Luc Folliet – Nauru, l’île dévastée

Luc Folliet - Nauru, l'île dévastée._
Un pays qui n’a plus une goutte d’essence depuis plusieurs semaines. Une banque qui n’en est plus une. Il y a trente ans, ce pays regorgeait de dollars. En 2005, tout n’est que ruine et abandon sur l’île.
(page 19)

Un pays criblé de dettes alors qu’il avait le PIB par habitant le plus élevé au monde. Un Etat subordonné se résignant à louer ses terres pour en faire un camp de rétention. Nauru a fait le grand écart. Sa richesse s’évaluait il y a quelques années en milliards de dollars. De ces milliards, il ne reste plus rien. Ou si peu. (page 93)

C’est en lisant « Le complexe d’Orphée » que j’ai découvert l’histoire incroyable de cette petite île du Pacifique, qui avait atteint un des hauts niveaux de vie existants dans les années 70 grâce à l’exploitation du phosphate avant de sombrer. J’ai donc voulu en savoir plus. Luc Folliet retrace d’abord l’histoire coloniale de l’île, l’arrivée des premiers Européens, les conséquences désastreuses des armes à feu et de l’alcool, l’annexion par l’Empire allemand, l’administration par l’Australie après la Première guerre mondiale puis la traumatisante occupation japonaise faisant succomber une partie de la population. Vint ensuite le temps de la lutte (politique) pour l’indépendance menée par Hammer DeRoburt.

La suite est absolument sidérante. L’argent récolté inonde littéralement les habitants de Nauru, le PIB par habitant est parmi les plus élevés au monde. « Une famille pouvait avoir six ou sept voitures dans les années 1970. A une époque, où une famille d’un pays occidental n’en avait qu’une » (page 48). Conscient que le phosphate est une ressource limitée, le gouvernement fait de nombreux investissements à l’étranger, mais il est très mal conseillé et les richesses sont gaspillées stupidement. Une fois les mines épuisées le pays sombre dans la spirale du surendettement et de la récession. Il tente de se transformer en paradis fiscal, puis loue ses terres à l’Australie pour accueillir des camps de réfugiés clandestins, vend sa diplomatie au plus offrant (Taïwan ou la Chine, le Japon pour la pêche à la baleine…).

Un pays en voie de développement est par définition un pays pauvre à l’origine. Or Nauru n’a jamais connu le besoin, n’a jamais appelé à l’aide. La petite île emprunte désormais le chemin inverse des autres nations du Sud, elle doit faire l’apprentissage de la pauvreté. (page 116)

Une enquête qui fait beaucoup réfléchir sur notre société de consommation : ce peuple a été déculturé par sa richesse, a perdu le goût du travail, l’obésité et le diabète ont fait des ravages…

A la fin de l’année 2005, l’île est une immense casse à ciel ouvert. Il n’y a pas un endroit sans une voiture abandonnée. Des cimetières de ferraille et d’acier sont disposés çà et là dans tous les districts de Nauru : voitures, camions, pneus, matériel électroménager défectueux. Des centaines de magnétoscopes, téléviseurs, chaînes hi-fi s’y entassent aussi. Les vestiges d’un passé prospère forment désormais des monticules de rouille. (page 137).

« Nauru n’est pas qu’un pays ruiné. Nauru parle de nous-mêmes confrontés à la richesse et à l’abondance », dit dans l’avion du retour Michael, un Australien qui vient régulièrement pour affaires sur l’île. « Nauru, c’est surtout l’histoire de l’homme qui, une fois son confort matériel assuré, néglige sa culture, oublie son passé et se fout de son environnement. Nauruans, Occidentaux ou Chinois. Sur ce point je pense qu’on se vaut tous ». (page 149)

Publicités
Cet article a été publié dans Actualités et politique, Documentaires et autres, Ecologie, Economie, Histoire - Autres, Immigration, Lectures. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s