Aurélien Ducoudray, Anlor – Amère Russie

Amère Russie

Les Amazones de Bassaïev

« Tiens une bande dessinée sur la guerre de Tchétchénie, est-ce que ça va être de la propagande anti-russe primaire? » me suis-je demandé à la médiathèque de mon village. La réponse est malheureusement plutôt positive, même si du point de vue artistique le travail n’est pas mauvais. D’abord les auteurs n’ont pas précisé de quelle guerre il s’agissait : la première (1994-1996) ou la seconde à partir de 1999? La quatrième de couverture parle du milieu des années 90, ce qui contredit certains indices comme la présence de DVD, du film Chat noir, chat blanc de Kusturica (sorti en 1998) ou encore le fait que Poutine soit cité. Le sujet traite donc de la deuxième guerre, à travers le destin d’une mère russe cherchant son fils disparu lors de son service militaire, prisonnier du chef de guerre tchétchène Chamil Bassaïev.

Je passe le fait que précisément les années Poutine sont marquées par le retour de l’Etat fort et un redressement économique spectaculaire (le PIB/habitant a plus que décuplé depuis qu’il dirige le pays), se distinguant des années Eltsine où les Russes luttaient pour survivre, à l’image de l’héroïne… Les violations des droits de l’homme par les forces armées russes ont été massives lors des deux guerres, voilà qui est difficile à nier ; cela dit beaucoup en Occident ont eu trop tendance à angéliser les nationalistes tchétchènes. Chamil Bassaïev précisément peut être qualifié de terroriste cruel, menant des attentats sanglants en dehors de la Tchétchénie, en plein territoire russe. Et la reconquête russe a tout de même été précédée d’une invasion du Daghestan voisin en août 1999 par des islamistes radicaux, ce qui n’est pas précisé ici.

Les violences inter-tchétchènes extrêmement fortes sont également passées sous silence, la « pacification » a d’ailleurs été sous-traitée aux troupes de Kadyrov (père et fils) durant les années 2000. Et la période de quasi-indépendance entre les deux guerre en 1996-1999 a été marquée par le chaos et les luttes internes, signe qui ne trompe pas.

Ce premier tome, loin d’être mauvais je le répète tant pour le scénario que le dessin, est complété par un petit dossier historique à la fin. Mais le publier dans un contexte de tension avec la Russie, était-ce judicieux? Souvent quand un pays semble agressif c’est précisément parce qu’il se sent menacé. Les dirigeants russes ont dû craindre que si la Tchétchénie se séparait c’est toute la fédération russe qui se déliterait. A l’heure actuelle sur le conflit ukrainien j’estime personnellement que c’est la Russie qui a été agressée en premier, et donc que le conflit dans le Donbass n’est que la conséquence d’une provocation à l’encontre de Poutine.

Publicités
Cet article a été publié dans Actualités et politique, Histoire de la Russie, Lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s