André Farkas – Budapest 1956

André Farkas - Budapest 1956

La tragédie telle que je l’ai vue et vécue

« J’ai entendu les premiers coups de feu près de la maison de la radio de Budapest. Ils ont claqué en début de soirée, vers huit heures, déchirant l’humidité froide de cette nuit précoce du 23 octobre 1956. Comment pourrais-je oublier cette journée ? Les tireurs étaient en uniforme, et ce furent des civils qui ripostèrent. Une révolution naissait sous mes yeux. J’ai rejoint en courant mon bureau de rédacteur de politique étrangère à Budapest Soir, en plein centre-ville, croisant en chemin des groupes de jeunes gens, fusil en bandoulière. Pour qui avait été élevé au marxisme-léninisme, le constat s’imposait : c’était le peuple de Budapest, étudiants, ouvriers, employés, militaires, qui se soulevait contre la dictature hongroise sous tutelle soviétique. Et Budapest, à cet instant, devenait le centre du monde. Les chars russes qui, après douze jours d’espoir irréel, sont venus nous écraser, je les ai vus aussi. J’avais vingt-deux ans. C’était hier. Je me souviens de tout. »

Livre que j’ai pu acheter, neuf, cinq fois moins cher que son prix normal, j’ignore la raison mais j’ai sauté sur l’occasion. Un travail important sur ces journées meurtrières, évènement majeur de la guerre froide, mélangeant témoignage personnel et investigation. Dans ce récit plusieurs protagonistes se croisent : Rákosi le stalinien qui appliquait depuis la fin de la Seconde guerre mondiale la « politique du Salami », discrédité depuis la révélation des crimes de Staline par Khrouchtchev lors du XXème congrès du Parti Communiste de l’Union Soviétique ; Imre Nagy, le réformateur, soutenu par le peuple, qui finira exécuté par le régime après la restauration soviétique ; János Kádár, celui qui rétablira la dictature et mourra peu longtemps avant la chute du rideau de fer (1989), compensant l’autoritarisme par une relative libéralisation économique (« communisme de goulash »).

La bureaucratie était remise en cause, notamment les « ávos » (membres de la police politique) détestés, mais non l’idéologie communiste, vu que c’est sous la forme de conseils ouvriers, une sorte de démocratie directe, que la révolte se matérialisera (je renvoie au conseillisme ou « communisme de conseils » pour comprendre). On sent le patriotisme hongrois très fort et le ressentiment anti-russe, le souvenir des exactions de l’armée rouge en 1944-1945 lors du siège de Budapest était toujours présent (p.201) ce qui n’a pas empêché l’auteur de devenir un militant communiste sincère. Au moment où j’écris cet article ce n’est visiblement plus d’actualité, Viktor Orbán est devenu ami avec Poutine (ce qui lui vaut d’être diabolisé dans certains de nos médias pratiquement comme le nouvel Hitler… le ridicule n’a pas de limites!).

Malgré la résistance héroïque des insurgés et les tentatives politiques de la Hongrie de s’abriter derrière la neutralité, la révolution hongroise sera écrasée ; la répression féroce, entraînant un exode de population, se poursuivra pendant plusieurs mois. Français et Britanniques étaient alors trop occupés à attaquer l’Egypte tandis que la superpuissance états-unienne ne voulait sûrement pas d’une confrontation avec l’URSS.

Publicités
Cet article a été publié dans Histoire - Autres, Histoire de la Russie, Lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s