Brève parenthèse sur François Hollande, Valls, le CRIF et Dieudonné

Ces derniers temps l’humoriste Dieudonné refait la une des journaux. Une publicité gratuite inespérée, car un tel acharnement médiatique et politique ne donne aux curieux qu’une seul envie : aller le voir… C’est l’effet Streisand. Pour être franc je n’aime vraiment pas le personnage, qui, par son discours ambigu, entretient la confusion et rend un grand service à ses adversaires.

Pour autant ça ne doit pas nous empêcher de questionner certains aspects du communautarisme juif, particulièrement celui du CRIF. Car l’importance que lui donne la classe politique française (PS et UMP confondus) avec ses dîners annuels est un véritable scandale républicain, qui a précisément les conséquences inverses de ses intentions :

-Donner l’impression qu’une communauté est privilégiée au dépens des autres. A quand un dîner pour tous les autres groupes ethniques ou religieux de l’Hexagone?

-Donner raison aux vieux clichés antisémites du XIXème et début XXème siècle, sur les Juifs contrôlant la République (Edouard Drumont, Charles Maurras…).

-En assimilant une communauté à un Etat étranger, donner l’impression que cette dernière n’appartient pas vraiment à la nation française. Voilà qui est très insultant pour ceux qui veulent se sentir Français. En cette année 2014 où commenceront les célébrations du centenaire du début de la Première guerre mondiale, on rappellera que de nombreux Français juifs sont morts pour leur pays (lire la très belle lettre de Henry Lange datée du 6 septembre 1917).

-Donner l’impression que toute la communauté juive de France est sioniste, affichant un soutien inconditionnel à l’Etat hébreu. Or c’est loin d’être le cas : si certains intellectuels et journalistes comme BHL, Alain Finkielkraut ou Elisabeth Lévy sont fanatiquement pro-israéliens, d’autres au contraire sont très critiques. On lira ainsi les interventions de Rony Brauman, Alain Gresh, Dominique Vidal… On se souvient de cette phrase scandaleuse de Richard Prasquier qui, début 2009, déclarait que 95 % des Juifs de France soutenaient l’opération Plomb durci contre Gaza.

Enfin on rappellera qu’un tel communautarisme est absolument contraire à l’esprit de la Révolution française. Comme le notait très justement le comte Stanislas de Clermont-Tonnerre en 1789 : « Il faut tout refuser aux Juifs comme nation et tout accorder aux Juifs comme individus. Il faut qu’ils ne fassent dans l’Etat ni un corps politique ni un ordre. Il faut qu’ils soient individuellement citoyens ». La France fut alors le premier pays à émanciper totalement cette communauté, jusque là discriminée juridiquement.

Sur les dîners du CRIF, lire la critique féroce d’Elie Arié sur le site du magazine Marianne.

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Deux autres points plus délicats méritent également d’être abordés : d’abord la trop grande commémoration de la Shoah ; ensuite l’exploitation du sentiment de culpabilité des Français par rapport au régime de Vichy.

Pour le premier il suffit de regarder le nombre de films traitant du sujet et le comparer à celui sur le génocide arménien ou les crimes des Khmers rouges au Cambodge : on comprend dès lors que cette surabondance de productions est malsaine. Il est vrai que certaines sont des chefs d’oeuvre (La liste de Schindler, La vie est belle…), cependant il n’y avait nullement besoin d’en faire autant. Parallèlement, la focalisation sur les seuls morts juifs a tendance à éclipser toutes les autres victimes de la folie criminelle du IIIème Reich (civils polonais catholiques, soviétiques et d’innombrables autres…).

Pour le second il faut cesser une bonne fois pour toutes le chantage. Au regard de la proportion de Juifs tués sur l’ensemble de l’Europe, celle des Juifs de France fait partie des plus faibles pourcentages. Régis Debray faisait remarquer dans sa lettre publique à son ami Elie Barnavi « il me revient que c’est en France qu’il y a eu en proportion, avec le Danemark, le moins de juifs déportés et le plus de Justes pour les mettre à l’abri. » et « je ne ressens pas le besoin d’expier les fautes de mes ennemis invétérés. Je ne charge pas la République française des péchés ignominieux d’un protectorat allemand installé à Vichy après la fin de la République. » [Régis Debray – A un ami israélien – p. 45]

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