Jürgen Elsässer – Comment le Djihad est arrivé en Europe

Jürgen Elsässer - Comment le Djihad est arrivé en Europe Voici un ouvrage d’investigation exemplaire. Prenant à contre-pied la clameur générale, Jürgen Elsässer a patiemment remonté la piste des kamikazes du 11 septembre. Ce qui l’a mené tout droit en Bosnie, véritable tête de pont de l’activisme islamiste en Europe et en Occident. Avant de s’attaquer aux populations de l’Occident, les moudjahiddin ont été recrutés, formés, entraînés par les services secrets occidentaux. Sur cette collusion, la  » guerre contre le terrorisme  » proclamée à grand fracas par Washington au début des années 2000, a jeté un voile de ténèbres et de mutisme. Passionnant comme un roman d’espionnage, ce livre éclaire les souterrains de la politique mondiale et fait parler le silence. De New York à Istanbul, de Berlin à Tora-Bora, il nous entraîne à la découverte du plus équivoque des réseaux. Composant, au fil de son récit, le tableau d’une guerre occulte où les distinctions communes – Occident/Islam, amis/ennemis, terrorisme/pacification – perdent leur sens.

Jürgen Elsässer est un journaliste allemand d’investigation. Ce livre est une référence pour qui s’intéresse au sujet, montrant comment certains services de renseignement occidentaux ont alimenté le terrorisme islamiste en armant des mercenaires dans les Balkans. Ils ne sont pas les seuls responsables puisque de nombreux pays musulmans ont participé à cette entreprise d’aide aux forces bosniaques : l’Iran, la Turquie, l’Arabie saoudite, le Soudan etc… dans des alliances objectives surprenantes. Les Etats-Unis et l’Iran ont ainsi coopéré alors même que les relations entre les deux pays étaient très tendues, répétant ainsi l’affaire Irangate (ou Iran-Contra) de la période Reagan. Cette aide au fondamentalisme de la part des Américains s’inscrit aussi dans la continuité du programme afghan des années 80. Comme l’auteur le remarque très justement, si la guerre d’Afghanistan contre les Soviétiques est reconnue pour avoir été une étape décisive dans la formation du terrorisme islamiste, l’étape des Balkans est au contraire largement sous-estimée. Le silence assourdissant sur l’islamisme d’Alija Izetbegović et de son parti, le SDA, a été une des plus grandes falsifications des trente dernières années…

Ce qui parait encore plus incroyable c’est que tout ce qui est écrit ici se retrouve actuellement en Syrie, avec l’angélisation d’un camp d’une guerre civile alors qu’en vérité ce dernier est extrémiste et fanatique, la formation de futurs terroristes par la livraison d’armes, l’internationale djihadiste, l’horreur des décapitations… Avec la firme MPRI on assiste également à un début de privatisation de la guerre, ce qu’on retrouvera en Irak avec les Sociétés Militaires Privées.

Donc nous avons là un livre remarquable, accusé d’être « conspirationniste » par quelques détracteurs mais je n’ai pas tellement lu de contre-arguments. On peut toutefois lui faire quelques reproches, notamment l’idéalisation de la Yougoslavie de Tito, alors que par exemple le général de Gaulle avait prévu son effondrement tôt ou tard ; une certaine méconnaissance des sociétés musulmanes (dont pour beaucoup le concept de nation se confond avec celui d’oumma) ; la guerre civile algérienne citée mais qui n’est pas très connue non plus : le GIA fut aux services de renseignements algériens (Sécurité Militaire/DRS) ce que les Talibans furent à l’ISI pakistanais, c’est à dire un terrorisme islamiste monstrueux et… largement utile au régime en place. D’après Robert Fisk les services secrets algériens infiltraient déjà les moudjahidines partis combattre en Afghanistan dans les années 80 afin d’aider les forces soviétiques, il n’est donc pas impossible que le DRS ait agi de même avec ceux partis en Bosnie (hypothèse très personnelle je précise).

Ce travail est préfacé dans la traduction française par un ancien ministre de l’intérieur, Jean-Pierre Chevènement (lire la préface sur le site de ce dernier). L’introduction de l’auteur est téléchargeable à cette adresse.

A lire aussi : l’entretien avec la journaliste Silvia Cattori.

La video de présentation de Slobodan Despot, directeur des éditions Xenia :

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PS [03/05/2015] : l’auteur rapporte qu’avec l’attentat de 1993 contre le World Trade Center, les Serbes qui n’y étaient pour rien ont tout de suite été accusés, vu qu’ils jouaient malgré eux le rôle des grands méchants (p.60). Or il se trouve qu’il s’est passé la même chose avec les attentats de Paris de 1995 (lire l’article d’époque de Libération). Notre cécité est incroyable!

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Cet article a été publié dans Actualités et politique, Histoire - Autres, Histoire de France, Histoire de l'Afghanistan, Histoire de l'Algérie, Histoire de l'ex-Yougoslavie, Histoire de l'Irak, Histoire de l'Iran, Histoire de la Russie, Histoire de la Turquie, Histoire des Etats-Unis, Islamisme, Lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

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