T.E Lawrence – Guérilla dans le désert 1916-1918

T.E. Lawrence - Guérilla dans le désert

Depuis Bugeaud, les troupes européennes pratiquent la contre-insurrection dans les colonies. T.E. Lawrence est le premier Occidental à repenser et à pratiquer la guérilla sur le terrain de l’autre. A la doctrine de l’offensive à tout prix qui prévaut lors de la Première Guerre mondiale, il substitue, compte tenu des conditions qu’il rencontre, l’utilisation dynamique de l’espace. Il concourt ainsi à transformer la faiblesse des Bédouins, inaptes à la cohésion d’une troupe de choc disciplinée, en avantage fondé sur leur mobilité.
L’analyse politique du Proche-Orient en mutation n’est pas moins originale et montre la lucidité d’un Lawrence en avance sur son temps. Il pressent, dès le lendemain de la Première Guerre mondiale, qu’en Orient les conceptions coloniales de l’Europe sont désormais caduques et ne peuvent nourrir que le ressentiment. Il examine, par ailleurs, les chances qu’à la révolution bolchevique de peser sur l’avenir de l’Orient.

Un petit livre de moins de cent pages pour faire le lien avec le billet précédent, composé d’une présentation de Gérard Chaliand (spécialiste reconnu en guérilla et géopolitique) et de deux articles de Thomas Edward Lawrence ainsi que trois lettres en annexes faisant le point sur la situation d’après-guerre.

L’Empire ottoman, déclinant, compensait la sous-administration de ses régions par la terreur, ce qui ne faisait que radicaliser la révolte. De même pour l’idéologie du touranisme, très mal vue par les peuples non turcs de l’empire, qui a encouragé les Arabes à se révolter. L’insurrection, commencée en juin 1916, avait toutefois ses faiblesses : l’armée arabe était composée d’irréguliers peu disciplinés et divisés en tribus rivales. Extrêmement sensibles aux pertes, il lui fallait éviter l’affrontement direct, profiter de sa mobilité pour occuper le plus grand espace possible et surtout frapper la logistique de l’ennemi, point faible des Turcs. Contrairement à ce qui se pratiquait sur les autres fronts Lawrence ne cherchait nullement à anéantir l’adversaire. A titre d’exemple il estimait qu’il était préférable de laisser l’armée turque occuper Médine où ils étaient le moins gênants pour l’Entente.

Dans « l’Orient en mutation » l’auteur fait preuve d’une grande clairvoyance en constatant le bond technologique des peuples d’Asie et l’émergence du nationalisme, idéologie moderne : la conjonction des deux allait forcément finir par mettre fin à la domination coloniale. Toutefois il pensait que les Britanniques pouvaient conserver leur influence s’ils permettaient aux peuples de s’administrer eux-mêmes. On regrettera que Lawrence semble mépriser et caricaturer les Turcs, l’Histoire ayant montré qu’il les avait sous-estimés, comme le remarque justement Chaliand.

Un auteur incontournable pour tous ceux qui s’intéressent à la guérilla.

Billet mis à jour le 24/01/2014

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Un commentaire pour T.E Lawrence – Guérilla dans le désert 1916-1918

  1. François Sarindar dit :

    T.E.Lawrence était déjà très impliqué à l’État-major anglais du Caire dans la politique « arabe » avant même le déclenchement de la Révolte des Hachémites en juin 1916. Lawrence n’entra en scène sur le terrain qu’en octobre . Fin observateur, il s’adapta très vite à la situation.
    Il commença à théoriser sur la guérilla dans The Arab Bulletin (mis en place par l’Arab Bureau de Gilbert Clayton, groupe de renseignements dont Lawrence faisait partie), mais l’essentiel de ses écrits sur la conceptualisation de la guérilla dans le désert fut produit après le Premier Conflit mondial, expérience faite.
    Il eut le génie de synthétiser tout cela dans The Army Quaterly, et par la reprise de ses rapports officiels et correspondances secrètes en recueils dans Oriental Assembly et Secret Despatches from Arabia.
    La grande question qui occupe les historiens et biographes est de faire la différence entre les leçons tirées d’une action immédiate à laquelle il eut plus ou moins part et la description de processus où il ne fut pas le seul acteur mais dans laquelle sa manière de présenter les choses peut laisser croire qu’il fut le premier inspirateur ou le principal metteur en scène, ce qui fut bien le cas pour le raid sur Akaba avec la prise de contrôle de l’oued Ithm, mais ce qui ne se vérifie pas forcément à chaque fois. Les Sept Piliers de la Sagesse sont donc à lire avec un peu de recul, à la lumière de tout ce que nous connaissons par ailleurs.
    François Sarindar, auteur de : Lawrence d’Arabie. Thomas Edward, cet inconnu, collection Comprendre le Moyen-Orient, L’Harmattan, 2010.

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