Syrie : les erreurs de communication

Dans la guerre par procuration qui se déroule en ce moment en Syrie entre puissances chiites d’une part et arc sunnite et occidentaux d’autre part, les erreurs de communication se sont multipliées dans le camp atlantiste. Si le souhait de faire partir Bachar al-Assad le plus rapidement possible peut se comprendre pour des raisons politiques il n’est pas sûr qu’une intervention directe d’une coalition soit la meilleure solution :

1) Le fait que la France, le Royaume-Uni, les Etats-Unis et Israël s’affichent ouvertement  dans leur volonté d’abattre le régime d’Assad donne une légitimité anti-impérialiste à ce dernier et risque de souder une partie de la population syrienne dans son nationalisme. Les deux premiers sont en effet les anciennes puissances coloniales de la région (je renvoie aux accords Sykes-Picot de 1916), le troisième est détesté dans le monde arabe pour des raisons évidentes et l’Etat hébreu n’est rien d’autre que l’ennemi historique, occupant illégalement le plateau du Golan depuis 1967. Ce dernier ne cache même pas soigner et aider les rebelles. A ces quatres Etats il faut rajouter la Turquie qui n’est rien d’autre que l’héritière de l’Empire ottoman, souhaitant retrouver son prestige d’antan!

2) L’opinion occidentale est lasse des interventions, écoeurée par tous les mensonges ayant précédé la guerre civile syrienne. On pense bien sûr à l’exemple iraquien, mais il faut savoir que ce dernier n’est que la partie émergée de l’iceberg en ce qui concerne les mensonges médiatiques. Les interventions en Libye en 2011, le Kosovo en 1999… ont également été basées sur une désinformation (efficacement menée il faut le dire) avec chacune des conséquences désastreuses : la Libye est aujourd’hui aux mains de milices violentes tandis que les indépendantistes kosovars de l’UCK ont pratiqué le nettoyage ethnique des minorités et installé un Etat très corrompu.

3) La Syrie n’est pas un Etat isolé diplomatiquement et faible comme l’était la Libye de Kadhafi. Outre sa puissance militaire et ses défenses anti-aériennes, le régime est soutenu par des milliers de soldats iraniens et du Hezbollah, ainsi que par la Russie.

4) Par ailleurs le fait que des groupes affiliés à Al-Qaïda (!) soient actuellement des alliés objectifs n’aident pas l’opinion publique à comprendre l’intérêt d’une éventuelle intervention.

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Conclusion : ce n’est pas la propagande grossière passant à la télévision (qui, ironiquement, s’accommode très bien du coup d’Etat égyptien et du massacre de centaines de Frères musulmans) qui risque de convaincre les Français de se lancer dans une guerre incertaine. Quitte à être cynique, le meilleur moyen de combattre Assad pour la France est encore de continuer à soutenir discrètement les rebelles tout en faisant semblant d’être neutre.

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