Sid Ahmed Semiane – Au refuge des balles perdues

Sid Ahmed Semiane - Au refuge des balles perduesChroniques des deux Algérie

Ce livre propose un regard singulier, et dévastateur, sur la société algérienne. Sid Ahmed Semiane, dit « SAS », l’un des journalistes les plus mordants de sa génération, y a réuni une centaine de ses chroniques publiées dans le quotidien Le Matin de 1999 à 2002, mises en perspective par des textes inédits que le recul de l’exil rend particulièrement incisifs.
Rédigées à chaud, au fil d’une actualité tragique, ballottée entre des cadavres anonymes s’entassant à la une des journaux et des mensonges d’État avalisés par un Occident complaisant, ces chroniques restent d’une brûlante actualité. Et elles révèlent une réalité proprement sidérante : sur la terre d’Algérie coexistent aujourd’hui deux pays, séparés physiquement l’un de l’autre. Le premier, riche, corrompu et arrogant, est celui du pouvoir, des généraux et de leurs affidés barricadés dans le fameux « Club des pins ». C’est surtout celui-là que connaît la France officielle, ignorant l’Algérie réelle, pauvre, meurtrie et humiliée, celle d’un peuple abandonné à son propre désespoir.
Sur un ton caustique et révolté, avec un humour chargé de poésie, Sid Ahmed Semiane nous aide à déchiffrer ce désordre algérien qui désespère tant. Des mots terribles s’y bousculent : torture, disparus, généraux, émeutes, morts, intrigues, misère, terrorisme, putsch, chasse aux couples… Mais d’autres mots affleurent : rêve, démocratie, liberté, jeunesse, espoir, tendresse…

Dans ce livre édité en 2005 les textes inédits sont plus intéressants que les différents articles compilés, probablement parce que la liberté d’expression est plus grande en France qu’en Algérie au temps où « SAS » écrivait pour le journal Le Matin (encore que sa liberté de ton est étonnante vu la censure qui sévissait). Pas de révélations exceptionnelles non plus mais des remarques intéressantes, comme la culture du mensonge de la presse algérienne qui remonterait à l’assassinat d’Abane Ramdane en 1957, officiellement mort au champ d’honneur alors qu’il a été tué par les siens… C’est ainsi que durant cette « deuxième guerre d’Algérie » tous les morts ont été mis sur le compte du GIA, même ceux qui ont été tués par accident!

L’Algérie « Club des Pins » (quartier ultra-sécurisé et séparé à Alger où rien ne manque, en plein milieu d’une ville surpeuplée), la détresse de la population (pénurie de logements, d’eau, chômage, drogues, immolation de jeunes qui sont désespérés, émeutes à répétition…), le mépris absolu de la vie humaine de la part du Pouvoir, la violence délibérément entretenue pour justifier ce dernier, la façade civile pour servir de caution à la dictature, l’impunité des généraux d’Alger, le terrorisme d’Etat… Ceux qui ont déjà lu des ouvrages sur le passé récent du pays (notamment les autres livres publiés chez La Découverte) seront en terrain connu et n’apprendront pas grand chose. Le journaliste, qui a personnellement vécu les évènements d’octobre 1988, est aussi l’auteur de l’ouvrage « Octobre, ils parlent ».

Un livre sympathique avec une écriture agréable. On peut trouver la critique du politologue Lahouari Addi à cette adresse.

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