L’ennemi intime (film, 2007)

L'ennemi intime

Algérie, 1959. Les opérations militaires s’intensifient. Dans les hautes montagnes Kabyles, Terrien, un lieutenant idéaliste, prend le commandement d’une section de l’armée française. Il y rencontre le sergent Dougnac, un militaire désabusé. Leurs différences et la dure réalité du terrain vont vite mettre à l’épreuve les deux hommes. Perdus dans une guerre qui ne dit pas son nom, ils vont découvrir qu’ils n’ont comme pire ennemi qu’eux-mêmes…

Réalisée par Florent-Emilio Siri, voici une oeuvre qui en 2007 avait fait parler d’elle vu le thème abordé. Ce n’est pourtant pas le premier film sur la guerre d’Algérie, loin de là. Paradoxalement j’avais pu trouver sur internet deux types de réactions diamétralement opposées : soit, pour les défenseurs de l’armée française, il a été vu comme un film antimilitariste d’extrême-gauche favorable à la repentance ; soit au contraire, pour les défenseurs du FLN, il a été jugé comme un film franco-français et raciste! Aujourd’hui, après plusieurs années de lectures sur le sujet ces deux points de vue me paraissent  critiquables, mais je dois tout de même avouer que c’est surtout l’hagiographie du FLN qui m’irrite, la falsification du passé empêchant de comprendre le présent.

Pour commencer je dois dire que la première vision il y a plusieurs années m’avait laissé un arrière-goût désagréable, pour une raison très différente : se présentant comme un « Platoon de la guerre d’Algérie » (mais on pense également à Apocalypse Now), L’ennemi intime donne l’impression de trop vouloir imiter le cinéma américain, et donc de manquer de personnalité par moments. Restent heureusement des paysages de toute beauté, des acteurs convaincants et des scènes de combat très agréables à regarder : globalement une production qui mérite d’être vue.

Concernant l’Histoire maintenant, le film montre bien que des crimes très graves ont été commis par les deux camps. Côté FLN la terreur sur la population musulmane avec les collecteurs de l’impôt révolutionnaire, les égorgements etc ; côté français la torture, le napalm ou encore les fameuses « corvées de bois ». On retrouve des personnages assez stéréotypés : un jeune lieutenant idéaliste, des anciens d’Indochine, un ancien résistant torturé par la Gestapo qui accepte maintenant la torture, un harki aussi bien qu’un combattant du FLN qui ont fait la bataille de Monte Cassino. Le décalage des vétérans avec la population en métropole quand ils retournent à la vie civile est également traité.

L’action commence en Kabylie (la wilaya III, fortement marquée par le nationalisme) en juillet 1959, au début du plan Challe, véritable rouleau compresseur de l’Armée française. Au regard des dates il s’agit sans doute de l’opération « Jumelles ».

Le film comporte de nombreuses inexactitudes du point de vue militaire mais ce défaut n’est pas trop grave. En revanche il est plus gênant quand l’aspect politique du conflit est abordé (brièvement certes) : dès le texte d’introduction, le sous-entendu selon lequel le FLN voulait négocier et pas le gouvernement français est une déformation de la réalité, de nombreuses tentatives avaient eu lieu avant les accords d’Evian (voir ce texte du grand historien Charles-Robert Ageron) – j’ai d’ailleurs souvent constaté que Guy Mollet, ancien président du conseil socialiste (SFIO) en 1956-1957, était diabolisé, dans les milieux de droite comme de gauche, alors que la réalité historique est bien plus complexe qu’on le dit. Ou encore, au cours d’une discussion entre officiers le fait que les Algériens étaient encore traités comme des indigènes est une caricature, leur statut juridique ayant beaucoup évolué depuis la fin de la Seconde guerre mondiale (merci wikipédia).

Le deuxième disque dans la version double DVD donne notamment droit à un entretien d’une heure avec le réalisateur et Jean-Baptiste Thoret, un avec le scénariste Patrick Rotman faisant le lien avec le documentaire du même nom qui avait précédé le film et un avec Pierre Schoendoerfferr (à qui on doit notamment le chef d’oeuvre La 317e section) et enfin le témoignage de trois anciens appelés.

A lire pour conclure : un entretien de Patrick Rotman au Figaro Magazine.

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