Frédéric Encel – Atlas géopolitique d’Israël

Frédéric Encel - Atlas géopolitique d'Israël

Le sous-titre « Les défis d’une démocratie en guerre » annonce la couleur : l’auteur est sioniste et ne s’en cache pas. Cependant l’ouvrage (ici l’édition de 2012 augmentée, prenant en compte les révoltes arabes de 2011) est bien documenté et reste digne d’être lu, bien que certains passages doivent êtres pris avec des pincettes. Frédéric Encel aborde les multiples aspects de la politique israélienne : historiques, démographique, économiques, diplomatiques et stratégiques. Par exemple on apprend beaucoup sur la société israélienne, très diversifiée, très divisée politiquement (on remarque un grand virage à droite en 1977 et le parti travailliste qui s’effondre progressivement), toutefois on regrette qu’il ne détaille pas davantage les différences entre communautés juives (Ashkénazes, Séfarades, Mizrahim…).

Ce qui est en revanche est difficilement excusable :

-le fantasme de l’Etat isolé et menacé de destruction est repris abusivement (même si l’auteur le critique par rapport à l’actualité, il est évident que l’indulgence sera plus grande si on agite fréquemment cette peur) alors que parallèlement le sionisme révisionniste n’est pas abordé, alors qu’il pourrait expliquer (en partie du moins) les raisons d’une telle agressivité dans la politique étrangère israélienne.

-contrairement à ce qui est écrit le Hamas n’a jamais fait de « putsch » en juin 2007 (page 58 et 91) à Gaza : il a été élu démocratiquement en janvier 2006 (et ce n’est pas en diabolisant ce mouvement qu’on risque de mieux comprendre le conflit – sachant que l’Etat hébreu est lui-même diabolisé).

-page 71 : la fameuse citation de Martin Luther King assimilant l’antisionisme à l’antisémitisme est un faux grossier. De la part d’un docteur une telle négligence ne fait pas très sérieux…

-page 77 : « Mais à terme et en guise de solution permanente, il n’est sans doute de meilleure perspective que celle des deux Etats souverains pour les deux peuples, Israël comme Etat du peuple juif, la Palestine comme Etat du peuple palestinien« . La solution à deux Etats serait sans doute la meilleure, mais parler d’un Etat du peuple juif, ce n’est pas acceptable : Israël est l’Etat du peuple israélien! De quel droit il s’exprimerait au nom des Juifs du monde entier (qui n’ont rien demandé à personne…)? Ne parlons même pas de la validité historique sur l’existence d’un tel peuple (cf la thèse de l’historien Shlomo Sand).

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Bref, c’est un travail partisan qui doit être pris comme tel. A compléter, j’imagine, avec l’Atlas des Palestiniens.

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PS [16/03/2015] : une troisième édition est sortie il y a quelques mois, je l’ai feuilletée et… la fausse citation de Martin Luther King est toujours là! Vive l’honnêteté historique!

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