Jacques Baud – La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur

La guerre asymétrique ou la défaite du vainqueur

Terrorisme, violence et « choc des civilisations » se sont substitués au spectre de la Troisième Guerre mondiale. Le 11 septembre 2001 en a été la manifestation spectaculaire, et le Proche-Orient démontre au quotidien combien la nature de ces conflits est complexe. A la froide planification de stratégies sophistiquées succèdent des conflits où l’émotion domine. Ce ne sont plus les rapports de force qui donnent l’avantage, mais la capacité de maîtriser les perceptions.
Souvent galvaudée, l’expression de  » guerre asymétrique  » désigne une forme de conflit où le  » faible  » pousse le  » fort  » à une réaction qui transforme les succès tactiques en défaite stratégique. La guerre contre le terrorisme lancée par l’Occident, les Etats-Unis en tête, est efficace contre des terroristes, mais pas contre le terrorisme.
La lutte contre le terrorisme passe donc par la compréhension des mécanismes asymétriques. De la non-violence au terrorisme, les stratégies asymétriques ont souvent été couronnées de succès, parce que mal comprises en Occident. Dans ce livre original et passionnant, l’auteur analyse les causes de ces nouveaux conflits et propose des schémas d’interprétation.

Je ne peux pas m’empêcher de penser au meurtre de ce soldat britannique tué il y a quelques mois à Londres : comme si l’acte barbare ne suffisait pas en lui-même, la presse britannique a cru intelligent de faire massivement la une avec l’image choquante de l’assassin (qui avait été filmé – un mépris total pour la victime et sa famille au passage) et le journal télévisé français de traduire son discours justifiant son geste. Le but du terroriste, par définition, est de semer la peur et la haine, et d’avoir le plus d’impact médiatique possible, on peut donc dire que de nombreux journalistes sont les complices du terrorisme moderne.

Tout cela m’a rappelé cet ouvrage d’environ 200 pages, publié en 2003 aux éditions du Rocher dans la collection L’Art de la Guerre dans le contexte de l’après-11 septembre, abordant le problème que posent les conflits modernes, faits de guérilla, de terrorisme et de guerre de l’information. Le vocabulaire par moment assez technique m’a donné du mal, mais heureusement des graphiques illustrent les propos de l’auteur et donnent une meilleure lisibilité au contenu.

Un travail très enrichissant pour le lecteur, même si bien entendu une mise à jour serait la bienvenue.

A lire :

Un résumé du professeur Bruno Modica.

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Morceaux choisis :

Sur la non-violence p.108-109 : Il ne s’agit pas ici de stratégie éthérée, mais d’une réelle manière de combattre. Mise en oeuvre avec succès par Gandhi à la fin des années 40 en Inde, la non-violence est une stratégie qui transcende l’emploi de la violence et « désarme » littéralement l’adversaire. Elle oppose la volonté aux armes et est vraisemblablement la « forme de combat asymétrique » la plus difficile à contrer. […] On se trouve dès lors dans une situation typique du conflit asymétrique, où, à chaque action, l’adversaire « symétrique » détériore sa propre situation politique. Pour être efficace au plan stratégique, la non-violence ne doit pas constituer une « stratégie par défaut », mais l’une des stratégies disponibles pour répondre à une situation donnée.  […] La force de la non-violence comme méthode de guerre asymétrique réside dans la complexité de la réponse à lui donner, car non seulement cette posture s’inscrit dans le temps, mais elle suppose que celui qui l’emploie accepte de tout perdre.

Sur la définition du terrorisme, p. 114-117 : Le terrorisme n’est ni une finalité ni une doctrine. C’est une méthode d’action. Il est parfois au service d’une philosophie, mais n’en est pas une en soi. Cette distinction est davantage qu’un exercice académique, car elle détermine la possibilité (et la volonté) de le combattre. En soutenant les moujahidin afghans ou les Contras nicaraguayens, les Etats-Unis ont soutenu les « combattants de la liberté » et non des terroristes. Subtile nuance, qui masque une imposture intellectuelle : un « combattant de la liberté » est défini en fonction d’une finalité, alors que le « terroriste » est ainsi désigné en fonction de son mode d’action. […]  Aucune définition cohérente et universelle du terrorisme n’a pu être adoptée sur le plan international, rendant  ainsi inefficaces les multiples résolutions de l’ONU contre le terrorisme international. Dans les seuls pays anglo-saxons, il existe quelque 212 définitions du terrorisme, dont 72 utilisées officiellement. A l’intérieur même des pays, chaque organe impliqué dans la lutte contre le terrorisme formule une définition qui correspond à son domaine d’intérêt. Une douzaine de traités ont été conclus sous l’égide des Nations unies, sans qu’une définition du terrorisme ait été adoptée et reconnue. […] La vision occidentale, qui privilégie une définition orientée sur la méthode seule a cependant elle aussi ses limites. Elle tend à faire considérer le terrorisme comme un phénomène monolithique, sans prendre en considération de manière sérieuse la multiplicité des contextes dans lesquels il se manifeste. Le fait est que le terrorisme est essentiellement une méthode. Mais les modalités d’application de cette méthode sont infinies et varient selon les mouvements terroristes, caractérisant ainsi leurs structures et leurs stratégies. Ainsi, la vision occidentale permet de condamner le terrorisme, mais non de le combattre.

Sur la logique de provocation, la théorie du brésilien Carlos Marighella p. 133 : La stratégie du terrorisme politique et du terrorisme de guérilla est de pousser l’Etat dans une logique de répression, et prendre des mesures antidémocratiques, afin de découpler la population de l’Etat et ainsi de légitimer la lutte armée. […] Ce type de terrorisme s’accommode mal de solutions politiques ou pacifiques. L’action politique – telle qu’elle est envisagée ici – ne peut exister qu’à travers la confrontation armée. C’est la raison pour laquelle certains mouvements révolutionnaires cherchent systématiquement à saper les efforts de paix , et mènent une stratégie de provocation perpétuelle. | Il cite ainsi l’exemple de l’ETA qui a causé beaucoup plus de morts après la transition démocratique ayant suivi la mort de Franco en 1975 et de l’IRA provisoire dans le conflit nord-irlandais à partir de 1970.

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