Harrison’s flowers (film, 2001)

Harrison's flowers

Octobre 1991. Harrison Lloyd, grand reporter photographe à « Newsweek », est envoyé en Yougoslavie pour couvrir les débuts d’un conflit jugé mineur. Quelques jours plus tard, il est porté disparu. Certaine qu’il n’est pas mort, sa femme Sarah part le chercher, au moment où le conflit entre dans sa phase la plus violente.

Malgré son titre, son scénario, les acteurs et la langue utilisée, il s’agit bien d’un film français, réalisé par Elie Chouraqui. Nous avons ici deux thèmes pour une seule oeuvre : celui des journalistes tués en temps de guerre d’une part, celui du début des guerres de Yougoslavie d’autre part, ici en 1991 en Croatie avec la chute de la ville de Vukovar, après une bataille acharnée. C’est un sujet sur lequel il y a beaucoup de choses à dire, le film est en plus bien réalisé. Le début rappelle à juste titre que la région est très mal comprise dans les pays occidentaux, le conflit est vu au départ comme de simples affrontements ethniques et non comme une véritable guerre.

Tout commençait bien et annonçait le meilleur pour la suite sauf que… tout dérape après trois quarts d’heure, quand l’héroïne débarque en Croatie. A peine arrivée, sa voiture est prise pour cible, le passager croate est assassiné froidement et elle manque de peu de se faire violer par un milicien serbe. Certes on entend un journal télévisé parler des exactions commises tant par les Serbes « Tchetniks » que les Croates « Oustachis ». Plus loin encore un journaliste affirme qu’il n’y a ni bons, ni méchants. Pourtant durant tout le film c’est la légende noire des Serbes qui nous est servie, toutes sortes d’horreurs sont montrées au spectateur, sans aucun recul. Au contraire on ne voit rien des exactions des miliciens croates, qui ont pourtant également pratiqué le « nettoyage ethnique ».

Il est certes indéniable que des crimes de guerre très graves ont été commis (le massacre des blessés de l’hôpital, parmi lesquels un Français,), mais il est aussi incontestable qu’il y a eu une énorme campagne d’intoxication, relayée par les agences d’information, visant à convaincre l’opinion publique de la nécessité d’une intervention militaire étrangère. La désinformation a été très efficace : le peuple serbe tout entier a été traîné dans la boue.

Jacques Merlino, rédacteur en chef adjoint de France 2, dénonçait déjà dans un livre paru en 1993 « Les vérités yougoslaves ne sont pas toutes bonnes à dire », ce traitement médiatique simpliste, voire mensonger. A partir d’un certain nombre de crimes avérés, les médias ont multiplié les chiffres et systématisé les faits. Les informations ont circulé, abreuvé les rédactions, mais sans avoir été confirmées. Sur les viols systématiques et massifs, il concluait : « Comment peut-on sur un sujet d’une telle gravité transformer en certitude ce qui apparaît être une rumeur non vérifiée? » (p.62). Le précédent de Timisoara aurait du inciter à la plus grande prudence, pourtant force est de constater que la leçon n’a toujours pas été retenue.

Un autre exemple révélateur : la bataille de Vukovar aurait fait 15 000 morts nous annonce-t-on à la fin. N’importe qui peut aujourd’hui vérifier que ce bilan est très largement exagéré. Les pertes humaines montrent qu’il s’agissait en Croatie bien davantage d’un conflit de basse intensité qu’une guerre totale. Aujourd’hui encore il n’est pas rare de lire des auteurs qui ont gonflé les chiffres.

Une fois de plus l’émotion a paralysé toute réflexion. La question que je me suis posé après l’avoir vu est plutôt : si on savait que la proclamation de l’indépendance de la Croatie avait jeté de l’huile sur le feu et provoqué un bain de sang, pourquoi la communauté internationale (pour peu que cette expression ait un sens) a répété la même erreur avec la Bosnie, en avril 1992, alors que la population était beaucoup plus mélangée?

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