La vie est un miracle (film, 2004)

La vie est un miracle

Parler de la guerre de Bosnie en donnant un point de vue pro-serbe, c’est s’exposer forcément aux critiques. Pourtant Emir Kusturica l’a fait admirablement. Plusieurs années avant le navet insupportable d’Angelina Jolie, le réalisateur franco-serbe mettait déjà en scène une histoire d’amour improbable entre un Serbe et une Bosniaque, dans le contexte tragique de la guerre. La grande différence n’est pas tant l’opinion du réalisateur, mais avant tout le fait que ce dernier a du talent.

L’histoire : Luka, ingénieur serbe, travaille sur un chemin de fer reliant la Serbie et la Bosnie. Mais il ne prête pas attention au contexte politique tendu. Il voit son fils Milos mobilisé lorsque la guerre éclate. Ce dernier est fait prisonnier ; pour le récupérer il doit loger une prisonnière bosniaque (« musulmane » dans le vocabulaire d’époque), Sabaha, contre qui il pourra l’échanger.

Kusturica est un homme en colère : contre le démantèlement de son pays, contre la diabolisation des serbes, contre l’OTAN, contre la presse occidentale. La maison de ses parents à Sarajevo a été saccagée, ce qu’on retrouve ici dans le film lorsque la famille du personnage principal rentre après avoir du fuir lorsque l’armée bosniaque avançait. La désinformation des médias occidentaux est également tournée en ridicule. Une chaîne de télévision anglophone, probablement américaine, présente ainsi les Serbes comme les agresseurs contre un peuple se battant pour son indépendance (on rappellera que les Bosniaques n’étaient que 45 % dans la Bosnie en 1991 et que les Serbes voulaient simplement rester dans l’Etat yougoslave – mais surtout on peut se demander si cette indépendance tant du point de vue de la constitution yougoslave que du droit international était légale!). Luka entendant ça, il détruit sa télévision. On retrouvera la même journaliste à la fin du film, présentant le père et son fils (après l’échange de prisonnier), tous les deux serbes, comme des… Bosniaques maltraités par les Serbes!

Toutefois le scénario ne tait pas les exactions serbes : Sabaha raconte ainsi comment elle a été capturée (on a tué le chauffeur et le médecin de l’ambulance où elle se trouvait). Les « patriotes » serbes s’avèrent être des mafieux cocaïnomanes…

Un film à voir même s’il n’atteint pas la folie de son génial Underground. En tout cas il m’a donné envie de lire le roman d’Ivo Andrić « Le pont sur la Drina », conseillé par le réalisateur dans les bonus du DVD.

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Pour mieux comprendre le conflit :

-« Europe, ma ville flambe!« , article publié dans le Monde au tout début du conflit

-« Le droit du plus fort« , article publié en juillet 1993 par Yves Cuau dans l’Express

-Une video toute récente de Slobodan Despot, pour faire le lien avec l’actualité, vu que la Bosnie a été une véritable usine à terroristes islamistes (la France avait été touchée par le gang de Roubaix à titre d’exemple).

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