Jean-Claude Michéa – La double pensée

Jean-Claude Michéa - La double pensée

Retour sur la question libérale

21 mai le soir, Montpellier : conférence de Jean-Claude Michéa dans une salle bondée. Comparée à la conférence précédente (qui traitait de la francophonie au Maghreb, assez intéressante) la différence est de taille! Je suis content que ce philosophe intéresse du monde. Le sujet portait sur l’usage du mot « gauche » qui n’est plus rassembleur. Ceux qui connaissent ses livres ne seront pas surpris par son discours : le culte du progrès, l’intellectuel de gauche assimilé dans l’inconscient collectif au bobo se battant pour les réformes sociétales, les origines du socialisme, les défauts du marxisme notamment la négligence de la question paysanne, la fuite en avant permanente du capitalisme qui est d’ailleurs un « fait social total », la lutte des classes remplacée par la lutte contre « toutes les discriminations », le libéralisme économique et culturel qui peut aller très loin comme le montrent les écoles de prostitution apparues en Espagne récemment (à ce propos je rajoute qu’il existe actuellement le projet d’un casino gigantesque à Madrid, Eurovegas, montrant jusqu’où un Etat est prêt à se vendre au nom de la logique économique…).

Comme souvent avec Michéa le diagnostic est bon mais les solutions pour sortir de ce système sont tout juste esquissées. Pour ma part l’abondance matérielle de la société de consommation rend très difficile une critique cohérente du capitalisme (il n’y a pratiquement personne dans l’échiquier politique actuel remettant en cause le consumérisme). Il faut avoir le courage de dire qu’une « société décente » qui en finirait avec le capitalisme sera forcément une société de sobriété (Michéa le sous-entend toutefois en parlant de décroissance).

La soirée fut néanmoins très plaisante : écouter Michéa, ça me rend fier d’être montpelliérain!

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C’est à l’occasion de cette conférence que j’ai acheté La double pensée – Retour sur la question libérale. Je repensais tout récemment au fait que le SPD, le parti socialiste allemand, fêtait ses cent cinquante ans. C’est peut-être le parti le plus vieux d’Europe, en tout cas suffisamment pour avoir connu Karl Marx. Les députés SPD furent les seuls à avoir voté contre les pleins pouvoirs à Hitler en mars 1933 et nombreux furent ses militants à avoir participé à la résistance allemande au nazisme.

Que reste-t-il aujourd’hui de la social-démocratie européenne? Que ce soit le SPD allemand, le PS français, le PSOE espagnol, le Labour britannique, le SPÖ autrichien… tous les partis « socialistes » européens se sont vendus à l’économie de marché, allant parfois très loin dans la libéralisation économique.

C’est pour cette raison que je me suis intéressé à la pensée de Michéa. Même s’il se répète d’un livre à l’autre ses réflexions sont toujours judicieuses. Précisons qu’il s’agit ici davantage d’un recueil de différents textes qu’un livre unique (un avant-propos, un entretien au Nouvel Observateur, une conférence au Centre Ascaso-Durruti, un long entretien à Radio libertaire où l’auteur nous donne des éléments biographiques très intéressants puis pour terminer quelques réflexions sur la modernité, la logique libérale et les droits de l’homme). A titre personnel je ne suis pas très à l’aise avec la philosophie, ce qui m’a donné du mal avec certains passages. Cela dit les remarques sur les errements de la gauche actuelle, du libéralisme, de notre société contemporaine, sur le fait que le peuple soit dépossédé de son pouvoir (la démocratie représentative devenue l’unique modèle démocratique possible pour le monde politico-médiatique, la démocratie directe étant passée à la trappe) , sur la déformation du terme « populisme » (qui avait une origine noble)… sont toujours très pertinentes.

Comme je l’ai noté dans « Le complexe d’Orphée » sa définition du néoconservatisme me parait incorrecte puisque ce terme renvoie automatiquement à une certaine politique étrangère, notamment l’invasion de l’Irak en 2003 (à ce titre sa dénonciation est tout à fait légitime).

Enfin j’ai apprécié que l’auteur ait signalé la révolte kabyle de 2001 (pages 191-1912) en citant un passage de « L’apologie de l’insurrection algérienne » de Jaime Semprun (texte disponible à cette adresse) : visiblement quand un peuple se soulève contre un Etat réellement policier les intellectuels de l’hexagone ne se bousculent pas…

PS : j’oubliais de noter cet entretien visible sur Youtube que je conseille fortement.

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2 commentaires pour Jean-Claude Michéa – La double pensée

  1. Ludovic dit :

    où trouver l’audio ou la vidéo de cette conf?

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