Jean-Jacques Marie – La guerre civile russe 1917-1922

Jean-Jacques Marie - La guerre civile russe

Armées paysannes rouges, blanches et vertes

Voici le premier livre que j’ai lu sur la guerre civile qui a déchiré la Russie après la révolution d’octobre 1917 (en fait de novembre si on prend notre calendrier grégorien). Je me demandais  pourquoi les Armées blanches avaient perdu cette guerre alors qu’elles étaient soutenues par les Alliés (Royaume-Uni, France, Etats-Unis…). Ce travail de l’historien Jean-Jacques Marie avait globalement répondu à certaines de mes questions : le peuple russe, paysan dans sa majorité, préférait être dominé par les bolchéviques plus que par les armées blanches, la question agraire ayant été cruciale (les paysans ne voulaient surtout pas le retour des anciens propriétaires).

C’est un conflit complexe mettant aux prises de multiples acteurs (outre les « rouges » et les « blancs », les nationalistes ukrainiens de Petlioura et ceux des autres peuples limitrophes de l’empire, les armées vertes, les socialistes-révolutionnaires -ou SR- de « droite » et de « gauche », les mencheviks, les anarchistes de Nestor Makhno…). La Finlande en profite pour se séparer de l’empire et souffre elle-même d’une guerre civile du même type. Si l’Armée rouge l’emporte sur l’ensemble des fronts, elle subit toutefois une défaite face à la Pologne, venant tout juste de retrouver son indépendance.

Hélas ce livre est très partial (connaissant mal le sujet à ma première lecture, je ne m’en étais pas rendu compte), ce qu’on peut expliquer facilement : l’auteur est un ancien militant trotskyste qui n’a pas renié son passé… Ainsi, à juste titre il insiste souvent sur l’antisémitisme prégnant dans cette période (outre les nombreux pogroms (1), elle voit l’apparition du mythe du judéo-bolchévisme, repris plus tard par les nazis…) mais parallèlement il est trop indulgent, voire silencieux sur les violences de l’Armée rouge et de la sinistre Tchéka. Le massacre d’Astrakhan en 1919? Aucune trace! L’emploi de gaz asphyxiants (2) pour réprimer la révolte de Tambov? On apprend que « les gaz ne seront jamais utilisés » (page 224)! On est dans le déni de réalité! Par ailleurs si le lecteur trouve à la fin du livre des cartes, une chronologie, des notices biographiques intéressantes et un glossaire, il n’y a aucune bibliographie! Et les sources ne sont pas toujours citées…

S’il contient de nombreuses informations intéressantes (comme le fait qu’il y ait eu dans chaque armée des soldats rejoignant le camp adverse, ou encore sur la nature de la guerre civile comme conflit qui vise à l’anéantissement de l’adversaire et non à de simples gains territoriaux) ce travail est donc à prendre avec des pincettes. Pour se faire une idée des violences de la guerre civile on préfèrera d’autres historiens comme Nicolas Werth.

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(1) A écouter sur ces violences antisémites effroyables, cet entretien.

(2) Méthode qui fut, rappelons le, employée par l’Armée espagnole au Rif durant la même période.

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2 commentaires pour Jean-Jacques Marie – La guerre civile russe 1917-1922

  1. Bonjour,

    Pour prolonger la discussion sur ce livre, de l’autre jour : à propos de l’emploi des gaz à Tambov, j’ai cherché un peu de lecture car je voulais être à jour. Cet article de la revue de Glantz, The Journal of Slavic Military Studies (2012), écrit par un Russe, avec des archives russes, fait bien le point. Utilisation vraiment minime, les quantités sont presque ridicules si on pense à celles de la Première Guerre mondiale (front de l’est compris). Il y a eu d’autres armes côté bolcheviks qui ont eu bien plus de poids : lance-flammes, mortiers géants, voire trains blindés.

    http://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/13518046.2012.648554?journalCode=fslv20#.VRrPZfBGLSs

    (l’article est payant, mais j’y ai eu accès par un autre biais).

    Cordialement.

    • Ludovic dit :

      Bonjour, merci pour cette précision.
      De mon côté dans « Le livre noir du communisme » Nicolas Werth rapporte que Toukhatchevski avait ordonné de gazer les forêts où se cachaient les rebelles, le 12 juin 1921. Après c’est vrai qu’il ne précise pas quelle quantité a été effectivement employée.

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