Gene Sharp – De la dictature à la démocratie

Gene Sharp - De la dictature à la démocratieUn cadre conceptuel pour la libération

Voici un ouvrage controversé, davantage en raison de son utilisation que de son contenu : il a beaucoup servi durant les « révolutions de couleur » qui ont renversé des régimes hostiles aux Etats-Unis : Géorgie en 2003, Ukraine en 2004, Kirghizstan en 2005… Tous ces pays sont des anciennes républiques soviétiques qui étaient restées dans le giron russe.

Mais on pourra toujours rétorquer qu’une dictature reste une dictature, que les principes de la démocratie sont inscrits dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 et qu’en plus de nombreux régimes autoritaires sont, à l’inverse de ceux cités, alliés aux Etats-Unis et plus généralement au camp occidental. L’aspiration à la liberté et à la dignité est mondiale et ne doit pas s’arrêter aux oeillères idéologiques. Les révolutions dans le monde arabe (et le récent coup d’Etat en Egypte) le rendent d’autant plus d’actualité, c’est d’ailleurs dans ce contexte que j’avais entendu parler de cet auteur.

Véritable mode d’emploi pour des révolutions pacifiques et non-violentes, Gene Sharp explique sur une centaine de pages l’intérêt de la lutte non armée (une guerre civile pouvant aboutir à un échec sanglant ou à une nouvelle dictature), ce que doit être réellement la « défiance politique » (nom qu’il donne à la désobéissance civile de masse), les faiblesses des pouvoirs dictatoriaux, souvent moins solides que l’on ne croit (il recense 17 « talons d’Achille »), l’anticipation de la transition démocratique (rédaction d’une constitution, garantie du droit des minorités, décentralisation voire fédéralisme), l’importance de la discipline dans la non-violence (pour éviter les agents provocateurs et les débordements) etc… Une liste de 198 méthodes d’action non-violente est présente à la fin de l’ouvrage.

Précisons que le vocabulaire parfois un peu technique peut rebuter. J’ai regretté qu’il n’aborde pas certains cas particuliers : quand un régime autoritaire joue sur les minorités confessionnelles ou ethniques (terrorisées par la majorité d’une autre ethnie/religion) ou  quand son économie dépend d’une rente (hydrocarbures ou autres) permettant d’ignorer le consentement de la population (historiquement, la démocratie s’est installée grâce à l’impôt). De plus le chercheur doute de l’efficacité des négociations, qui pourraient donner une légitimité au régime dictatorial davantage qu’elles l’affaibliraient (ce qui effectivement peut arriver, comme le montre la pseudo-transition marocaine). Pourtant dans plusieurs cas ce sont des compromis politiques qui ont permis la transition démocratique (exemple de la Pologne en 1989, ou l’abolition progressive de l’apartheid par Frederik de Klerk en Afrique du sud).

On note que cette publication est dans le domaine public, donc téléchargeable gratuitement sur internet.

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Un commentaire pour Gene Sharp – De la dictature à la démocratie

  1. Ludovic dit :

    Ce documentaire résume assez bien l’esprit du livre, même si on voit que le choix des dictatures est orienté vers une certaine politique étrangère américaine : http://www.youtube.com/watch?v=6NrzLeBOsKU

    On peut le compléter par cet autre reportage qui montre comment des ONG financent ces mêmes luttes non-violentes : http://www.youtube.com/watch?v=v2HzWwjZcpw

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