Daniel Lefeuvre, Michel Renard – Faut-il avoir honte de l’identité nationale?

Daniel Lefeuvre, Michel Renard - Faut-il avoir honte de l'identité nationaleFaut-il avoir honte d’être français? Un tel titre m’aurait détourné de ce type de lecture il y a quelques années, le contenu ne pouvant être que réactionnaire. Depuis je me suis rendu compte de la montagne de bêtise, d’ignorance, de masochisme, de haine de la France entretenue… ça allait trop loin, il fallait remettre les pendules à l’heure. Rappelons que c’est en méprisant et méconnaissant l’histoire et l’identité des peuples que l’on justifiait (et que l’on justifie toujours) les impérialismes d’hier et d’aujourd’hui ; que la Résistance durant la Seconde guerre mondiale avait pour objectif de libérer la nation française ; que la décolonisation s’est réalisée grâce à des mouvements de libération nationale ; que la démocratie se réalise dans le cadre de l’Etat-nation etc…

Donc ce bref essai, salutaire, coécrit par deux historiens (feu Daniel Lefeuvre et le professeur Michel Renard), retrace ce qu’a fait la France depuis des siècles, comment est apparu progressivement le sentiment national, par exemple avec la guerre de Cent ans, et comment la langue française s’est imposée, élément primordial de notre identité, l’ordonnance de Villers-Cotterêts de 1539 jouant un rôle majeur. A ce propos les auteurs estiment que l’inscription des langues régionales dans la constitution est un danger (lire l’article du Figaro), un jugement que je trouve un peu excessif, vu leur faible pratique. En revanche je suis entièrement d’accord pour défendre et mieux enseigner la langue de Molière, souvent massacrée.

On peut être patriote, attaché à la nation sans donner à cette dernière une définition raciste et xénophobe (Maurras…). Les dreyfusards, les socialistes Jules Guesde et Jean Jaurès, le communiste Maurice Thorez, Louis Aragon… défendaient ainsi leur patrie dans leurs discours. Il y a donc une véritable amnésie chez une certaine gauche!

L’immigration est naturellement abordée (Chapitre IX) : « Comment la France pourrait-elle continuer à intégrer de nouveaux immigrés si elle continue de dénigrer elle-même son histoire, son patrimoine, ses valeurs? » (p.161). L’émigration est toujours un déracinement douloureux, et contrairement à une idée reçue l’intégration ne fut jamais facile. Ainsi nombreux furent les Italiens et Polonais à retourner dans leur pays d’origine, n’ayant pas trouvé leur place dans l’hexagone. Imprégnés de valeurs républicaines les deux auteurs sont naturellement très hostiles au multiculturalisme à l’anglo-saxonne qui aboutit à un véritable désastre pour la société d’accueil : le « droit à la différence » au Royaume-Uni a produit le « Londonistan »…

On regrettera un dixième chapitre un peu trop superficiel et caricatural – encore qu’il est vrai qu’il est plus que nécessaire de remettre à leur place tous ces « artistes » dénigrant la France mais qui ne savent même pas de quoi ils parlent : on peut être certain qu’ils n’ont aucune culture historique pour la plupart ; d’autant plus qu’ils ne sont rien d’autre que français! On pourrait en déduire que cette haine de la France n’est, au fond, qu’une haine de soi dissimulée.

Au final un travail intéressant allant droit à l’essentiel, dont la démonstration est appuyée par de nombreuses citations (historiens, personnalités connues..). Donc non, le peuple français n’a pas à avoir honte de son identité nationale, au même titre que tous les autres peuples du monde!

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Cela dit, je ferai deux remarques à titre personnel :

-Comment défendre l’identité nationale sans se poser des questions sur la mondialisation et surtout la construction européenne, dépossédant les nations de leur souveraineté? A ce titre la ratification du traité de Lisbonne début 2008 (recyclage du traité constitutionnel refusé démocratiquement par les Français en 2005) montre bien que les contradictions idéologiques sont au moins aussi fortes à droite qu’à gauche!

-Est-ce cohérent de critiquer un certain communautarisme musulman sans faire de même avec tous les autres communautarismes? Un exemple : le scandale que représentent les dîners du CRIF, organisation faisant allégeance à un Etat étranger, qui plus est au caractère ethnico-religieux marqué (bonjour la laïcité…). Il ne peut y avoir d’anticommunautarisme sélectif.

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