toutefois l’auteur précise que sur ce total environ 400 000 ont succombé dans les hôpitaux et les prisons, du fait de la dysenterie, de la fièvre typhoïde, la pneumonie et la malaria. [17/04/2015] Précisons que cette estimation de 620 000 morts a été revue à la hausse par des études modernes, le bilan humain se situant environ à 750 000 morts d’après J. David Hacker.

Au final, un Que sais-je? captivant, à découvrir pour mieux comprendre les Etats-Unis.

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