A propos du coup d’Etat militaire en Egypte

Le 3 juillet 2013 sera sans doute le date à retenir pour la fin de la transition démocratique en Egypte. Les Frères Musulmans étaient le parti le mieux structuré et le plus implanté en Egypte et palliaient depuis longtemps aux défaillances de l’Etat dans le domaine social, il n’y avait donc rien d’étonnant qu’ils remportent les élections législatives et présidentielle. S’il est bien sûr trop tôt pour dresser un bilan de l’action du général al-Sissi, on peut déjà faire quelques remarques sur les évènements :

-Comment croire que le pays qui a été une dictature militaire depuis 1952 va être sauvé par l’Armée, cette dernière étant une institution attachée à ses privilèges et ayant commis des exactions terribles durant la révolution qui a renversé Moubarak (1)?

-Pourquoi la presse française prend pour argent comptant les chiffres de 22 millions de signatures et de 17 millions de manifestants? D’où sortent-ils? Ont-ils été vérifiés et confirmés? Ne relèvent-ils pas d’une action psychologique pour faire valider la destitution du premier chef d’Etat démocratiquement élu? Le spectacle médiatique impressionnant entourant les manifestations ont également de quoi intriguer : cela nous questionne sur ce qui se cache derrière (2).

-Historiquement les coups d’Etat provoquent des guerres civiles davantage qu’ils ne les préviennent (Russie novembre 1917, Espagne juillet 1936…).

-La presse du parti commence déjà à être censurée… bel exemple de liberté d’expression respectée!

-La destitution de Morsi suivie de la dissolution de la chambre haute du parlement risquent de faire des Frères Musulmans des martyrs, alors que si on aurait attendu les prochaines échéances électorales ils auraient été sans doute battus du fait de l’usure du pouvoir.

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(1) Lire à ce propos cet article d’Alain Gresh : « durant la révolution et la période où elle a exercé le pouvoir, l’armée a réprimé, arrêté, fait disparaitre, torturé des centaines de personnes »

(2) Quiconque sait ce qui s’est réellement passé en Algérie en 1991-1992 ne pourra que émettre des doutes quant à ce qui se passe en Egypte : dans « Françalgérie, crimes et mensonges d’Etat », les auteurs révèlent que la grande manifestation organisée par Hocine Aït-Ahmed le 2 janvier 1992 pour la poursuite des élections fut transformée par la propagande du régime en appel au coup d’Etat (chapitre 12, paragraphe « Détournement de manifestation »). De plus, force est de constater qu’il est très facile d’impressionner l’opinion avec ce type d’action : rassembler une foule ne demande pas beaucoup d’efforts.

Quoi qu’il en soit le précédent algérien (rappelons que la décennie 1990-2000 est appelée « décennie noire ») a bien montré que les solutions militaires étaient mauvaises. Si le FIS avait géré l’Algérie il aurait déçu ses électeurs et aurait été chassé démocratiquement du pouvoir.

A lire également : l’avis du chercheur Jean-Yves Moisseron dans Le Monde.

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