Tania Angeloff – Histoire de la société chinoise 1949-2009

Tania Angeloff - Histoire de la société chinoise

Avec plus d’un milliard trois cent trente millions d’habitants, la société chinoise fascine ou effraie. Depuis 1949, elle a connu l’arrivée des communistes au pouvoir, le maoïsme et l’ère des réformes à partir de Deng Xiaoping. À l’heure d’un libéralisme économique ouvertement capitaliste, elle vit une mutation socioéconomique accélérée, tandis qu’officiellement le régime politique reste une « dictature démocratique du peuple ».
Comment la Chine en est-elle arrivée à cette modernité?

Comment un régime autoritaire peut-il organiser et réguler l’ouverture économique et sociale? Entre ruptures et continuités, la société chinoise est ici abordée sous de multiples angles: éducation, travail, santé, appartenance ethnique, migrations, rapports hommes-femmes, jeunesse, inégalités sociales, mouvements de contestation et de résistance.

La progression chronologique permet de se repérer dans les soixante années mouvementées qu’a traversées le peuple chinois; les nombreux encadrés apportent des éclairages précis et des données récentes sur des aspects souvent méconnus de la société, au-delà des clichés sur la modernisation chinoise et ses acteurs à l’aube du XXIe siècle.

La collection Repères ne m’a pour l’instant jamais déçu ; cette synthèse, retraçant l’histoire de la Chine depuis la proclamation de la République Populaire, ne déroge pas à la règle.

De nombreux thèmes sont traités : la démographie inquiétante (582 millions d’habitants recensés entre 1953 et 1955), les transformations de la société et de la famille, l’emprise du Parti Communiste Chinois sur l’Etat et les individus, la place de la femme, les différences entre générations. Le Grand Bond en avant et la Révolution culturelle ont chacun droit à un chapitre tant ils ont marqué les esprits.

Après la mort de Mao Zedong (1976) vient l’arrivée au pouvoir de Deng Xiaoping qui libéralise l’économie et l’ouvre vers l’étranger tout en conservant un système particulièrement répressif. Si le pays se développe, la corruption et l’inflation aussi : dans la deuxième moitié des années 1980 les conflits sociaux se multiplient, la criminalité augmente et certaines minorités comme les Ouïghours et les Tibétains se soulèvent. C’est dans ce contexte que se déroulent les manifestations place Tian’anmen en 1989, soutenues par de nombreux Chinois, très durement réprimées.

Les années 90 sont marquées par une forte croissance économique et l’émergence de la société de consommation. Le régime se décentralise, ce qui produit des effets pervers : repli régional, mise en concurrence du pouvoir administratif à ses différents échelons, montée des féodalités locales et extension de la corruption. La bureaucratie locale fait alliance avec les entrepreneurs.

L’envers du décor de la croissance économique est bien traité. Les campagnes sont délaissées au profit des centres urbains, alors que la population chinoise demeure rurale à 70 %.  Le fossé se creuse entre urbains et ruraux. Une forte migration a lieu des campagnes vers les villes alors que les droits des migrants sont fragilisés, contraints d’accepter des conditions de travail extrêmement pénibles et souvent dangereuses. Le système d’emploi à vie disparait en même temps que de nombreux droits sociaux (retraite, assurance maladie, logement). En 2002 les salariés de l’Etat ne représentent plus que 29 % de la main d’oeuvre urbaine contre 73 % dix ans plus tôt. Les cadences s’accélèrent, les horaires s’allongent. Les contrats de travail se précarisent. Après 1995 de nombreux employés du secteur de l’Etat se retrouvent en retraite anticipée dès 50 ans, permettant de sous-estimer le chômage, alors que les retraités sont paupérisés. Toutefois les disparités en matière de droits sociaux sont très fortes d’une ville à l’autre, et Shanghai reste celle où le système social est le plus avantageux.

Le système de santé se détériore : dans ce contexte se développent des épidémies comme la tuberculose, l’hépatite A et B et le sida. Un autre phénomène inquiétant apparaît : la croissance du taux de suicide (343 000 en 1990). 56 % sont commis par des femmes alors que partout ailleurs les hommes se suicident davantage. Pendant ce temps la jeunesse devient beaucoup plus individualiste et se tourne vers l’étranger. Dans les familles les enfants issus de la politique de l’enfant unique deviennent de « petits empereurs », mais font l’objet de grandes exigences en contrepartie (pression scolaire très forte).

Le sixième et dernier chapitre aborde en premier la place de la femme dans la Chine moderne : les inégalités se sont creusées avec les réformes, au niveau démographique le ratio de 107 garçons pour 100 filles à la naissance ne cesse d’augmenter pour atteindre 120,5 en 2005. La société est restée machiste malgré l’idéologie communiste. La prostitution s’est beaucoup développée, alors que son éradication était une priorité de l’Etat communiste dès le début des années 1950.

Les religions, réprimées par l’Etat entre 1950 et 1978, sont à nouveau autorisées en 1982 tant qu’elles sont étiquetées « patriotiques ». Le catholicisme, le judaïsme, le bouddhisme, le taoïsme, l’islam et le protestantisme deviennent ainsi des religions légales à partir de cette date. Enfin les deux dernières décennies ont été marquées par un élan de séparatisme et de nationalisme ethnique dans les trois plus vastes régions autonomes : Tibet, Xinjiang et Mongolie intérieure. Les réformes ont principalement profité aux colons han (ethnie majoritaire en Chine). On notera que la violence venant du Xinjiang est toujours d’actualité en 2014.

Au final un livre passionnant, à conseiller pour mieux comprendre ce pays complexe. Un regret néanmoins : la pollution catastrophique et la négligence des dégâts environnementaux sont absentes…

Un compte rendu est lisible à cette adresse : http://lectures.revues.org/1008

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