Rachida (film, 2002)

Rachida

La guerre civile algérienne des années 90 deviendra-t-elle un sujet d’histoire à l’avenir? Si oui, il faudra expliquer ce mystère : comment se fait-il que les médias français aient été aussi indulgents à l’égard d’une dictature aussi ignoble? Transformer une guerre civile de type insurrectionnelle en violence unilatérale des insurgés : très fort! La complicité de l’hexagone avec ce régime militaro-mafieux (1) peut expliquer cela. On remarquera qu’avec la Syrie d’aujourd’hui on a le schéma exactement inverse, puisque ce sont surtout les insurgés qui bénéficient de l’indulgence médiatique, même si cette tendance s’est atténuée avec la radicalisation du conflit (2).

J’en viens à ce film réalisé par Yamina Bachir-Chouikh, vu par curiosité. Les faits rapportés correspondent aux témoignages que j’ai souvent pu lire : les attentats, les faux barrages, la guérilla nocturne, le fait que les « terroristes » soient des jeunes parmi d’autres, les enlèvements, le traumatisme causé à toute une génération par la violence (3). L’action se passe au moment de l’affaire des moines de Tibhirine, donc en 1996.

S’il reconstitue des faits réels, il est gênant quand il se tait sur les exactions des forces de l’ordre. Le mépris du régime à l’égard de la jeunesse est tout juste cité lors d’une discussion.

Il y aura-t-il un jour un film sur les milliers de disparitions forcées, pour ne citer qu’un seul exemple? On ne peut que l’espérer. (4)

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(1) Cf le monumental « Françalgérie, crimes et mensonges d’Etats », critiquable sur certains aspects mais incontournable. On notera la présence de farceurs comme BHL et Glucksmann (chapitre 28 « La campagne de neutralisation d’une enquête internationale ») fervents soutiens de la junte algérienne dans les années 90, les mêmes qui en 2012 appelaient à une intervention en Syrie. Les généraux algériens n’ont pourtant rien à envier au clan Assad en matière de cruauté. Comprenne qui pourra.

(2) Plusieurs différences de taille toutefois dans les deux conflits : la Syrie est un pays multiconfessionnel comprenant de nombreuses minorités, sa rébellion islamiste est largement soutenue par des pays étrangers (essentiellement Qatar, Arabie Saoudite et Turquie) et le conflit algérien est la conséquence de l’interruption d’un processus électoral.

(3) Violence qui est toujours présente dans le pays malgré la fin de la guerre civile : sur les routes ou encore dans les stades comme l’a révélé la mort récente du footballeur Albert Ebossé.

(4) Toutefois j’avais été agréablement surpris de voir la chaîne Arte donner la parole à Nassera Dutour, le temps d’un journal télévisé.

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