Olivier Berruyer – Les faits sont têtus

Olivier Berruyer - Les faits sont têtus

Un réquisitoire contre la vision actuelle à court terme de la finance.
100 graphiques originaux, tout en couleurs, permettent de comprendre la crise dans laquelle nous sommes plongés et ce qui nous attend. L’euro aggrave la crise au lieu de protéger l’Europe.
Le compte à rebours de l’éclatement de la monnaie unique a-t-il commencé ?
Le maintien de l’euro nécessiterait des transferts massifs entre nos pays, auxquels les peuples ne sont pas prêts.

Nous ne retrouverons pas la croissance des Trente Glorieuses.
La croissance forte ne reviendra pas en Europe : depuis cinquante ans son rythme ne cesse de baisser jusqu’à tendre vers zéro.
Nos sociétés peuvent s’adapter à une croissance très faible, mais cela exige des choix clairs. Ce livre les propose.

La facture de 40 ans de laxisme va être salée.
Depuis 1974, pas un seul budget de l État n a été à l’équilibre.
Depuis 2008, les États ont pris des engagements démesurés.
Les banques centrales ont inondé le secteur financier de liquidités.
À l’heure des comptes, il faudra choisir entre les contribuables (impôts) et les épargnants (restructuration ou inflation) pour régler la note.

La première fois que j’ai entendu Olivier Berruyer je me suis tout de suite reconnu  dans son discours. Enfin quelqu’un qui dit la vérité! Enfin un peu de bon sens! Enfin un discours qui sort de la langue de bois des économistes! Ainsi ce livre de 300 pages, très plaisant et pédagogique, avec de nombreux graphiques et une synthèse à chaque fin de chapitre. Le titre est inspiré d’une citation de Maurice Allais (ce dernier est d’ailleurs souvent cité).

On commence avec le culte de la croissance économique, très illusoire : celle-ci, depuis quarante ans, ne cesse de diminuer.

Graphique - pib decennie 1960-2010 Berruyer

Il s’agit d’une tendance touchant tous les pays développés. De plus, les Trentes Glorieuses constituent une anomalie historique si on regarde sur le long terme : une croissance « normale » se situerait entre 0 et 1% du PIB, soit le niveau actuel. Troisièmement les formidables gains de productivité qui ont permis la forte croissance de la période 1945-1975 ne sont réalisables qu’une seule fois : l’agriculteur remplaçant son cheval par un tracteur verra sa productivité augmenter fortement, mais il ne pourra pas refaire ce miracle une seconde fois… A tout cela il faut rajouter l’épuisement des ressources naturelles (qui sera un des problèmes majeurs du XXIème siècle) et le réchauffement climatique (qui semble avoir disparu des préoccupations politiques, mais qui risque de peser fortement sur les générations futures!).

Il faut dès lors envisager une économie qui resterait à l’état stationnaire, donc partager le temps de travail.

La suite est un peu plus convenue mais reste toujours essentielle à rappeler : le « laisser-fairisme » dénoncé par Allais, qui ne doit pas être confondu avec le vrai libéralisme ; le « financiarisme » qui a remplacé le capitalisme traditionnel, avec un actionnariat qui ne pense plus que sur le court terme, une spéculation qui fragilise l’économie, les rémunérations indécentes des grands P-D G…tout cela permise grâce à l’idéologie de la dérégulation ; les dégâts de la mondialisation (et on remarque que les électeurs de François Hollande sont les plus favorables au libre-échange – je comprends de plus en plus Jean-Claude Michéa quand il appelle à sortir du clivage gauche/droite!) ; les inégalités et leurs conséquences graves : les ménages américains, par exemple, sont surendettés. Surendettement qui a fini par se répercuter sur la dette publique, qui a littéralement explosé aux Etats-Unis ces dernières années.

Les déséquilibres de la balance commerciale doivent absolument être corrigés, comme le souhaitait John Maynard Keynes. Le modèle allemand basé sur les exportations, permises par la baisse des salaires, est un non-sens : l’Allemagne exporte ainsi son chômage dans le reste de la zone euro, en profitant de la monnaie unique. Inutile de dire que cette politique repose sur une vision à court terme, en pénalisant les autres membres de l’UE.

Hostile à toute démagogie l’auteur critique férocement l’endettement public (j’ignorais ainsi que Karl Marx la condamnait durement à son époque), étant donné que la dette devra forcément être remboursée un jour… Pour lui, la « planche à billets » constitue la pire des solutions, étant donné qu’elle appauvrira l’ensemble de la population. Il en profite pour épingler un mythe qui circule beaucoup sur internet et qui est repris par des personnalités tant d’extrême-droite que d’extrême-gauche : celui selon lequel le président Georges Pompidou aurait fait voter une loi en 1973 qui obligerait l’Etat français à emprunter aux banques privées.

La meilleure option serait pour lui une restructuration, la moins douloureuse. Et il serait naïf de croire que les Etats occidentaux puissent échapper à ce que d’autres pays ont subi par le passé (en Amérique du sud, en Asie, en Afrique…).

Dans la conclusion Olivier Berruyer fait quelques propositions, dont certaines originales, comme la fusion de toutes les activités bancaires de dépôt dans un seul et même service public.

Un livre fort sympathique, avec quelques regrets cela dit, comme la première mondialisation de 1870-1914 un peu trop idéalisée…

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Rappel :

-Son blog : http://www.les-crises.fr/

-Un entretien d’une heure, paru peu après la sortie du livre :

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