Olivier Pétré-Grenouilleau – L’histoire de l’esclavage

Olivier Pétré-Grenouilleau - L'histoire de l'esclavage racontée en familleQu’est-ce qui distingue l’esclavage d’autres formes d’exploitation? Comment expliquer que l’on ait pu si longtemps s’en accommoder? Pourquoi nous est-il devenu intolérable? Ce livre, au style enlevé et accessible à tous, fait le point sur ce que l’on sait aujourd’hui des différents systèmes esclavagistes du passé, notamment à Babylone, dans la Grèce antique, en Afrique, en Asie et en Amérique : il en compare les principaux aspects historiques, économiques, politiques ; il en explique les enjeux éthiques ou philosophiques. Les anecdotes qui ponctuent le récit illustrent les points de vue que, selon les époques ou les lieux, maîtres et esclaves ont exprimé sur l’esclavage. Elles nous renseignent sur leurs espoirs, leurs craintes, leurs conditions de vie.

Ce que chacun devrait savoir sur ce sujet souvent débattu mais mal connu.

Historien qui s’est principalement fait connaître grâce à son essai d’histoire globale sorti en 2005 sur les traites négrières, plusieurs fois récompensé (mais objet d’une polémique stérile…), nous avons ici un ouvrage synthétique tiré de la collection Raconté en famille,  divisé en trois chapitres : « Qu’est-ce que l’esclavage? », « Naissance et évolution de l’esclavage » et « Luttes et abolitions », eux-même subdivisés en questions et en nombreux paragraphes.

L’auteur définit le phénomène en le distinguant d’autres formes de dépendance, l’explore dans de nombreuses régions du monde et à différentes époques, souligne ses paradoxes comme le fait que la condition des esclaves était moins dure dans les Etats despotiques (le souverain exerçant un contrôle sur tous ses sujets).

Il détruit certains mythes comme celui de l’esclavage antique qui aurait été remplacé au Moyen Age par le servage, alors que l’esclavage médiéval fut massif (p.94-101) : dans les royaumes barbares puis dans l’Empire Carolingien, dans l’Empire byzantin et chez les musulmans. Ce n’est que vers l’an mille qu’il commence à régresser dans certaines régions d’Europe, et que la frontière entre l’homme libre et l’esclave devient plus floue. Il se maintient toutefois sur tout le pourtour méditerranéen entre catholiques, orthodoxes et musulmans, le commerce aussi bien que la guerre l’alimentant. L’auteur suppose ainsi que l’esclavage colonial pratiqué sur le continent américain durant l’époque moderne (1492-1789) est une continuité : « Du fait de leur expérience médiévale, les Portugais et les Espagnols auraient ainsi directement appliqué aux Amériques leur pratique de l’esclavage, sans passer par une phase intermédiaire. Tout cela permet de nuancer doublement l’idée d’une disparition progressive de l’esclavage antique. D’une part son déclin n’a rien eu de spontané ni de régulier. D’autre part, il n’a pas été total et définitif, facilitant ainsi la transition vers l’esclavage du temps de l’Amérique coloniale. »

Pour le monde musulman il cite les chiffres suivants concernant l’époque moderne (p.112) :

-1 250 000 chrétiens dans les pays du Maghreb entre 1530 et 1780 (d’après Robert Davis).
-200 000 jeunes hommes déportés des Balkans à titre de tribut versé à l’Empire ottoman entre 1400 et 1650, auxquels il faut rajouter les prises de guerre.
-2 500 000 Polonais, Russes, Ukrainiens et Circassiens asservis entre 1450 et 1700 en direction de l’Empire ottoman.
-En Inde, 8 à 9 millions d’esclaves en 1841.

Enfin il note que des musulmans furent aussi esclaves des chrétiens, un million durant l’époque moderne selon Alessandro Stella.

L’abolitionnisme est abordé dans le troisième chapitre. Il constitue une véritable révolution, il faut rappeler que ce courant de pensée est apparu alors que le commerce triangulaire atteignait son apogée durant la deuxième moitié du XVIIIème siècle. A la question délicate de savoir s’il a servi la colonisation de l’Afrique noire à la fin du XIXème siècle par les puissances européennes l’auteur répond que l’abolition de l’esclavage (interne au continent) a été un argument en sa faveur mais n’en a pas été la cause. Enfin sa suppression fut réalisée de manière très ambigüe par les colonisateurs : ceux-ci ont du s’appuyer sur les élites locales pour se maintenir et ont pratiqué le travail forcé.

Pour finir il remarque que l’esclavage persiste de nos jours sous d’autres formes, mais le fait qu’il soit condamné à la fois moralement et juridiquement constitue une avancée considérable.

Un livre très enrichissant (environ 180 pages) qui nous fait constater qu’au final aucune civilisation ou presque n’a de leçons à donner en matière d’asservissement et d’exploitation!

Article mis à jour le 03/05/2014

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