Françoise Daucé – La Russie postsoviétique

Françoise Daucé - La Russie postsoviétique

Pour comprendre pourquoi la Russie mène une certaine politique étrangère, aujourd’hui le soutien au régime de Bachar el-Assad, hier la guerre en Géorgie, il faut se replonger dans l’histoire récente du pays.

On s’imagine rarement en France à quel point la transition démocratique en Russie a été dure pour son peuple : hyper-inflation qui ruine les épargnants, chute de l’espérance de vie (qui passe en dessous de la barre des 60 ans pour les hommes), 40 % des Russes vivant sous le seuil de pauvreté au milieu des années 90, les salaires des fonctionnaires qui ne sont plus versés régulièrement, des services publics privés de financement, le marché noir qui se développe. La politique du ministre des finances Egor Gaïdar a été un vrai désastre! (1) Construire en quelques mois une économie de marché que l’Occident a mis deux siècle à bâtir relevait de l’utopie.

Cette insécurité économique rendra beaucoup de russes nostalgique de la période brejnévienne. Après la crise constitutionnel d’octobre 1993 entre le président Eltsine et le parlement (plus d’une centaine de morts ; cela me rappelle étrangement la Deuxième République en France et le coup d’Etat du 2 décembre 1851 du futur Napoléon III) les élections de 1993 puis de 1995 et 1996 montreront une montée des partis dits « conservateurs », signe d’un mécontentement fort. Notons que paradoxalement le personnel politique fut peu renouvelé dans les années 90, ce sont souvent les anciennes élites communistes qui se sont converties au libéralisme (Boris Eltsine en tête).

Parallèlement la Fédération russe elle-même se trouva en danger, la faute à une décentralisation très poussée, de nombreuses régions prenant une autonomie de plus en plus grande. Pour le Tatarstan le contentieux fut résolu pacifiquement ce qui n’est pas le cas de la Tchétchénie (traumatisée par la colonisation au temps de l’Empire et surtout par les déportations massives staliniennes de 1944 restées dans les mémoires) qui aboutira à une première guerre en 1994-1996 gagnée par les indépendantistes. Avec la crise financière de 1998 la Russie se trouvera au bord de l’implosion mais réussira à se redresser (grâce à une dévaluation forte du rouble et une augmentation mondiale du prix des hydrocarbures).

Vient le temps de Vladimir Poutine à partir d’août 1999 : retour de la centralisation, soumission du parlement transformé en chambre d’enregistrement, les médias mis sous tutelle, durcissement de la législation électorale qui élimine les petits partis du parlement (et même en dehors leur nombre diminue considérablement) ; en même temps ce retour de l’autoritarisme (quoique même sous Eltsine il n’y eut jamais de véritable démocratie) se couple d’un interventionnisme économique plus poussé. La prospérité revient grâce au patriotisme économique, la pauvreté recule et la Russie noue avec un cercle vertueux de croissance/consommation. Le niveau de vie s’améliore considérablement et une classe moyenne se forme : on comprend la (relative) popularité de Poutine. Toutefois les inégalités restent fortes au niveau géographique et entre les différentes professions.

Après une vague d’attentats attribués (visiblement à tort, il s’agit très probablement d’une opération ‘fausse bannière’ du FSB) à des indépendantistes de Tchétchénie, la région est reconquise au prix d’un nouveau bain de sang dont les civils tchétchènes ont fait les frais. La violence de l’Armée russe fut par la suite sous-traitée à Akhmad Kadyrov (puis à son fils Ramzan) disposant d’une véritable armée privée.

Le secteur des hydrocarbures prendra une place de plus en plus importante dans le PIB et sert même d’arme diplomatique (on l’a vu avec la société Gazprom).

Au niveau démographique la population ne cesse de chuter, malgré la tentative d’une politique nataliste (allocations familiales) et un solde migratoire positif. On constate à ce propos la montée du nationalisme ethnique et d’une violente xénophobie (des meurtres racistes de plus en plus nombreux au cours de la décennie 2000-2010).

La politique étrangère est bien sûr abordée : la Russie se sentira agressée par l’intervention occidentale en Serbie en 1999 puis surtout par les « révolutions de couleur » et l’élargissement à l’OTAN dans les anciens pays du bloc de l’est. Elle fera également preuve d’un néo-impérialisme par le biais des minorités russophones (mais pas seulement) des anciennes républiques soviétiques.

Vladimir Poutine cherchera à contrôler la société civile qui s’était développée depuis la chute de l’URSS, se méfiant des associations indépendantes. Je ne peux m’empêcher de penser aux soviets qui s’étaient formés spontanément en 1917 puis qui furent noyautés par le parti bolchévique après la Révolution d’Octobre.

Dans la conclusion l’auteure se demande si les concepts libéraux de l’Occident sont exportables à la Russie et au peuple russe, disposant d’une culture spécifique : « La société russe fait preuve d’une indéniable altérité ». Malgré cela la démocratie est, en apparence du moins, respectée (exemple de Poutine ayant été obligé de devenir chef de gouvernement après deux mandats présidentiels).

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(1) Pour faire le lien avec Michéa, l’unité du libéralisme politique et du libéralisme économique se voit très bien avec l’expérience russe : en l’occurrence le second a ici complètement discrédité le premier.

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