Reporters sans frontières – Le drame algérien

Reporters sans frontière - Le drame algérien, un peuple en otage

Un peuple en otage

Vu et entendu sur Arte : « On veut avancer, on veut se projeter dans l’avenir. Moi je ne veux pas que mes enfants rêvent d’aller s’installer dans d’autres pays européens. Je veux qu’ils rêvent de construire leur pays. Je n’ai pas envie que le seul rêve d’un jeune Algérien se limite à une équipe de foot. Je voudrais qu’il rêve d’autres choses. » (lien).

Il faut dire que le coup du quatrième mandat de Bouteflika, c’était osé! A croire que les tenants du régime veulent exaspérer la population et font tout pour provoquer une révolte (ils auraient pu au moins faire semblant de changer le personnel politique). L’autoritarisme n’est pourtant pas une fatalité : les Tunisiens en ont donné un magnifique exemple en janvier dernier, en votant la première constitution démocratique du monde arabe.

A ce propos, que disait-on il y a vingt ans, en 1994, après deux années de guerre civile où la violence était largement partagée entre groupes armés islamistes et forces de sécurité? Ce livre publié chez La Découverte de plus de deux cents pages ne rassemble pas moins de vingt-huit auteurs, essentiellement algériens, et deux dessinateurs (Dilem et Red). Une petite mine d’or d’informations sur un large éventail de sujets : la culture et la société algériennes, la vie quotidienne, la confiscation de l’Histoire, les problèmes économiques et la corruption (la rente pétrolière gaspillée, les commissions sur les importations…), la question berbère, la violence du régime (Sécurité Militaire, escadrons de la mort -OJAL, OSRA- ou encore « Ninjas » -surnom des membres du GIS, unité des forces spéciales) et celle des islamistes, les partis politiques, les intellectuels et journalistes (sommés de choisir entre le Pouvoir et les « terroristes »), la question linguistique et bien sûr le FIS, dont le succès est complètement incompris car trop souvent caricaturé dans la presse.

Le vocabulaire particulier du pays est bien expliqué : trabendo (importation illégale de marchandises revendues au marché noir), hittistes (jeunes qui tiennent le mur car ils n’ont rien d’autre à faire), tchitchi (jeunesse dorée privilégiée du régime), hogra (mépris des autorités) ou encore le Hizb frança (accusation systématique pratiquée par les deux camps d’être « le parti de la France »).

Les informations circulaient beaucoup plus tôt que je ne le pensais (par exemple sur les assassinats du président Boudiaf ou de Kasdi Merbah, imputables au Pouvoir), l’aspect répressif de cette junte ne pouvait donc être ignoré (sans nier ou diminuer la violence islamiste pour autant). De plus la politique des « éradicateurs » a eu pour effet pervers de discréditer les modérés du FIS et de favoriser les extrémistes (on note que le même phénomène se passe actuellement en Egypte avec les Frères musulmans). Rien que pour ça le coup d’Etat de janvier 1992 est criminel.

Pour résumer : un ouvrage collectif de grande qualité, les articles ne sont pas longs et se lisent facilement tout en étant très instructifs. Seul regret : les purges au sein de l’armée au tout début du conflit auraient pu être signalées (de nombreux officiers sympathisaient avec les idées islamistes).

Quelques liens :

-La présentation et la table des matières (ici de l’édition de 1996)
-L’article « Comprendre la guerre civile » de Laetitia Bianchi dont cet ouvrage collectif est visiblement la principale source (le texte contient toutefois une petite erreur : ce n’est pas le « FLN » qui est responsable du putsch mais l’Etat-armée ; le parti politique FLN l’avait condamné et se rangeait dans le camp des réconciliateurs/dialoguistes : sa participation à la plate-forme de Rome en janvier 1995 en atteste).

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