Jean Gadrey – Adieu à la croissance

Jean Gadrey - Adieu à la croissance

Quand je repense aux mots employés à la télévision quand on traite de sujets économiques (compétitivité, flexibilité, productivité, croissance, pouvoir d’achat…) je ne peux que constater qu’on a réussi au fil des années à créer une véritable novlangue des temps modernes. Comme si aucun autre type de société n’était possible, comme si le saccage de la planète et la destruction des acquis sociaux étaient les seules voies à emprunter (après tout, « There is no alternative » disait Thatcher!) … Qui se souvient du discours de Bob Kennedy de 1968 qui remettait en cause le PIB? Les essais de Michéa prennent ici tout leur sens : George Orwell reste plus que jamais d’actualité, le vocabulaire contemporain étant délibérément appauvri. On note que François Hollande ne cesse de matraquer le mot de « croissance » dans ses discours (comme si l’invoquer la ferait revenir!) ; quant à Nicolas Sarkozy on se souvient qu’il souhaitait aller la chercher avec les dents!

Mais heureusement des économistes ont osé briser le tabou, Jean Gadrey en fait partie. Chroniqueur à Alternatives Economiques, il décortique dans ce livre au titre provocateur le culte dont fait l’objet l’idée d’une croissance infinie et analyse ce que pourrait être une société post-croissance (et comme il le note on est déjà entré dans une société post-croissance). C’est grâce à lui que j’ai découvert que John Maynard Keynes lui-même remettait en cause ce dogme!

Je suis d’accord sur l’essentiel du livre, sur le bien-être subjectif qui n’est pas lié au PIB (il ne le note pas mais il faut rappeler que les Français sont les premiers consommateurs d’antidépresseurs au monde), sur la transition vers une économie davantage axée sur la qualité et la durabilité des produits plutôt que la quantité et sur l’utile plus que sur le futile, sur la dépendance aux énergies fossiles etc… En revanche je doute que les changements en question se fassent sans douleur pour les classes moyennes et populaires (qui accepterait de voir le prix de l’essence augmenter?).  De plus s’attaquer aux niches et aux cadeaux fiscaux (quatrième partie, chapitre 3) sera bien sûr nécessaire, mais il est peu probable que cela soit suffisant pour résoudre les problèmes de déficits et de dette (touchant la quasi-totalité des pays européens ; ne pas oublier non plus la dette astronomique des Etats-Unis et du Japon).

 

L’adresse de son blog : http://alternatives-economiques.fr/blogs/gadrey

Une critique résumant le livre : http://lectures.revues.org/7731

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